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SEMAINES SOCIALES LYON 2008

Les religions menace ou espoir pour nos sociétés ?

Le mot de BLF

mercredi 3 décembre 2008, par Picospin

C’est en ces termes que Jérôme Vignon, président, inaugura la 83èmes session des Semaines Sociales a Lyon. Pendant 3 jours 3000 participants et les conférenciers ont essayé de situer le rôle des religions dans nos sociétés modernes, notamment européennes, où « l’autorité morale des Etats est en recul et où la politique se cantonne à une attitude plus gestionnaire que visionnaire ».

Débat ouvert

D’où un espace public plus ouvert au débat avec en contre-partie une « attente de sens et de valeurs qui déborde les frontières habituelles entre le privé et le public ». De l’ensemble des débats on peu retenir deux idées forces : si les religions peuvent constituer une menace pour la cohésion sociétale, elles répondent incontestablement à la quête de sens des populations soumises aux excès d’une individualisation croissante. Ces religions répondront d’autant mieux a ce questionnement si le dialogue inter religion s’exprime dans une écoute et un respect mutuel indispensable à la nécessaire cohésion du groupe. C’est encore J.Vignon qui déclarait « La tentation des églises de mettre la main sur le politique et la société est dépassée. Le dialogue avec les pouvoirs publics et la société est donc possible ». A condition précise Danielle Hervieu-Léger, sociologue des religions, d’ « éviter le discours politique » et « tout raidissement communautaire ». Dans ce cas les religions « peuvent constituer un danger public » comme le montrent les fondamentalistes qui mettent gravement en cause le pacte démocratique sur les libertés. Elle dénonce le « danger inhérent a toutes les religions » susceptibles de verser dans le radicalisme et le communautarisme dès lors que« le pouvoir politique est défaillant à donner un horizon commun ». Toute société découvre en effet que la coexistence avec la religion constitue un équilibre fragile qu’il importe de préserver car l’apport du religieux répond à une demande croissante des sociétés en mal de sens. Soumises à l’individualisation croissante de citoyens, à la "déculturation" et à la "désutopisation" (désenchantement par rapport au progrès et à l’avenir) les sociétés sont démunies pour retrouver une cohésion nécessaire. Aux conditions explicitées ci-dessus, les religions sont susceptibles de redonner le lien social recherché.

Liens entre religion et société

Le père Bruno-Marie Duffé, philosophe et théologien, a bien montré comment mémoire, solidarité, foi, convictions éthiques et espérance nourrissent le lien de la religion avec la société où elle vit. Il a également mis en garde ces sociétés vis-à-vis des dangers actuels qui se font jour contre les religion : néo-athéisme radical, retour des passions laïques, phénomènes sectaires, ceci étant d’autant plus réel lorsque le dialogue entre religions est exacerbé par l’intolérance. Attention dit-il « la mauvaise religion est toujours celle de l’autre ». Ce furent Régine Azria sociologue juive, Mustapha Chérif, islamologue, Paul Valadier jésuite qui dans une table ronde animée par Henry Tinc explicitèrent les réponses possibles du Judaïsme, de l’Islam et du Christianisme aux questions actuelles de nos sociétés modernes. Pour Paul Valadier « la sécularisation nous offre une situation inégalée dans l’histoire. Une situation dans laquelle l’Eglise peut alimenter le débat démocratique sans être suspectée de vouloir prendre le pouvoir. La coexistence pacifique entre religion étant un préalable dirimant a toute vie en société. Nous touchons ici un point fondamental et difficile du dialogue interreligieux
Comment concilier « l’universalisme que chaque religion a vocation d’exprimer dans un contexte ou le pluralisme est devenu le fruit d’un approfondissement démocratique ».

Necéssité de la tolérance

Chacun a leur tour, Enzo Bianchi théologien et Agnes von Kirchbach pasteure de l’Eglise reformée de France ont souligné la difficulté mais aussi la nécessité de concilier la vocation universelle de chaque religion avec la tolérance. Cela implique pour Enzo Bianchi la reconnaissance de l’Universel de l’Autre. Comment concilier cette nécessité sans tomber dans le relativisme ? Pour lui aucune religion n’est propriétaire de la Vérité. Pour le chrétien, la Vérité nous précède puisque la vérité c’est le Christ. C’est également la position d’Agnès de Kirchbach qui invite chaque religion « à prendre en compte le mal dont elle est la cause » et pour qui l’invitation evangélique « Convertissez vous » s’adresse à l’humanité toute entière sans distinction de religion. Laissons à Jérome Vignon le mot de la fin lorsqu’il constate que dans le désarroi actuel que connaissent les sociétés, notamment avec la crise économique et financière, « les porteurs de sens et en particulier les religions ont une chance d’être entendus ».