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Ecrivain ou ambassadeur ?

Les tribulations diplomatiques de BHL

Philosophe à l’Elysée

dimanche 20 mars 2011, par Picospin

Et dans quel langage ? Celui de l’humour et d’une pincée de critique qui dans cet auguste quotidien ne dépasse jamais les lois de la bienséance ne serait-ce qu’en raison de la civilité et du caractère civique de la majorité de ses lecteurs qui n’ont guère oublié la sagesse et l’équilibre des propos, la douceur des mœurs et le style qu’il convient d’imprimer au maniement d’une langue française qui, au mains souvent maladroites d’en haut a perdu sa correction, sa rigueur grammaticale et son élégance. J’ai donc l’occasion unique de confier mes projets littéraires et politiques à BHL.

Insatiable

Insatiable, affamé de reconnaissance et de gloire, il prend l’avion aussi souvent que la plume ou l’ordinateur pour asséner des vérités qui sont les siennes et quelle que soit leur destination, à gauche, à droite ou au milieu. Cette fois, il a jeté son dévolu sur le maitre de la Libye, cible relativement simple et facile à atteindre à cause de son isolement, de la « folie » que lui imputent les stratèges occidentaux, de ses tenues vestimentaires et de sa tenue tout court. Notre philosophe de service et au service de qui ( ?) n’a pas hésité à se lancer dans une aventure diplomatique dont il n’avait pas grand-chose à craindre dès lors qu’il savait pertinemment que notre Président était à la recherche non seulement d’une idée si rare en ses lieux mais d’un objectif capable de le faire ressusciter non d’entre les morts mais d’entre les politiques. Il fallait qu’il se fit pardonner la gestion imprécise de sa politique dans l’affaire des révoltes du sud de la méditerranée dans laquelle les collaborateurs désignés n’avaient pas été à la hauteur des évènements et pire, ils avaient profité de moyens de transport spontanément disponibles pour combiner travail et vacances, affaires et représentation diplomatique. Ces occasions offertes par chance avaient fini par trouble le Maitre des lieux qui en avait pris ombrage, condition défavorable à une réparation en urgence de plusieurs pneus crevés qui avaient parcouru trop de km pour être en état de parcourir encore des trajets supplémentaires sur un bord de mer ensoleillé certes mais sur lequel commençaient à s’accumuler les nuages annonciateurs d’orages politico-sociétaux aussi imprévus qu’étendus. Leur déclenchement soudain avait surpris les connaisseurs des implications sociales de ces régions qui attendaient depuis longtemps, dans la discrétion, le silence et la colère le départ imminent des dictateurs qui s’étaient installés tous ensemble depuis fort longtemps dans les carrés de déserts dévolus à leur soif de pouvoir sinon de deniers.

Maitre à penser talentueux ?

« Bernard-Henri Lévy avait déjà réussi un beau coup diplomatique en emmenant personnellement le président bosniaque Alija Izetbegovic - dont il soutenait la cause depuis le début de la guerre civile yougoslave - dans le bureau de François Mitterrand à l’Élysée. Mais, cette fois, notre dandy national, « ministre des Affaires étrangères » à ses heures, aura fait encore plus fort : entraîner la France - et à sa suite tout l’Occident - dans la guerre, afin de débarrasser la Libye d’un dictateur sanguinaire qui, il n’y a pas si longtemps, jouissait du privilège de planter sa tente en plein VIII e arrondissement de Paris. Dès l’annonce des évènements en Libye, il se rue, à l’instar de dizaines d’autres journalistes occidentaux, vers une Cyrénaïque libérée par son peuple de la police du dictateur. Pour faire le trajet de la frontière égyptienne à Tobrouk, BHL ne trouve aucun taxi pour Tobrouk, monte dans la camionnette d’un marchand ambulant de légumes s’installe sur la Corniche de Benghazi où le grouillement des journalistes lui rappelle l’Holiday Inn de Sarajevo, tente de couvrir l’insurrection des tribus de l’est de la Libye, passe directement à la diplomatie parallèle et secrète, invite en France ses interlocuteurs, leur promettant de tout faire pour les amener à l’Élysée. Ce qu’il fit car c’est un garçon qui tient ses promesses, ne serait-ce que pour montrer bonne figure devant ses relations mondaines, littéraires, artistiques et philosophiques. Pour ces dernières, il n’a sans doute pas encore emprunté aux sages de l’antiquité la sagesse et la capacité de réflexion qui sied à un penseur de métier. Toujours est-il que le soir venu, il joint Nicolas en lui enjoignant de recevoir au plus vite ses nouveaux amis du désert « Accepterais-tu de recevoir les Massoud libyens ? »

Une savoureuse histoire

Le président de la République donne aussitôt son accord suivi sans difficulté ni retard les émissaires libyens et français dont le conseiller spécial Henri Guaino qui, en 2007, traita BHL de « petit con prétentieux ». Sarkozy, alors, annonce aux Libyens éberlués et ravis le plan qu’il a concocté l’avant-veille avec BHL : reconnaissance du CNT comme seul représentant légitime de la Libye ; envoi d’un ambassadeur de France à Benghazi ; frappes ciblées sur les aéroports militaires du pays ; le tout avec la bénédiction - qu’il a déjà obtenue - de la Ligue arabe. Deux heures plus tard, alors que les Libyens ont déjà annoncé aux médias du monde entier la bonne nouvelle, Alain Juppé descend du Thalys à Bruxelles, le masque tendu, la paupière lourde, les traits tirés, les cernes gonflés comme en le voit de plus en plus souvent chez les grands de la politique, surchargés de travail et de responsabilités qui creusent plus les rides que les circonvolutions du cerveau. Manifestement, le ministre des Affaires étrangères n’est au courant de rien. Les médias se déchaînent contre le duo Sarkozy-BHL et leur « diplomatie de perron ». Le courant ne passe pas entre l’homme de Benghazi et le représentant américain. C’est alors que BHL décide de mettre la pression sur Sarkozy, en déclarant que si Kadhafi prend Benghazi, l’immense drapeau français qui flotte sur la Corniche sera l éclaboussé du sang des Libyens massacrés.

Paris New York AR

Sarkozy envoie Juppé à New York et appelle lui-même, un à un, les présidents ou chefs de gouvernement des 15 pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU. À minuit, le président annoncera lui-même à son « ministre-bis » qu’il a gagné la partie, que la résolution est votée…Se non è vero…è ben trovato…Messieurs les français, tirez les premiers. "L’aviation française a engagé les hostilités en Libye cet après-midi, aux environs de 17h45, en abattant un véhicule militaire loyaliste". Premier pays de la coalition à frapper les troupes du colonel Kadhafi, la France concrétise ainsi son activisme diplomatique en prenant le leadership de l’opération militaire. Nicolas Sarkozy, qui a accueilli au palais de l’Élysée un sommet international exceptionnel, avait annoncé dans l’après-midi le lancement des hostilités. La zone d’exclusion aérienne a elle aussi été mise en place, conformément à la résolution 1973 du conseil de sécurité de l’ONU. En marge des français, Ottawa et Londres ont également fourni des avions de combat. En parallèle, l’Allemagne a confirmé sa volonté de neutralité, à l’inverse du Qatar, des Pays-Bas, du Danemark mais encore de la Turquie, qui ont affirmé leur volonté de s’engager dans les combats.

Discrétion

Les États-Unis se sont fait plus que discrets avec une Hillary Clinton bien évasive, réaffirmant la volonté de ne déployer aucun soldat en Libye tout en assurant la coalition d’une aide militaire dont on peine encore à dessiner les contours. L’administration Obama répugne à s’engager dans une offensive complexe et hasardeuse alors que les blessures et cicatrices de la guerre en Irak n’ont pas encore été refermées. L’OTAN non plus ne sera pas engagé de quelque manière que ce soit dans le conflit. Dès lors, Nicolas Sarkozy en a profité pour prendre le leadership des opérations. Pour l’Union Européenne, c’est une occasion manquée d’affirmer son autorité et de faire entendre une voix unanime dans un problème diplomatique, éthique et politique voie stratégique pour le moins complexe.

Jeune fille timide

La Haut-Représentant de l’Union pour les Affaires Etrangères Catherine Ashton a témoigné d’une timidité déconcertante, refusant de reconnaître le CNT (Conseil National de Transition) et s’opposant à la zone d’exclusion aérienne, alors que le contexte lui permettait d’offrir à l’UE un rôle de leader inédit. Décidément si les oiseaux ont de plus en plus de mal à s’envoler, les Rafales eux s’amusent dans le ciel vierge de toute opposition et peuvent continuer à tourner en attendant l’éventuel client séduit par sa musique, ses évolutions acrobatiques ses virages qui complètent et imitent à la perfection ceux de ses maitres si désireux de les flatter en leur caressant le cou comme on le ferait d’un Pégase à la recherche sans espoir de ses parents Poséidon et Méduse dont il ne peut se séparer du souvenir.