Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Les prisons débordent.

Elles laissent ouvert le tonneau des Danaïdes

Les prisons débordent.

Une punition ou une protection ?

samedi 15 octobre 2011, par Picospin

Ces résultats décevants ne modifient en rien le comportement des « metteurs en prison », ceux qui sont ravis de débarrasser le pays de ses mauvais éléments, ceux qui perturbent le système du bien pensant mis en place dont on attend monts et merveilles.

Le tonneau des danaïdes

On arrive ainsi au tonneau des danaïdes par lequel les prisons se remplissent plus vite qu’elles ne se débarrassent de ses prisonniers. On n’en finit pas de construire ou de vouloir construire ces établissements tout en affirmant que leur confort va s’améliorer, que l’hygiène sera mieux respectée et que la promiscuité va diminuer ce qui ménagerait plus d’espace pour la vie des prisonniers. Comme ils disposeront d’un certain confort par rapport à celui fourni dans les chambres d’hôtel de dernière catégorie, on ne voit pas pour quelle raison ils se plaindraient des conditions de vie qui leur sont faites. Ces considérations n’en résolvent pas pour autant l’épineux problème moral de l’incarcération que certains trouvent protecteur, d’autres liberticides et des troisièmes inconcevables pour les partisans de la liberté au risque de vois augmenter le chiffre de la délinquance ce qui est largement démenti par les faits. Alors à quoi servent les prisons dont la construction et l’aménagement coutent cher, qui ne dissuadent nullement les délinquants de se livrer à des actes que la morale et les lois réprouvent et interdisent et qui n’augmentent nullement la sécurité de la population. Ces considérations sont résumées dans la sentence suivante qui ne tranche pas vraiment dans le sujet. Les fonctions des prisons varient selon les époques et les sociétés. La plupart du temps, il s’agit de punir une personne reconnue coupable d’une faute d’une certaine gravité, de protéger la société des personnes dangereuses, de décourager les gens de commettre des actes interdits par la loi, d’obliger le détenu à faire pénitence, en le forçant à poursuivre des études ou une activité destinées à le réinsérer ou le réhabiliter, de neutraliser les opposants politiques, d’empêcher des prévenus de prendre la fuite ou de compromettre leur futur procès, on parle alors de détention provisoire.

Paradoxe pénitentiaire

Le « paradoxe pénitentiaire » exprime la contradiction entre les fonctions de répression et de réhabilitation. Autrefois, la prison servait également à enfermer les malades mentaux de manière à les isoler de la société. Depuis lors, et sous l’influence de philosophes et de penseurs de la société, la majorité des pays disposent d’hôpitaux psychiatriques. Mais les prisons contiennent encore une population relativement importante de personnes souffrant de troubles mentaux dont on sait que faire. Ils se trouvent au milieu du gué en position de chevauchement entre la folie et la possession de tous leurs moyens psychiques. Les psychiatres, les experts ont souvent du mal à trancher dans ce débat entre normalité et pathologie tant les limites de la maladie et de la normalité sont poreuses et floues. C’est cette idée qu’a développé un médecin philosophe comme Canguilhem qui vient de disparaitre récemment et qui s’est attaché depuis longtemps à définir la normalité, notion de plus en plus difficile à définir. On ne sait toujours pas si la société cherche à punir un individu en raison de sa culpabilité avérée ou si on cherche plutôt à mettre à l’abri un individu dangereux pour éviter qu’il ne continue à commettre des crimes. De telles éventualités se produisent chez les meurtriers en série qui obéissent à des pulsions de mort en réalisant leurs fantasmes d’assassinat sur des personnes sans défense, fragiles, isolées. Beaucoup espèrent que l’enfermement permettra de corriger les dérives dangereuses des criminels, de réinsérer les prisonniers libérés après accomplissement de leur peine. Si cette éventualité se produit dans certains cas, elle n’est pas la règle.

Amélioration ou dégradation

Loin de s’améliorer en prison, les condamnés y contractent des liens avec d’autres criminels ou récidivistes qui encouragent plutôt qu’ils ne dissuadent les collègues enfermés de renforcer leur conduite hors la loi. Cette évolution a pour résultat d’enfoncer un peu plus chaque jour les prisonniers dans leur vie criminelle. Il est difficile de couper ce cercle infernal et cette figure du tonneau des Danaïdes ce qui au lieu de résoudre le problème de l’emprisonnement ne fait que l’aggraver. La situation est donc bloquée aussi longtemps que de nouvelles solutions ne seront pas inventées et appliquées à grande échelle pour réinsérer, rééduquer, moraliser, accentuer les tendances au mimétisme et tout faire pour couper les relations dangereuses et les remplacer par une insertion dans un autre milieu plus sain, plus honnête et moins pathologique.