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La promenade des Anglais

Les pérégrinations des Présidents

Meurtres en séries

samedi 15 juillet 2017, par Picospin

Pour toutes ces raisons, on a excipé des modestes et des sacrifiés, des pupilles de la nation et des insoumis, des blessés du cœur, de l’âme et du corps. Pour ramener tout le monde à la raison, on a privilégié les riches et les puissants au détriment des pauvres et des malheureux. De la sorte, il est possible de tester la solidité et la vigueur, la résilience des faibles et des moins vigoureux.

Éprouver

On peut aussi éprouver le courage des uns, les capacités d’aide des autres pour tester la vigueur des élans de solidarité entre membres des communautés. On n’a cessé d’écouter la sonorité émise par le tintement des coups frappés sur les solides lorsqu’ils sont soumis aux vibrations sonores consécutives aux ébranlements provoqués par les répétitions des impacts et percussions. On s’attend à entendre des harmoniques et on ne perçoit que des gémissements.

Aléas

Ainsi va le monde lorsqu’il est victime des aléas provoqués ou accidentels. C’est ainsi que des amitiés se nouent, des sympathies se tissent et des convergences se créent. C’est aussi de la sorte que des blessés sont secourus, des malades sont réanimés et que des désespérés retrouvent le courage de vivre et de mourir. Le jour se lève à peine et déjà le -bitume vibre aux pulsations des joggeurs.

Quelles tenues ?

Tenues de sport bariolées, faites de casques sur les oreilles, se suivent et se croisent le long de la promenade à rythme soutenu. Sur le couloir d’à côté, ce sont les cyclistes qui tracent sans ciller. Les promeneurs matinaux marchent à pas lents s’ils sont âgés, d’autres s’assoient sur les chaises en métal bleu qui bordent le front de mer surélevé d’où partent des regards perdus sur la Méditerranée.

Joies

Plus tard, très vite, les familles arrivent joyeusement, emportant avec elles les énergies accumulées et qui ne demandent qu’à se libérer au contact des embruns soulevés par les vagues venues du fond de la mer. On s’installe avec fracas sur les galets, les enfants enfilent leurs brassards et se jettent à l’eau, les mères déploient des pique-niques géants. C’est l’été. De l’autre côté des cannisses, sur les plages privées, les matelas à 20 euros la demi-journée sont pris d’assaut par des touristes qui parlent toutes les langues et se font comprendre en anglais.

Rires et insouciance

Partout on rit, on discute, on crie, on s’interpelle, on grignote des chips ou on déguste des poissons fins sur des nappes blanches. Comme avant. Comme si rien ne s’était passé. Comme s’il n’y avait pas eu le drame et les morts, le sang, la stupeur et le désespoir. Comme si le 14 juillet 2016, à la fin du traditionnel feu d’artifice, où la foule était rassemblée sur cette même promenade, un homme n’avait pas, à bord d’un camion, tué en une poignée de minutes 86 personnes et blessé des centaines d’autres.

Instantané

C’est cet instantané qui a duré une éternité qui est vécue par les premiers témoins du passage d’un camion fou, alimenté plus par la déraison que par l’intentionnalité. Celle de tuer, de supprimer des vies en tas comme le font les pécheurs quand ils entassent dans leur nasse des poissons prêts à être servis dans les assiettes des touristes. L’hommage des rescapés de ce massacre a été parfaitement organisé dans le souvenir imprimé chez les témoins de cette scène de violence.

La Méditerranée de Braudel

Son contraste avec le calme et la sérénité de la Méditerranée a été minutieusement dessiné pour souligner la folie des hommes lorsqu’ils se départissent de leur raison, de leur sang-froid, de leurs capacités de réflexion et de liberté de s’affranchir de la haine, des passions et des dogmes. Les représentants des autorités, Président de la République et Maire en tête ont eu mille fois raison de remettre les pendules à l’heure et de faire couler des larmes des spectateurs de cette cérémonie du souvenir, holocauste d’innocentes victimes transformés en anges sur cette Baie si bien nommée en cette circonstance.

Un vieux Niçois

Je suis un vieux Niçois d’adoption, fier et heureux d’appartenir à une communauté d’où j’ai extrait mon épouse pour la vie et qui ai arpenté la Promenade des Anglais à la recherche de l’âme sœur enfin découverte au bout de multiples allers et retours le long des bruissements d’une mer si souvent douce et si rarement en colère. Le temps qui se contracte et tend à sa propre synchronisation n’a pas tardé à se démultiplier pour faire surgir les images de la déportation vers Auschwitz après Drancy de Simone Veil enlevée et rendue à sa famille un jour de septembre 1945.

Chez les musiciens

Nous habitions le même "quartier des Musiciens", fréquentions deux établissements scolaires situés à quelques centaines de mètres de distance. Elle est revenue de son expédition forcée en terre nazie, couverte de gloire et d’héroïsme. Elle avait senti, bien avant nous l’importance d’accorder aux femmes la dignité à laquelle elles avaient droit. Cette dernière ne pouvait leur être conférée que par le care, cette attention spécifiquement dévolue à la femme souffrante et qui lui est destinée quand, souffrant au plus profond de sa chair, elle s’empare de l’autonomie qui lui assure l’estime de soi.

De la musique au Panthéon

Cette décision de l’instant lui vaut de reposer au Panthéon où s’incrustera la mémoire d’une attitude hors du commun, suscitant l’admiration de tous quel que soit l’horizon idéologique, spirituel ou mystique. Il est dommage que nos chemins de promenade ne se soient pas croisés au bord de mer ou dans les jardins de Nice au hasard de nos pérégrinations sur l’avenue de la Victoire, la place Masséna devenue joyau d‘une cité d’où jaillit l’ocre. Mais aussi d’une ville où des résistants ont été pendus au sommet des réverbères sous les regards médusés de passants ne comprenant pas toujours le message délivré.