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Les retours d’Achille, Pythagore et Aristote

mardi 7 juillet 2015, par Picospin

C’est la séparation, toujours douloureuse de l’enfant devenu adulte et qui sait, autonome, entre des parents adoptifs et des rejetons encore fragilisés par une éducation incomplète, interminable et qui aurait besoin d’être complétée par les apports des nouvelles méthodes de formation des rejetons d’une société à la dérive.

Société à la dérive ?

Cette dernière ne sait pas exactement où elle va et où elle doit aller. A-t-elle des excuses à faire valoir dans son cas ? Son vieillissement, l’archaïsme de son organisation sociale plus que politique, les privilèges accordés depuis longtemps à des groupes professionnels qui exploitent des richesses et des situation acquises dans les domaines de la religion et des activités qui ont contribué à en enrichir certains, à en appauvrir d’autres ? Si ce pays a atteint ce stade de déliquescence, est-ce parce qu’il a donné au monde des leçons d’intelligence, de philosophie, de géométrie, de formation dans tous les compartiments des sciences et des réflexions qui concernent l’esprit, son éducation et la manière d’en illustrer l’activité par la représentation théâtrale, la littérature, le récit d’épopées ?

En dehors des Lois

A-t-il pour autant le droit de s’extraire des lois, de la politique, de l’art de gouverner qu’il a tant contribué à enseigner, à diffuser dans un monde qui dans tous ces domaines n’en était qu’au stade de l’apprentissage, sinon de l’entrée en matière ? On a envie de répondre par l’affirmative à une telle interrogation tant il est vrai qu’ayant beaucoup enseigné, cette civilisation a droit à un retour sur investissement, celui résultant de la compensation due à celui qui donne beaucoup, reçoit peu en revanche et pourrait avoir droit à l’aide rendue par des enfants turbulents à leurs parents vieillissants pour ne pas dire sénescents.

Conflit de générations

Il s’agirait donc seulement d’un conflit de générations, d’apprentissage du vivre ensemble pour harmoniser et équilibrer les désirs de ceux qui se précipitent dans les océans mythiques d’Homère et ceux qui en offrent l’usage ou proposent de vendre à d’autres civilisations millénaires des ilots abandonnés aux muses, aux chants des sirènes et aux exploits des Achille en herbe sous le regard un peu hautain d’un Poséidon.

Marathoniens

On pourrait aussi objecter qu’après avoir beaucoup couru à Marathon et passé le relais à Boston, les générations se sont épuisées à transmettre au monde la flamme olympique à côté de celle qui illumine le Parthénon, l’esprit de Socrate, de Parménide ou d’Aristote. Si nous n’y pensons qu’épisodiquement, nos Sartre, Heidegger, Descartes, Spinoza s’y réfèrent par le renvoi permanent de leurs interrogations à celles formulées deux siècles auparavant par Épicure ou les stoïciens.

Un roi ? Lear...

Qui se rend en Avignon assister aux représentations du « Roi Lear » en cet été caniculaire recule de quelques dizaines de siècles pour retrouver Eschyle, Sophocle ou Euripide à Dionysos. Les Grecs savant jouer, revêtir les masques et faire chanter les chœurs. Ils ont été imprégnés de ces jeux de rôles.

Faut-il le leur reprocher ou les féliciter de transmettre à nos générations les clés des énigmes tragiques, les ressorts des ambigüités, les mécanismes de l’inconscient ?