Un autre regard sur les questions éthiques
 

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Médecine

La bourse s’effondre : dépression ?
Les nouveaux antidépresseurs : un miracle ?
Que penser du Prozac ?

Article rédigé par Picospin le mercredi 23 janvier 2008

Près de 100 essais cliniques ayant inclus près de 12.000 patients ont été passés en revue par cette haute autorité en matière de sécurité des produits de santé. Ces études, toutes soumises à la FDA, ont concerné les 12 nouveaux antidépresseurs les plus largement prescrits entre 1981 et 2004. Les résultats de cette analyse sont révélateurs. Selon les données publiées dans les revues scientifiques, 94 % des médicaments testés avaient des effets positifs. La FDA, n’est pas aussi optimiste qui n’en valide que la moitié.



Littérature scientifique

Dans l’autre moitié, les médicaments n’avaient pas l’effet escompté. Si toutes les études positives, sauf une, ont donné lieu à publication dans la littérature scientifique, celles qui étaient négatives (33 sur 36 ayant enrôlé 5 212 patients) n’ont pas été soumises à publication ou ont été modifiées pour leur donner un aspect positif qui était opposé à l’avis de la FDA. « Des publications sélectives peuvent conduire les médecins et les patients à croire que ces médicaments sont plus efficaces qu’ils ne le sont vraiment, ce qui est un « Nous ne savons pas si ces erreurs d’interprétation résultent d’une faute des auteurs ou des sponsors qui ont soumis leur manuscrit, ou d’une décision des éditeurs de ne pas publier certaines études, voire de ces deux parties. Les médecins prescripteurs et les personnes traitées devraient avoir accès à des expertises complètes et objectives. Cette étude apporte de nouveaux arguments aux experts qui dénoncent la dérive du marché des psychotropes et incriminent la logique marchande des firmes. Le volume des ventes des antidépresseurs a doublé en dix ans en France et en Belgique. Dans un contexte très interventionniste avec des campagnes de santé incitant à diagnostiquer plus pour traiter plus, voire à parvenir à un autodignostic de dépression. Elle explique cette dérive par l’omniprésence des laboratoires dans la formation et l’information des soignants, le financement d’associations de patients et la publicité indirecte par des campagnes dites de sensibilisation.

Prescription

Avant de les prescrire, il faut prendre en considération la forte demande des personnes déprimées habituées à considérer que leur souffrance est liée à une maladie curable par les médicaments et l’orientation thérapeutique des médecins qui est surtout centrée sur le médicament. On met en cause la construction des essais cliniques préalables à la mise sur le marché des nouvelles molécules. Vu les enjeux financiers, ceux-ci sont construits comme des supports promotionnels avec des échelles d’évaluation mettant en avant les seuls symptômes améliorés par le produit. Les essais cliniques qui sont très coûteux, sont sous-traités par des sociétés privées. Ces dernières les font réaliser dans des pays où la rigueur méthodologique est fluctuante comme c’est le cas des ex-républiques de l’URSS, de l’Inde ou de la Chine. Comme les essais sont effectués sur un nombre réduit de patients, par des chercheurs peu entraînés à les évaluer et disposant d’échelles d’évaluation qui ne tiennent pas compte des particularités culturelles et sociales, les résultats sont dénués de toute garantie scientifique. Seuls les essais cliniques montrant des effets positifs sont publiés. C’est donc la question de l’objectivité de la recherche biomédicale qui se pose au chercheur en éthique. On a mis en cause le « façonnage des maladies » qui vise à élargir la définition d’une maladie pour augmenter les indications du traitement. C’est ainsi que la dépression, autrefois considérée comme une pathologie aiguë, est de plus en plus souvent présentée comme une affection chronique dont le début se situe à un âge plus jeune qu’on ne le pensait auparavant. La prescription d’antidépresseurs chez les adolescents et même les enfants a été multipliée par quatre aux Etats-Unis entre 1992 et 2002 et par dix au Royaume-Uni entre 1992 et 2001. Le Prozac® se compose de fluoxétine, une substance qui a la particularité d’inhiber presque exclusivement la recapture de la sérotonine, un neuromédiateur cérébral. Il augmente ainsi la concentration de sérotonine dans les neurones. Or on a démontré que les patients dépressifs avaient une plus faible concentration de produits de dégradation de la sérotonine dans le liquide céphalo-rachidien (entourant le cerveau) que les personnes saines. De nombreuses études médicales ont ainsi démontré que la fluoxétine atténue les symptômes dépressifs et permet aussi de réduire l’intensité d’autres désordres mentaux et les troubles obsessionnels compulsifs. Comme d’autres antidépresseurs, le Prozac® permet de réduire les sentiments de tristesse et d’abattement, qui caractérisent les déprimés, à la condition d’attendre quelques semaines de traitement et de poursuivre celui-ci pendant suffisamment longtemps c’est à dire pendant une période supérieure à 6 mois. Mais, plus que son efficacité qui semble en fait un peu inférieure à celle des antidépresseurs mis au point au cours des générations précédentes c’est sa sécurité d’emploi qui est intéressante.

Peu d’effets secondaires

Parce qu’il ne modifie pas ou peu d’autres médiateurs cérébraux comme l’acétylcholine, le Prozac® n’entraîne ni sécheresse de la bouche, ni problèmes prostatiques ni baisse de la tension artérielle. Il est peu toxique pour le coeur, ce qui permet de le prescrire aux patients cardiaques âgés. Dans la dépression où le risque de suicide est toujours présent, ceci constitue également un élément rassurant. Le Prozac® expose cependant à quelques inconvénients comme la nervosité ou l’insomnie, voire un épisode de surexcitation. A l’inverse, il peut provoquer une somnolence, effet dont il faut prévenir les conducteurs de véhicules automobiles. Des petits troubles digestifs (nausées, constipation) et des éruptions cutanées ont également été rapportés. Enfin, Prozac® exige quelques précautions d’emploi chez les personnes épileptiques, diabétiques, malades du foie ou recevant des anticoagulants oraux.

Questionnement éthique :

1. Il n’est pas rare que les malades âgés nient être atteints de dépression au profit d’une atteinte qui se caractérise plus par l’hypochondrie que par la tristesse ou la dévalorisation de soi.

2. A l’inverse il faut éviter de prendre pour dépression tout symptôme qui peut être mis au compte de l’atteinte pathologique.

3. Ce sont les raisons pour lesquelles il faut étudier avec précision les facteurs étiologiques en se référant à l’histoire de la maladie, aux compte rendus fournis par l’entourage d’autant plus qu’au cours de la vieillesse, la dépression est liée à une symptomatologie particulière ou si c’est la maladie causale qui déprime à cause des handicaps qu’elle crée et de la tristesse qu’elle suscite.

4. Dans ces cas, le diagnostic peut être démantelé par le rappel de précédents épisodes de dépression ou par une localisation spécifique de l’accident vasculaire cérébral dans une zone proche du pôle antérieur de l’hémisphère gauche.




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