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Quels problèmes et quelles solutions

Les finances de M. Nicolas

De Marx à Jésus en passant par St Nicolas

vendredi 26 septembre 2008, par Picospin

Il tente une aventure au bout de laquelle il peut aussi bien gagner que perdre ? Le fait-il pour son bien, celui de sa famille ou celui de la communauté qui a réclamé depuis longtemps la fabrication d’un objet ou d’un dispositif qui est devenu utile sinon indispensable depuis que la société, la production, les biens de consommation se sont modifiés pour mieux s’adapter à un monde en pleine évolution technologique sinon en plein progrès.

Plaidoiries

Le chef de l’Etat plaide donc pour "un nouvel équilibre" entre l’Etat et le marché. En quoi consiste-t-il ? Où est ce point de bascule entre la consommation, la fabrication, le projet, l’évaluation des besoins ? Qui, aujourd’hui, dirait le contraire ? Mais le poids des mots ne masque pas les contradictions du propos ne serait-ce que sur deux points essentiels. En affirmant solennellement le rôle protecteur de la puissance publique, en apportant aux épargnants français la garantie que l’Etat assurerait la sécurité du système bancaire et financier, le président de la République assume sa fonction tutélaire. Il est bon et rassurant de rassurer. Il l’est moins de calmer par des hypnotiques les craintes, les frayeurs sinon les angoisses. Il est de son devoir d’éviter que l’incertitude ne tourne à l’inquiétude, voire à la panique. Mais, dans le même temps, conformément à ses engagements de 2007 et à sa philosophie économique, il prône avec énergie une réduction de la puissance publique, du périmètre d’intervention de l’Etat et de ses moyens d’action. Peut-être n’a-t-il pas ou plus les moyens de cette intervention après avoir épuisé toutes les sources de crédit – certes maigres – dont il disposait lors de son arrivée en gloire à l’Elysée après avoir fait un petit tour d’honneur autour des Champs-Elysées où il risque d’avoir laissé les derniers € qui restaient dans les caisses d’un état vidé par une gestion laxiste de l’économie et de ses prédécesseurs. La seconde interrogation est plus profonde. Nicolas Sarkozy sait bien que la France est trop engagée dans l’économie mondiale pour être à l’abri de la tourmente actuelle. Aucune digue nationale, aux frontières de l’Hexagone, ne peut écarter les menaces, et c’est au moins à l’échelle de l’Europe que des garde-fous doivent être imaginés puis installés. Or, si le président en exercice de l’Union européenne appelle celle-ci à réfléchir et à réagir, c’est pour mieux déplorer avec un certain fatalisme, qui colle mal à son caractère hyperactif et ambitieux, une impuissance que d’aucuns pourront appeler structurelle.

Glissades

S’écartant de cette glissade vers l’inconnu le chef de l’Etat, face au risque de récession économique, assure qu’il n’hésiterait pas à prendre les mesures nécessaires pour relancer l’activité. Ce qui revient à s’affranchir un peu plus des engagements de la France à réduire ses déficits publics et sa dette d’ici à 2012. Ce volontarisme national est parfaitement défendable dans les circonstances actuelles, à condition d’en avertir nos partenaires et d’en assumer toutes les conséquences, y compris celles qui les conduiraient à agir de même et que l’ensemble de la zone euro en soit affaibli. Que signifie garantir dans le contexte d’une labilité permanente qui, de glissade en glissade, de perte en perte, de déliquescence en déliquescence ne peut entrainer un monde sans volonté et sans ressource que vers un abime financier d’autant plus dramatique qu’aucune digue n’en retient les écoulements et qu’aucun barrage ne met en réserve des eaux dont le renouvellement s’épuise sous l’effet combiné du changement climatique et du manque de précaution des hommes. Comme pour se persuader lui-même, le Président fait allusion de façon compulsionnelle au rôle des réformes, mot magique capable de redresser toutes les situations perdues, même et surtout les plus désespérées. Interrogé sur Europe 1, mardi, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, a affirmé que le chef de l’Etat se "paie de mots". "Pour Nicolas Sarkozy, il faut que les responsables rendent des comptes. Il pourrait peut-être, lui, rendre des comptes !", a répondu Bertrand Delanoë. En juin 2006, à Agen, le candidat Sarkozy avait tenu un discours intitulé "à la France qui souffre", condamnant les dérives du capitalisme et les parachutes en or, qui permettent aux dirigeants d’entreprise de partir avec un pactole même s’ils ont échoué. Elu président, M. Sarkozy avait tiré la sonnette d’alarme dès le début de la crise financière, en alertant sur ce sujet son amie de toujours, Angela Merkel, alors présidente en exercice du G8.

Sonnette d’alarme

Comme la plupart des dirigeants européens, le président français s’en est pris aux bonus des traders et aux rémunérations des dirigeants. Il estime que le capitalisme doit se fonder sur la liberté et la responsabilité. "La liberté sans responsabilité nous conduit où nous en sommes aujourd’hui", a souligné mardi M. Sarkozy. Le capitalisme se fonde certes sur une responsabilité, mais limitée, et les rémunérations sont difficiles à encadrer : les traders sont à la City et à Wall Street, pas à Paris. Même si la présidente du Medef, Laurence Parisot, propose de mettre fin aux parachutes dorés, il n’est pas possible de remettre fondamentalement en cause le droit des contrats privés. Les milieux bancaires comptent au maximum sur un code de bonne conduite, qui assoirait les bonus uniquement sur les profits réalisés et non sur les gains potentiels. L’autre solution consisterait à agir sur la fiscalité, mais il faudrait revenir sur le bouclier fiscal, qui limite à 50% le prélèvement total sur les revenus, ce que le chef de l’Etat exclut. Pour réguler le capitalisme, le niveau mondial est l’échelon d’action optimal. Le président français a proposé de réunir dans la foulée des élections américaines, les dirigeants des grandes puissances économiques sans avoir encore reçu de réponse. Ainsi qu’ils l’avaient fait après les attentats du 11-Septembre 2001, les Américains gèrent seuls la crise, en coopération avec les banques centrales, pour éviter les crises de liquidité. Dans ce contexte, l’Europe est un niveau d’action plus réaliste. Il sera sans doute possible, comme le souhaite M. Sarkozy, d’aménager la règle comptable qui exige de valoriser les actifs des banques à leur valeur de marché. Les Européens sont divisés. Comme M. Sarkozy, la Commission européenne a proposé de mieux surveiller les agences de notations financières, accusées de dégrader la note des entreprises quand il est trop tard : elles accentuent alors leur chute, comme ce fut le cas pour l’assureur américain AIG. Mais les banquiers centraux sont hostiles à cette surveillance accrue, qui reviendrait à s’immiscer dans le travail d’agences par définition indépendantes.

Surveillances

Bruxelles cherche également à surveiller davantage les banques et les assurances. "Nous devons aller plus vite. Nous ne pouvons pas attendre qu’une entité financière opérant dans sept ou dix pays de l’Union ait des problèmes comme nous l’avons vu avec Lehman Brothers ou Bear Stearns" aux Etats-Unis, a déclaré récemment le commissaire aux affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia. Les Etats sont soucieux de préserver leurs prérogatives comme le font déà Londres, Paris et Berlin qui veulent pouvoir agir vite et seules en cas de défaillance d’un grand établissement, tandis que les petits pays refusent d’être vassalisés. De ce fait, les Européens ne sont pas armés pour faire face à une gigantesque faillite. Pour les banquiers centraux, la disparition des banques d’affaires va conduire à un capitalisme moins spéculatif, assis sur les dépôts des épargnants. Même sauvés par le contribuable, les établissements en faillite comme Lehman ou AIG sont démantelés et leurs dirigeants remerciés ce qui pourrait amener le système à s’autoréguler et à être sanctionné. Cela s’explique par des difficultés objectives mais c’est aussi le signe de cristallisation d’une angoisse collective. Depuis quelques années, les modes de rémunération ont beaucoup évolué avec la désindexation des salaires sur les prix et surtout l’individualisation qui privilégie le mérite et la promotion. Si l’on y ajoute les ruptures de trajectoires professionnelles, les mises à la retraite, la perte d’emploi ou les transitions, un grand nombre de Français ont le sentiment que leur pouvoir d’achat a décroché. Ils amplifient la tension, même si 2007 aura été une année globalement favorable pour le pouvoir d’achat avec une croissance moyenne de 3 %.

Inflation au trot mais pas galopante

Depuis, l’inflation s’est accélérée. Il est normal que la préoccupation devienne plus aiguë, car une bonne partie de la population constate qu’effectivement ses revenus n’augmentent pas au même rythme que les prix. Les Français sont angoissés. Ils pensent que la situation ne peut que se détériorer, que le modèle des "trente glorieuses" est menacé par la mondialisation, que les acquis sociaux se réduisent. Ils ont l’impression de quitter un monde relativement rassurant pour entrer dans un univers plein de risques sur lequel le corps politique se révèle incapable d’agir. La charge est reportée sur l’individu qui a le sentiment de devoir assumer seul les conséquences de cette mutation. D’aucuns se replient sur la structure familiale, d’autres dans des idéologies extrêmes. Pour une part importante de la population, l’hyperconsommation devient une valeur refuge car elle rassure par le paradoxe de l’acquisition de bien superflus et inutiles Le phénomène a été amplifié ces dernières années par l’arrivée sur le marché d’une multitude de produits et de services nouveaux (portables, Internet, télévision par câble...), comme il en apparaît rarement au cours des décennies. Le vouloir d’achat a augmenté plus vite que le pouvoir d’achat, créant du même coup un surcroît de frustrations. Durant sa campagne, Nicolas Sarkozy a construit un discours rassurant. Il s’est présenté comme le président qui allait protéger les plus faibles et les accompagner dans cette transition inéluctable. Plus dure est donc la chute. La nouveauté de la crise, c’est qu’elle s’est étendue aux classes moyennes. Depuis le début de l’année 2008, les Français indiquent qu’ils envisagent de restreindre leur consommation sur l’ensemble des postes, y compris l’alimentation. Et ces arbitrages concernent toutes les couches de la population. Les consommateurs semblent tiraillés entre deux pulsions contradictoires, l’hyperconsommation en modifiant leur choix par le hard discount plutôt que l’hypermarché, le privilège des marques en même temps que celui des stratégies d’achat malin sur Internet. On assiste à l’amorce d’une attitude plus critique d’un nombre encore réduit de "militants de l’économie du bonheur" qui s’interrogent sur l’option de travailler plus pour gagner et consommer plus ? ce qui n’équivaut nullement au bonheur alors que ce surplus de consommation aurait des conséquences sur l’environnement et l’épuisement des ressources naturelles ? La crise actuelle ne pourrait-elle amorcer un tournant et favoriser une réflexion sur la manière de mieux consommer ? Le Président français promet de garantir la disponibilité des fonds à tous le citoyens qui les auraient confiés aux banques et à l’état. Il reste à se demander en quoi consiste cette garantie et comment il compte s’y prendre pour disposer à tout moment et en toute circonstance des sommes nécessaires à honorer cette promesse ?

Questionnement éthique :

1. On souhaite introduire de plus en plus d’éthique dans les transactions relatives aux échanges au niveau financier, de la bourse, du marché pour éviter que le système ne dérape au détriment de l’honnêteté, de la correction des opérations boursières sans que nécessairement des contrôles rigoureux interviennent pour vérifier leur régularité. Comment faut-il s’y prendre pour éviter que des dérapages semblables à ceux que l’on vient de connaître ne se produisent ?

2. Quelles pourraient être à terme les conséquences d’interventions aussi musclées que celles que viennent de connaitre les établissement bancaires américains sur le régime financier de ce pays ?

3. Peut-on admettre que le fléau de la balance bascule vers la nationalisation qui serait un saut brutal dans un autre rapport social ?

4. N’est-il pas paradoxal que ce saut soit accompli par un gouvernement de droite qui a défendu vigoureusement le grand capital, les grandes exploitations et la libre entreprise ?