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L’oeuvre de Lustiger

Les intellectuels aux Bernardins

Une grande occasion à saisir

mardi 16 septembre 2008, par Picospin

Au premier rang, dans la nef de cet édifice du XIIIe siècle tout juste restauré, rien de moins que deux anciens présidents de la République pour l’écouter attentivement. Jacques Chirac, accompagné de son épouse Bernadette, et Valéry Giscard d’Estaing, ont été placés de part et d’autre de la ministre de la Culture, Christine Albanel, venue avec ses collègues du gouvernement Xavier Darcos (Education) et Christine Boutin (Logement).

"Intellectuels" ou politiques ?

Des politiques de tous bords figuraient parmi les quelque 700 invités du cardinal archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, le maître de cérémonie. Le maire PS de Paris, Bertrand Delanoë, s’est installé à la droite de VGE, à quelques mètres de l’ex-président de la Commission européenne, Jacques Delors, et de l’ancien garde des Sceaux, lui aussi socialiste, Robert Badinter, qui côtoyait le couple Tiberi au troisième rang. Jean Tiberi, maire du Ve arrondissement où est situé l’édifice cistercien, croisait pour l’occasion son challenger malheureux des dernières élections, Philippe Meyer (Modem), visage connu du monde des médias parmi d’autres tels que Patrick de Carolis, Franz-Olivier Giesbert, Philippe Tesson, Jean Daniel ou Frédéric Mitterrand. Le sociologue Dominique Wolton, le chanteur-compositeur Didier Barbelivien, les écrivains Régis Debray et Edmonde Charles-Roux, le comédien Michael Lonsdale, l’historien Max Gallo ont aussi répondu présent pour cette rencontre du pape avec "le monde de la culture". Les organisateurs voulaient "des personnalités issues des différents cénacles de la réflexion et de la création", a dit en préambule le chancelier de l’Institut de France, Gabriel de Broglie. Après une demi-heure d’un discours exigeant en forme de cours de théologie, le pape s’est entretenu rapidement avec une demi-douzaine de représentants de la communauté musulmane, dont le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, et son récent successeur à la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui.

Standing ovation

La salle entière debout a applaudi Benoît XVI lorsqu’il est ressorti par là où il était entré 45 minutes plus tôt. Direction la cathédrale Notre-Dame, qu’il devait rejoindre en papamobile. Un intellectuel est une personne qui, du fait de sa position sociale, dispose d’une forme d’autorité et s’engage dans la sphère publique pour défendre des valeurs. L’engagement dans la sphère publique peut être silencieux : par exemple, le philosophe français Jules Vuillemin, en faisant créer une chaire pour Michel Foucault au Collège de France, fait figure d’intellectuel. Autrement dit, c’est un individu qui interprète le monde à sa façon, en proposant le plus souvent des solutions pour l’améliorer. On le rapproche de la notion de philosophe, même si on peut clairement différencier ces deux termes. Par exemple, l’intellectuel s’intéresse plutôt à un seul sujet de réflexion et, de plus, peut s’engager activement dans la vie sociale. Un intellectuel est « un homme du culturel, créateur ou médiateur, mis en situation d’homme du politique, producteur ou consommateur d’idéologie. L’intellectuel est celui qui refuse d’être le moyen d’un but qui n’est pas le sien. D’après « Le Journal du Dimanche », si Bernard Tapie a terrassé les Français au cours de son audition devant le Sénat, à propos des sommes considérables qu’il est en passe de toucher après la solution du différend qui l’a opposé à la Société Générale, et au cours de laquelle il a largement profité de ses dons d’acteur et du travail qu’il a régulièrement accompli sur les planches, le Pape a encore mieux fait puisqu’il aurait mis ces mêmes Français à genoux devant un parterre de célébrités, surtout des hommes politiques tous invités pour écouter le discours de Benoit XVI au Saint Bernardin.

De Tapie à Benoit XVI

Et l’auteur de l’article de citer nommément les personnages célèbres qui étaient sagement assis les uns à côté des autres quels que soient leur rang, leur rôle politique présent ou passé, leur croyance et leur foi. S’il est une chose qui a été réussie au cours de cette réunions d’intellectuels et d’intellectuelles comportant Nicoletta, ou Catherine Millet, auteur(e) de « La vie sexuelles de Catherine M. » MAM, Ministre des Cultes, Carla Bruni en petite fille dans son tailleur gris souris couventine, yeux baissés, genoux serrés à côté de Rachida Dati en pietà qui sous la mantille réclame l’absolution, c’est bien l’amalgame culturel, du plus bas jusqu’au plus haut, du religieux au laïque, des proches du gouvernement actuel, aux acteurs les plus éloignés, tous nageant comme poissonsen costume noir de concessionnaire dans l’eau, l’ichtus, transcription ichthus serait plus juste, symbole graphique représentant un poisson formé de deux arcs de cercle. Les premiers chrétiens persécutés par les autorités romaines l’utilisaient comme code secret pour se reconnaître entre eux. Ce poisson représenterait l’eau du baptême et en grec ancien un jeu de mots puisque c’est aussi l’acronyme de noms attribués à Jésus. On peut résumer cette formule par « Jésus Christ le sauveur et le fils de Dieu ».

Le poisson

Pour certains, il représente en même temps l’Eucharistie, c’est-à-dire le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ. Les pains et les poissons sont la manne du Christ unissant les fidèles dans une communion sacramentelle. Aujourd’hui, utilisé par certains chrétiens pour revendiquer leur appartenance à cette religion, c’est notamment de ce symbole que pourrait provenir le poisson d’avril du folklore occidental. Et notre journaliste, décidément très en verve de citer au cours de ce recensement Bertrand Delanoë émacié, Nicolas Sarkozy, en costume noir de concessionnaire au Père-Lachaise, ressemblant à un enfant de choeur enivré par le vin de messe, le couple Chirac à côté de leur rival de toujours, le grand Giscard aux yeux pochés. Des intellectuels dites-vous ? Ou des célébrités politiques qui ont eu en leurs mains le destin des Français plus qu’ils n’ont chatouillé la plume, gratté le papier et imprimé des textes définitifs ou des poèmes sur des ordinateurs de poche. Où étaient donc les intellectuels dont on attendait vainement la venue, les philosophes qui guident la nation, le poètes qui l’élèvent au ciel, les nouveaux convertis, Régis Debray, les écrivains qui gagnent des prix, Michel Houellebecq, qui jette à la figure des intellectuels parisiens " les Particules élémentaires" sans savoir où elles atteriraient et "Plateforme" qui lui ont valu une réputation de provocateur, mais sont également considérés comme un ton nouveau dans la littérature française.

Où sont-ils ?

Où étaient les Jean-Pierre Changeux, les Jacques le Goff, les Jean-Denis Vincent, les chroniqueurs, de Jacques Julliard à Bernard-Henri Lévy, les Marcel Gaucher, les Touraine qui auraient pu extraire des paroles du Pape les éléments à partir desquels un nouveau discours, une nouvelle ébauche biblique, une autre signification de l’Evangile auraient pu naître. Au lieu de cela, au lieu d’une nouvelle construction intellectuelle et spirituelle offerte par un Pape dont on attendait la modernité, les « intellectuels » rassemblés là comme jeux de quille n’ont au que le classique paragraphe sur la chute des vocations, la consolidation de la discipline qui marginalise les divorcés remariés, - n’est-ce pas Nicolas Sarkozy, Carla Bruni – sans avoir eu le temps, pourtant longuement accordé, de faire un clin d’oeil à l’islam ou au judaïsme, alors qu’il a profité de son séjour dans la capitale française pour appeler à plus d’influence la hiérarchie catholique à propos de la messe en latin sans tenir compte de l’affaiblissement des structures de l’Eglise qui semble figée dans un immobilisme doctrinal, liturgique et oecuménique, rappelant de trop près la fin de parcours du Pape de la 2è guerre mondiale, Pie XII.