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Les responsables de la politique, des moeurs et des comportements : DSK et Luc Ferry

vendredi 3 juin 2011, par Picospin

Il s’agit le plus souvent de la misère morale, des us et coutumes des personnages les plus en vue des milieux politiques dont on soulève les jupes comme celles des femmes dont on commence enfin à s’occuper pour tenter de redresser l’image désastreuse que certains aiment faire et répandre à propos de la misogynie des hommes dont des exemples foudroyants viennent d’être proposés à l’attention du peuple pour qu’il s’en nourrisse à satiété.

Bas fonds et caniveaux

Notre époque aime s’intéresser aux bas fonds, faute de pouvoir le faire à propos de l’élévation dans la connaissance, la morale ou simplement de la moralité. Les sommets inaccessibles, on préfère les éroder plutôt que les vaincre à force de sueur répandue, d’efforts continus et répétés et, pour les moins vertueux, de dopages offerts en pâture aux nouveaux censeurs, ravis d’avoir l’occasion de fustiger les concurrents malheureux de ne pouvoir soutenir les rythmes endiablés, les entrainements douloureux, les exercices quotidiens indispensables au maintien d’une forme physique et morale qui permette les réalisations des exploits salués par les médias comme dignes d’honneurs et de triomphes fêtés par le peuple en liesse. Ce qui est intéressant dans l’épisode actuel qui a pris naissance dans la matrice – si l’on peut dire – de DSK épinglé avec la connivence de puissants rivaux, c’est le désintérêt subit pour la réflexion, les tentatives de solutions intellectuellement défendables des grands problèmes politiques et techniques de l’heure.

Nucléaire

Il n’est pas indifférent que l’énergie nucléaire fût subitement abandonnée par une chancelière physicienne sans en référer à ses « alliés » d’occasion. Cette attitude appelle un questionnement d’ordre scientifique, technique, démographique et philosophique en raison de l’importance pour les générations futures, - nos enfants et petits enfants - qu’une telle décision peut signifier pour leur avenir, leur mode de vie et leur futur regard sur le monde et notre planète. Depuis la disparition, sinon le retrait de Dieu du monde des vivants, depuis que beaucoup imaginent que sa faiblesse est dûment affichée aux yeux des humains, en particulier après Auschwitz, il appartient à l’homme de le remplacer et de prendre en charge la solution des problèmes dans lesquels Il était impliqué. De ce fait, d’aucuns croient que les affaires des hommes doivent être solutionnées par ses représentants agissant dans la sphère politique, scientifique, spirituelle, sinon religieuse. Se présente à ce moment un certain Hans Jonas, philosophe allemand qui développe l’idée de la responsabilité érigée en principe.

Un philosophe contemporain

Il s’occupe de cette affaire car, dit-il « les morales traditionnelles sont devenues inopérantes pour les décideurs politiques en particulier et les hommes d’état en général ». De ces derniers, il fait un paradigme de l’éthique autour de l’idée de responsabilité sous ses aspects naturels et contractuels. Il voit dans les parents et les hommes d’état deux modèles essentiels pour l’élaboration d’une philosophie de l’espérance responsable fondée sur le respect. L’évolution déclenchée par l’agir technologique pour réaliser des objectifs à court terme se rendent autonomes, en vertu de leur irréversibilité et de leur irrésistible tendance à déborder la volonté et les projets de ceux qui agissent. Regardez comment les décideurs français hésitent à seulement envisager la « sortie du nucléaire » freinés qu’ils sont par l’impérieuse nécessité du maintien et de la modernisation des centrales nucléaires existantes et vieillissantes. Ce qui a été commencé enlève l’initiative de l’agir. Les faits accomplis que le commencement a créés s’accumulent pour devenir les lois de sa continuation. Notre propre développement risque à tout moment d’échapper à nos mains du fait qu’il a incorporé l’impulsion initiale.

Liberté

Si le premier pas relève de notre liberté – même si cette dernière est assujettie à un effet de mimétisme – nous sommes esclaves du second et de tous ceux qui suivent. Contrairement a ce qu’a déclaré dans un élan de conscience retrouvée et régénérée une ancienne Ministre de la Santé et des sports, les hommes, pas plus que des footballeurs séquestrés dans un car qu’ils refusèrent de quitter quelque part en Afrique du sud, l’homme ne vit pas en autarcie. Chacun a éprouvé la responsabilité originaire de la sollicitude parentale. La mesquinerie de l’homme est au moins équivalente à sa grandeur. Ses défenseurs, même des êtres d’exception comme François d’Assise ne se trouvent guère dans la plus favorable des positions pour montrer leur efficacité. Face à sa dignité, l’existence de l’homme garde la priorité soit qu’il la mérite en tenant compte de ce qui a été fait auparavant ou en envisageant le champ du possible sur lequel il convient de faire entrer la propre exigence, maintenue dans une transcendance ouverte ne serait-ce que par l’existence. Calomniez, il en restera toujours quelque chose.

Vérité ou calomnies

L’ancien ministre de l’éducation, le philosophe Luc Ferry, vient d’accuser un ancien ministre de s’être "fait poisser [attraper] à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons". La déclaration de M.Ferry est condamnable à deux égards. Si l’ancien ministre avait des certitudes depuis longtemps, il s’est rendu coupable de non-dénonciation de faits délictueux. Comme l’a relevé Alain Juppé, "si on a eu la conviction qu’il y a eu un délit, voire un crime, on saisit la justice et on ne va pas bavasser dans la presse". Si M. Ferry n’a fait que colporter des rumeurs, ses propos sont alors diffamatoires. Il peut prétendre qu’il n’a pas livré de nom alors que plusieurs personnalités ont été soupçonnées, nommées, acculées à s’exprimer sans que le moindre début de preuve ait été apporté. Le législateur inclut la permanence de sa création par avance, d’une chose qui doit devenir réalité pour l’avenir mais non pour ceux qui partagent sa vie.

Nature humaine stable ?

Il s’emploie à créer une viabilité dans une durée sans changement parce que la nature humaine ne change pas car elle est comprise avec ses imperfections dans la conception d’un ordre politique sage. Ce dernier est menacé par le désordre des passions humaines qui réclame par delà la sagesse fondatrice du législateur celle, constante, de l’homme politique. Sa prévoyance consiste dans la sagesse et la mesure consacrées exclusivement au présent. La vertu s’accroit grâce à la vertu qui est le produit d’une éducation progressive dans laquelle les bonnes fréquentations, l’exemple, l’exercice, la connaissance et l’effort continuel et l’amour du bien éveillé par l’imitation appropriée progressivement jouent le rôle déterminant.

Questionnement éthique :

Y a-t-il des ordres politiques économiques ou sociaux meilleurs et pire plus conformes à des normes éthiques qui posent des conditions meilleures ou pires pour l’être moral, la vertu, de leurs membres ?


D’après : Jonas H. Le Principe Responsabilité, Paris, Champs Flammarion, 1990.