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Culture

Cinéma
Les oranges de Jaffa sont-elles bonnes à partager ?
Fictions et réalités ?

Article rédigé par Picospin le samedi 27 juin 2009

La population de cette zone urbaine est de 3 100 000 habitants. C’est à Tel Aviv que se situent la grande majorité des ambassades des pays étrangers, Jérusalem n’étant pas reconnue internationalement comme capitale du pays.



Banalité du mal ou du garage ?

A l’intérieur du garage dans lequel pénètre difficilement le rayon lumineux du matin, comme dans une lointaine caverne, l’on répare, comme dans tous les petits garages du monde de vieilles voitures même si elles portent des noms célèbres comme celui de Mercedes. L’atelier est actif sans exagération et vit dans un calme apparent en attendant les clients qui passent pour se plaindre de la mauvaise qualité de la vielle voiture qu’ils possèdent en attendant qu’avec un peu plus d’argent ils puissent s’en payer une autre, plus cossue, plus confortable et plus fiable. Les employés sont poussés à la performance par ces clients exigeants et beaucoup moins par le patron, qui est lié à son équipe par une relation amicale, généreuse, un peu laxiste sinon paternaliste, en tout cas peu exigeante. On prend ses repas ensemble autour de la même table rectangulaire sur laquelle est servie à chaque repas la traditionnelle salade de tomate qui rafraichit le corps et n’endort pas l’esprit. Cet atelier est situé dans une petite rue de la ville de Jaffa, paradoxe urbain, qui accueille à la fois les difficultés du dialogue israélo-palestinien et la richesse culturelle de la civilisation que ces deux peuples ont en partage. Cosmopolite, "la ville aux oranges" a servi de refuge aux prisonniers des camps de concentration, à partir de 1948 et de la création de l’Etat d’Israël.

Sérénité et calme

La sérénité semble de mise entre les employés arabes et les propriétaires juifs d’un garage. Seul l’aîné de la famille vit mal son double statut de fils et de salarié de son père, Reuven. Mais alors que sa jeune sœur, Mali, avait depuis longtemps ébauché une relation amoureuse secrète avec le mécano arabe Toufik, les non-dits vont s’inviter jusqu’à rendre cet amour impossible. Keren Yedaya (caméra d’or en 2004 pour Mon trésor) nous invite aux tables des familles de Mali et Toufik. Son très beau film associe une riche description de leur quotidien au récit d’un drame dont les contours tendent à l’épure. Et au milieu du chaos, difficile de quitter des yeux Ronit Elkabetz tant elle vole la ¬lumière. Rien dans cette présentation banale, calme sans être douce, cordiale sans être chaleureuse ne laisse présager la survenue d’un drame shakespearien auquel cette histoire emprunte la violence des réactions, la brutalité des affrontements et l’hypothèque d’un passé douloureux et conflictuel. L’intention de la créatrice de l’œuvre, Keren Yedaya, était d’orienter cette histoire vers un contenu politique et focalisé sur le conflit israélo-palestinien. Le désir premier de la cinéaste restait néanmoins de toucher un public plus large que les passionnés de politique eux-mêmes. Elle a ainsi trouvé son inspiration à la fois esthétique et politique dans le cinéma égyptien tout proche dont les antécédents hollywoodiens dressent un parallèle facile avec le voisinage israélien, comme cela s’est passé pour le film intitulé « La fanfare » dans lequel on cherche à sceller une émouvante relation entre deux pays qui se sont livrés une guerre heureusement éclair mais qui a laissé de profondes traces affectives.

Roméo et Juliette

A partir de cet instant se noue un drame entre Roméo et Juliette que d’aucuns ont appelé mélo si d’autres ont voulu y voir une tragédie élisabéthaine entre deux familles de même culture dans le second et de culture différente dans le premier. La modernisation et l’apport du cinéma ont créé le miracle d’une fin en happy end qui sépare nettement la première version de la seconde, même s’il y a eu mort d’homme, promis au sacrifice suprême que les dieux ont exigé pour le rachat d’on ne sait quelle faute. Sans doute était-ce celle d’aimer à partir de cultures monothéistes qui, voulant avoir raison et semer la justice toutes deux, n’ont réussi qu’à installer le drame, la séparation, la rupture des dialogues, l’ignorance entre les convictions et la haine entre les êtres humains. Le rachat est venu de l’enfant, être de l’innocence venu sur terre pour racheter les péchés très légers des uns et des autres par la volonté de la femme, mère digne qui, en l’absence de toute volonté consensuelle d’avortement, a décidé de se consacrer au fruit de son amour, en définitive sauveur seulement provisoire des familles, de la vie et de l’espérance en vue de l’horizon plus lointain de la perspective d’une vie ensemble.




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