Ethique Info

Accueil > Sport > Les risques cardiaques des sportifs de haut niveau

Faut-il faire du sport et si oui à quel niveau ?

Les risques cardiaques des sportifs de haut niveau

Est-ce que trop de sport n’est pas nuisible ou risqué ?

samedi 28 juin 2008, par Picospin

Comment se fait-il dans ces conditions que malgré ce suivi rigoureux et la connaissance de ses antécédents familiaux, le staff médical des divers clubs pour lesquels il a joué n’ait pas réussi à détecter la moindre anomalie de la structure et de la fonction du cœur d’autant plus qu’il disputait l’Euro il y a encore quinze jours. A 36 ans et demi, le défenseur central a accumulé les visites médicales dans sa carrière sans qu’aucun problème ne soit jamais identifié. En fait, la réalité est un peu plus complexe. Lors de l’échographie cardiaque préalable à toute signature de contrat, on a détecté une hypertrophie du cœur chez le recordman des sélections en équipe de France.

Quelle maladie ?

La question avancée est que demeure l’hypothèse entre existence d’une véritable maladie ou simple développement d’un épaississement de la paroi musculaire chez un athlète hyper entraîné. « Si Thuram était un footballeur sans antécédents familiaux, la situation n’aurait pas tiré à conséquence et il se serait probablement engagé avec le PSG. » est-il déclaré par ailleurs, peut-être un peu trop légèrement. Seulement, le champion du monde 1998 a un frère qui est décédé d’un arrêt cardiaque sur un terrain de basket. Sa mère, une de ses sœurs et un autre de ses frères souffrent également d’une malformation cardiaque. « Le risque pour Lilian d’avoir un accident cardiaque est d’un sur cent contre un sur deux cent mille pour un sportif de haut niveau classique », pense le médecin responsable de l’équipe du PSG. Compte tenu de cette situation, les médecins n’ont pas voulu prendre de risques. Ils se donnent jusqu’au 30 juillet pour déterminer si Thuram peut continuer sa carrière. Le temps de comparer son dossier médical et celui de sa famille. Le temps aussi de récupérer et d’interpréter les échographies passées par Thuram depuis 2003 à la Juventus Turin, au Barça et avec les Bleus. Pour l’instant, le PSG ne lui ferme pas la porte. « Lilian était en tête de liste des défenseurs que nous souhaitions recruter, explique Paul Le Guen. On va attendre et espérer qu’il puisse nous rejoindre plus tard. » Le champion du monde 1998 était sous le coup de l’émotion :

Désespoir des sportifs

« Vous rentrez à l’hôpital, vous êtes joueur de football. Vous en sortez, vous ne l’êtes plus. Ce n’est pas facile. » Reste qu’en ce domaine on n’est jamais trop prudent. C’est le décès du Camerounais Marc-Vivien Foé suite à un malaise cardiaque en plein match de Coupe des confédérations, en 2003, qui avait révélé ce paradoxe : on peut être footballeur de haut niveau et souffrir d’une malformation cardiaque non détectée. Depuis, la mort subite de sept joueurs professionnels dans le monde à cause de la même pathologie a prouvé que ce risque n’était pas virtuel. Que se passe-t-il en réalité ? Comme tout organe composé d’un muscle, le cœur est capable d’augmenter son volume lorsqu’il est soumis à une demande élevée d’exercices et d’efforts. Entraînez vos biceps, vos cuisses, tendez votre abdomen et vous verrez les éléments qui composent ces membres et parties de votre corps grossir, se renforcer, s’épaissir et durcir. Ces phénomènes sont exactement ceux qui se passent au niveau de votre cœur quand ce dernier est soumis à un entraînement régulier et qu’on lui demande de plus en plus de performances pour satisfaire aux exigences de celles demandées aux sportifs professionnels et de haut niveau. Regardez la carrière de plus en plus courte des joueurs de tennis victimes de toutes sortes d’ennuis physiques que ce soit au niveau articulaire, musculaire, tendineux. Leur entraînement devient de plus en plus sévère si bien que nombreux sont ceux qui sont obligés d’interrompre ou d’arrêter leur trajectoire sportive. Qu’arrive-t-il au cœur des grands sportifs ? A l’image des athlètes qui fabriquent facilement et rapidement de grandes quantités de muscle, le cœur est susceptible de faire de même.

Un organe susceptible

Seulement pour le cœur, la situation est un peu différente de celle des autres organes. Lorsque sa paroi s’épaissit sous l’influence d’un surentraînement, la cavité qui contient le sang et que le muscle doit expulser à chaque battement pour l’envoyer aux différentes organes – cerveau, foie, reins, poumons, membres, pour leur apporter les nutriments dont ils ont besoin – cette cavité est progressivement envahie par les fibres musculaires si bien qu’elle rétrécit et ne peut plus emmagasiner les centilitres nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme, d’autant plus que ces quantités augmentent considérablement à l’exercice qui est l’état le plus fréquemment obtenu et demandé aux sportifs. Donc, il y a trop de muscle et pas assez de réceptacle. Il s’agit en somme d’un moteur surpuissant qui est incapable de recevoir la quantité d’essence nécessaire à la montée en première d’une côte trop raide. Au-delà de cette situation, la question la plus importante est de déterminer si cette anomalie se développe de façon privilégiée chez les sportifs et dans quelle mesure les entraînements et surentraînements imposés aux sportifs professionnels ne finissent pas par dépasser le but recherché, c’est-à-dire une forme physique exceptionnelle aux dépens d’une masse musculaire trop volumineuse pour accomplir son travail. Cette situation n’est pas encore complètement éclaircie mais risque de l’être dans les années à venir en raison du nombre de plus en plus élevé d’athlètes bien préparés et de l’amélioration continue des performances sportives.

Révélation

Lilian Thuram vient de confirmer qu’il souffrait d’une malformation cardiaque qui allait peut-être l’obliger à mettre un terme à sa carrière. L’équipe médicale des Bleus, déjà mise en cause par Patrick Vieira à propos du diagnostic de la blessure à la cuisse qui l’a privé d’Euro, aurait-elle commis une négligence qui aurait pu être fatale à Lilian Thuram pendant la compétition ? Interrogé par Le Monde pour savoir si cette malformation était connue de l’encadrement médical des Bleus, le médecin de l’équipe de France, Jean-Pierre Paclet, a répondu qu’il était "couvert par le secret médical". "Il n’y a pas grand-chose à ajouter à ce qu’il a dit : il a passé des examens qui justifient des examens complémentaires." Le médecin déclare cependant qu’"avant l’Euro, il n’y a pas eu d’électrocardiogramme ni d’échographie", seule à même de détecter une hypertrophie cardiaque. "La FIFA demande de faire une échographie tous les deux ou trois ans", précise le docteur Paclet. En 2006, tous les joueurs participant à la Coupe du monde avaient dû subir une échographie du cœur. Et en France ? "Normalement, c’est une échographie par an entre l’équipe de France et les clubs, répond le médecin des Bleus. Mais les hypertrophies cardiaques sont des maladies évolutives. Nos examens n’ont pas de valeurs prédictives. Si on ne voit rien, ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien. Si vous regardez l’histoire du football, ce n’est pas une situation étonnante, il y a plein de joueurs qui étaient considérés en bonne santé et qui du jour au lendemain n’étaient plus aptes à jouer en raison de l’identification d’une malformation cardiaque." Ainsi, en juillet 2003, une malformation cardiaque avait été dépistée chez Khalilou Fadiga au moment de son transfert d’Auxerre à l’Inter Milan.

Questionnement :

1. La "malformation" cardiaque dont on parle à propos de Thuram n’est pas à vraiment parler une malformation. On donne habituellement ce nom à une anomalie détectée à la naissance et qui comporte une certain nombre de défauts comme par exemple un rétrécissement situé à l’origine de l’artère pulmonaire ou de l’aorte, une communication anormale entre les deux ventricules ou les deux oreillettes ou des malpositions de naissance des vaisseaux.

2. Dans le cas considéré ici, il s’agit d’un épaississement musculaire au niveau du ventricule gauche dont il n’est pas toujours certain qu’il soit apparu à la naissance. Cette "hypertrophie" peut s’exagérer dans le temps en fonction de l’importance des exercices physiques accomplis.

3. C’est donc une maladie évolutive mais qui en aucun cas d’apparaît "ex nihilo" du jour au lendemain. Il est en effet assez facile de la détecter par l’échocardiographie qui permet, grâce aux ultrasons envoyés par un appareillage spécial sur le coeur mesurer l’épaisseur des parois musculaires. Cet examen suffit la plupart du temps à assurer le diagnostic de la maladie.

4. Son risque consiste après une effort, au cours duquel la contraction du ventricule gauche est renforcée à ne plus permettre à la cavité du coeur à recevoir le sang qui lui vient de l’oreillette gauche parce que cette dernière est obstruée par la masse musculaire trop épaisse.

.