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Comment s’occuper des SDF en hiver ?

Les morts du Bois de Vincennes

Liberté ou obligation imposée par la vie de la cité ?

jeudi 27 novembre 2008, par Picospin

La mort y est plus rapide et plus précoce qu’on ne l’avait craint puisqu’on vient d’apprendre que « trois SDF viennent de mourir ces derniers jours dans la région parisienne » ce qui a entrainé la réaction du Président de la République affirmant que « le gouvernement avait le devoir et la responsabilité » de ne pas laisser mourir les sans-domicile-fixe de froid ».

Promesses

Cette situation est d’autant plus sensible pour lui que lors de sa campagne électorale il s’était engagé à ce que « d’ici à deux ans, plus personne ne serait obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid ». C’est cette promesse que Nicolas Sarkozy a voulu rappeler par la voix de son porte-parole en affirmant qu’il fallait faire en sorte que les SDF « puissent aller dans ces centres d’hébergement, recevoir un repas, être logés ». « Ensuite, ils peuvent prendre la liberté de quitter ce centre d’hébergement », a poursuivi le porte-parole en indiquant : « C’est à Christine Boutin de voir comment les associations peuvent travailler avec nous sur ce sujet. » Il semble que le gouvernement ait l’intention de se dédouaner devant la nation de la responsabilité des décès survenus dans les lieux du froid et de la faim qui pour certains tiennent lieu de sites d’hébergement alors que la Ministre du Logement clame haut et fort qu’il existait « une offre d’hébergement » qui n’était « pas complètement utilisée » et que « ces derniers jours, il y avait chaque nuit des places d’hébergement disponibles » et « que par ailleurs, non loin du bois de Vincennes, où vivent nombre de SDF, il était resté 40 places libres en hébergement d’urgence, le week-end dernier, dans le XIIe arrondissement. » Elle a ajouté lors d’une discussion à l’Assemblée Nationale « qu’elle s’engageait à lancer une étude de façon à ce qu’on examine l’hébergement obligatoire des sans-abri lorsqu’on sera en dessous de - 6 °C ». Cette proposition a déclenché la colère des Associations qui militent pour la protection des sans abri par les voix de Xavier Emanuelli, fondateur du SAMU social qui a traité la déclaration de la Ministre de « grosse bêtise » et des représentants des « Enfants de Don Quichotte qui ont déclaré que « le gouvernement est prêt à payer des flics pour patrouiller dans le bois de Vincennes mais pas des travailleurs sociaux pour accompagner les gens et les sortir de la misère.  » C’est à ce moment de forte tension que Christine Boutin a réagi à cette colère en posant la question de savoir « jusqu’à quel moment on doit respecter la liberté des gens qui mettent leur vie en danger.

Liberté et dignité

Poser la question n’est attentatoire à personne », a-t-elle indiqué en ajoutant : « on ne peut rester inactif quand surviennent trois morts. J’ai seulement parlé de l’annonce d’une étude. Il faut savoir garder raison. » Par ces déclarations, la Ministre a ouvert le véritable débat éthique entre obligation d’accepter les hébergements mis à la disposition des SDF et liberté de les refuser quitte à prendre le risque de mourir de froid, de faim ou des conséquences de l’insécurité qui règne dans ces abris sommaires et mal surveillés. C’est à ce moment que la Ministre du Logement dévoile son argument massue en se félicitant « du travail qui a été fait depuis avril 2007 en ce qui concerne l’hébergement des personnes sans abri. On n’a pas à rougir puisque nous sommes le premier pays européen en ce qui concerne les efforts budgétaires. On estime à 100.000 le nombre de personnes sans abri en France et nous avons 99.600 places qui sont actuellement ouvertes. Naturellement, en termes arithmétiques, ça va à peu près. Au niveau de la qualité et de la personnalisation des hébergements, on fait des efforts naturellement, on n’accueille pas une personne SDF avec un chien comme une femme qui a été battue avec ses deux enfants à 3 heures du matin sur le trottoir ou un malade psychique. Il faut adapter tous ces accueils ».

Questionnement éthique :

1.Y a-t-il d’autres occasions au cours desquelles dans la vie de la cité surgit en conflit éthique entre liberté, autonomie de la personne et protection, application du principe de précaution ?

2.En d’autres termes, vaut-il mieux obliger les SDF à rejoindre un abri précaire et inconfortable plutôt que de recruter des aidants capables de s’occuper des conditions médiocres des hébergements ?

3.Est-ce que la promesse non tenue du candidat à la Présidence de la République est susceptible d’être pardonnée si l’on tient compte de la dégradation de la situation financière et de ses conséquences sur la situation sociale qui toutes n’avaient pas été prévisibles au moment où ces engagements ont été pris ?

4.Est-il opportun de se livrer à des effets d’annonce sur les termes d’une réflexion qui risque de heurter la dignité des personnes ?