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Comment peut-on séparer artificiellement la science théorique et pratique

Les jeux subtils des connections entre fondamental et commercial

Est-ce que la science est une ou multiple ?

mercredi 18 février 2009, par Picospin

On ne parle dans tout le pays que de réformes, de réorientations, de nouvelles perspectives pour replacer cette activité dans un domaine plus efficace, plus visible dans le monde et plus lisible pour les différents acteurs de cette activité dans laquelle souhaitent s’engager de nombreux candidats qui sont pourtant rebutés par la difficulté de la tâche, la faiblesse des structures, l’absence de reconnaissance des vocations pour la recherche et les minces revenus qu’on peut tirer de cet exercice.

Une dichotomie absurde

C’est pour toutes ces raisons que l’article présenté ici sur la division artificielle entre recherche théorique et appliquée entre parfaitement dans le spectre de cette réflexion qui ne cesse d’agiter les milieux scientifiques, médicaux, pharmaceutiques français comme si ce pays ne pouvait plus croire en la qualité de sa recherche et de ses chercheurs en raison de la comparaison défavorable qu’elle pourrait tirer avec les concurrents anglo-saxons. C’est sans doute une idée particulièrement snobe que d’affirmer que la science pure et dure telle qu’elle se révèle dans la catégorie de la recherche fondamentale serait supérieure aux sciences appliquées. Cette opinion curieuse date au moins de l’antiquité lorsque Plutarque a émis ce jugement au sujet d’Archimède : « Quant à l’affaire de la mécanique, elle nous paraît totalement vulgaire et purement utilitariste si bien que nous n’accordons notre dévotion uniquement aux sujets dont l’élégance et la subtilité sont hors du champs des préoccupation des nécessités de la vie ». A la réflexion, cette réalité est apparue depuis lors fondamentalement différente dans la mesure où Archimède n’était pas que le plus grand mathématicien de son temps mais aussi un inventeur astucieux qui a tiré son inspiration de plusieurs problèmes d’ordre pratique qu’il eut à résoudre. Archimède fut un des premiers à émettre une réflexion approfondie sur la physique des fluides. Alors que tout le monde connait l’histoire de sa découverte sur la poussée lorsqu’il vit le niveau de l’eau s’élever au moment d’entrer dans la baignoire ce qui le fit se lever subitement entièrement nu et parcourir les rues en criant « Eureka », peu de monde sait pour quelle raison il se comporta ainsi et ce qu’il avait cherché précisément à ce moment là.

Eureka

Cette découvert est intimement liée à un problème pratique qu’on lui avait demandé de résoudre. Un personnage important de l’époque voulait simplement savoir s’il avait été berné par un joaillier peu scrupuleux qui avait fabriqué pour lui une couronne qui n’était pas faite en or massif. Archimède a résolu le problème en mesurant la densité de la couronne au moyen de sa poussée. Sa contribution pratique à la connaissance de la physique des fluides a été prédominante dans le domaine d’une invention majeure, celle d’une pompe à vis qui par la suite a reçu de nombreuses applications dans les domaines de méthodes d’irrigation. Cet exemple est loin d’être unique si l’on considère le grand nombre de mathématiciens et de chercheurs qui n’ont cessé de naviguer entre la théorie et la pratique au coure de leur carrière. Ce furent les cas de Gauss, de Kelvin, qui est passé de l’entropie à la thermodynamique, ou plus récemment encore ceux de Pierre Gilles de Gennes qui s’est inspiré de questions relatives à la saleté dans l’industrie chimique pour en faire de magnifiques théorie de la physique fondamentale. Toutes ces figures célèbres dans l’histoire des sciences n’ont cessé de se mouvoir entre la théorie et la pratique. La vision qu’ont les profanes de cette dichotomie est que les sciences appliquées se taillent la part du lion dans la répartition des fonds de recherche alors que pour les théoriciens, c’est la gloire, les prix et récompenses. Cette vision sommaire ne traduit pas nécessairement la réalité car les problèmes pratiques peuvent être aussi prenants que ceux des sciences fondamentales. C’est ce qui se voit le plus souvent dans les connections étroites entre les inventions de nouvelles technologies et leurs applications à la découverte scientifique.

Une belle histoire

L’auteur de ce document raconte sa propre histoire en insistant sur le rôle essentiel et fécond des interactions qui se développent entre la théorie et la pratique ce qui pour elle se traduisit concrètement pas des recherches concernant les puces utilisées dans les nanotechnologies et les circuits intégrés. Au lieu de puces en silicone avec des fils et des transistors, mon équipe a construit des puces en caoutchouc comportant des canaux et des valves. J’appelle toutes ces technologies des instruments pour petits plombiers. Ces techniques sont tout à fait adaptées à la mise au point et à la fabrication des instruments nécessaires à la cristallographie et qui, pouvant être commercialisée, l’a été au travers d’une société que j’ai fondée et dont je détiens des actions, explique très honnêtement cette dame qui, fière de ses travaux, explique que les structures en cristal servent aux approches concernant les protéines dont certaines sont utilisées largement au profit de la santé comme les vaccins contre le virus ebola ou la grippe aviaire, en dehors des applications contre les maladies vasculaires ou l’infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux. Ces applications de la « microplomberie » se sont étendues à l’analyse de l’ADN chez le saumon de l’Alaska ou les vérifications des germes dans l’agriculture, comme dans les cellules souches dont on n’attendait guère des résultats probants. Ces multiples développement de la recherche scientifique avec ses interactions complexes qui peuvent être réalisées dans un seul ou différents laboratoires ouvrent la voie à des recherches et des découvertes toujours en mouvement qu’il nous appartient d’approfondir pour unir ce qui a été artificiellement divisé.

Questionnement éthique :

1. Est-ce le Président de la République a eu raison de critiquer sévèrement la faiblesse de la recherche scientifique en France ?

2. Si oui, pour quelles raisons ?

3. Est-il vrai que le chef de l’état souhaite authentiquement et sincèrement aider la recherche scientifique française ?

4. N’est-il pas trop pessimiste de prédire que le gouvernement Sarkozy ne parviendra pas à stimuler la recherche française en l’humiliant et en la touchant en son principe moteur : l’éthique scientifique ? C’est pourtant l’avis d’une personnalité scientifique de haut rang, professeur de mathématiques, université Paris-Sud et Ecole normale supérieure,
Médaille Fields 2006 et membre de l’Académie des sciences.