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Les vacances de Monsieur Hulot sauvées de justesse

dimanche 28 août 2011, par Picospin

Elles étaient d’importance plus pour sa carrière politique que journalistique, venant de la part du patron de l’Elysée qui souhaitait voir cet homme si populaire et si cher au cœur des Français occuper un siège diplomatique et honorifique à la fois, sn tant que représentant de la France à l’ONU.

Une proposition mirifique

Éberlué par cette proposition mirifique qui le propulserait de la simple popularité à la diplomatie, aux rencontres fructueuses pour sa propre carrière et pour une possible ascension moins vers les cimes des montagnes, les strato-cumulus que vers celles qui conduisent dans les couloirs des Assemblées internationales, les larges sièges des décisionnaires, il pouvait accepter avec enthousiasme cette idée féérique de passer de l’écologie militante à la rencontre avec nos voisins les plus proches, oiseaux migrateurs, crocodiles s’ébattant entre rivières d’eau douce et eau de mer, serpents vénéneux, se glissant entre mangroves et bambous ou singes racontant les aventures de Rudyard Kipling. Il commençait à être envahi par la douce somnolence qui suit l’annonce et la perspective des grandes réussites quand brusquement, lui vint à l’esprit par réminiscence interposée entre page de quotidien et lecture appliquée d’un article sur DSK, les mésaventures américaines de cet autre ambassadeur potentiel de la France, comme lui, autrefois sollicité de s’installer aux États-Unis pour y représenter son pays et observer de plus près les règlements de cette grande démocratie où se prennent les grandes et aussi les petites décisions. C’est à ce moment que lui vint à l’esprit l’aventure vécue tout récemment par un autre haut représentant de la France aux États-Unis qui eut maille à partir avec la justice de ce pays à la suite d’une dénonciation pour attitude inélégante envers une pauvre citoyenne de ce pays, et qui comme beaucoup d’autres de sa couleur et de sa condition a subi moult manifestations de mépris pour conduite inappropriée dans l’exercice de sa profession et autres circonstances de sa vie de pauvreté dans l’enceinte de Manhattan.

Frissons

Même brève et abrégée par un brusque frisson d’angoisse, cette évocation parcourut son échine en y laissant les traces d’une morsure indélébile. Elle le saisit comme l’aurait fait un requin rencontré à l’improviste au bord d’une mer fermée à un moment où ces pauvres bêtes en voie d’extinction préfèrent frayer avec leurs congénères qu’avec leurs prédateurs de prédilection que sont les hommes. Emu par la violence des sentiments et la panique déclenchée par l’évocation des images présentées sur petit écran, il saisit son téléphone portable, demanda à parler au premier secrétaire de la Présidence de la République en France avant de notifier sa décision d’accepter ou de refuser la proposition alléchante qui lui avait été faite par le plus haut personnage de l’État. Il était décidé à saisir sa chance, une chance que l’on ne retrouve qu’une seule fois dans sa vie et qu’on ne gaspille pas sous des prétextes trop futiles pour être valables. Sur ces bonnes intentions positives, il ouvrit son lit, se glissa dans les draps bleus qu’il affectionnait particulièrement et s’endormit bien vite malgré les tractations entre lui-même et son alter ego qui ne cessèrent de défiler dans son cerveau partagé entre euphorie, excitation, exaltation et assoupissement. Le sommeil s’empara très vite de lui.

Dodo

Une torpeur l’envahit qui l’enveloppa de ses nuages ouatés. Il quitta son lit pour prendre le dernier avion pour New York dans lequel il s’assit confortablement dans un siège de Première mis à sa disposition par le service logistique de la Présidence de la République, à bord d’un avion d’Air France, un Airbus 330 qui lui faisait un peu peur. C’était un appareil de ce type qui avait été victime d’une chute spectaculaire de près de 10.000 m lors d’un vol Rio Paris qui avait fait près de 220 victimes au-dessus de l’Atlantique, il y a moins de deux ans. Malgré cette légère crainte, il s’enfonça dans un sommeil profond au moment ou il commença à apercevoir la baie de l’Hudson et d’atterrir, il en était sur, à Kennedy Airport. Il du se mettre à une queue de près de 10 minutes avant de pouvoir héler un taxi jaune qui le mena dans l’hôtel de Manhattan que le secrétaire d’ambassade lui avait indiqué par téléphone. Curieusement, cet établissement faisait parti de la chaine des hôtels Accor de triste mémoire où son prédécesseur dans le malheur, l’ancien directeur « décapité » du FMI était descendu avant de manquer l’avion du retour en France en raison de formalités administratives exigées par les autorités de la sécurité intérieure américaine. On lui avait réservé la suite 618. Qu’il ouvrit avec une des clés numérotées que le portier de l’hôtel lui avait remises avant de prendre l’ascenseur pour le 6è étage. « Bien se dit-il en ouvrant la lourde porte de chêne. Au moins, ici en cas de 11 septembre, les ascenseurs fonctionneront si bien que je n’aurai pas besoin de descendre à pied en cas d’attaque ».

Un lit king size

C’est sur ces réflexions qu’il se trouva très vite dans un lit « king size » aux draps blancs. Quelle ne fut pas sa surprise d’entendre frapper trois petits coups discrets et rapidement amortis dès qu’il plongea sa tête dans l’oreiller moelleux qui sentait un peu la lavande. Au-dessus de son visage, se pencha déjà la figure trop célèbre et trop souvent photographiée de la femme de chambre qui avait dénoncé l’ancien directeur du FMI pour viol. M. Hulot eut un haut le cœur en découvrant son sourire avenant et légèrement narquois. C’est sur cette image qu’il s’endormit pour de bon, réveillé le lendemain matin par le soleil éclatant qui pénétrait dans sa chambre parisienne. Eberlué par son rêve et sa fin à la fois espérée et décevant, il finit par s’étirer, sortir de son lit et se dire qu’après tout les Présidents font souvent bien les choses mais que la réalité finit par arranger des affaires bien trop compliquées pour être résolues par nous autres, pauvres hommes, en butte aux rêves, aux cauchemars et heureusement parfois aux réalités de l’existence.