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Où est-il donc parti ?

Les vacances de Monsieur Picospin

Une devinette ?

lundi 11 août 2008, par Picospin

Est-il allé sur quelque plage du sud de la France pour y rencontrer ces formes vivantes qui ondulent pour avancer et se précipitent lentement vers le premier venu pour le caresser aussi doucement qu’une jeune fille de ses dentelles ? Où bien encore a-t-il suivi fidèlement son maitre surélevé pour boire en sa compagnie une tasse de thé fumé pendant qu’il discutait avec lui de l’avenir respectif de la petite France comparée à la monstruosité et au gigantisme de son pays ?

Secret défense

Il est difficile de le savoir et encore moins de se décider pour la bonne réponse, en raison de l’estampille "secret défense" qui vient d’être apposé avec vigueur, soudaineté et un brin de brutalité sur les documents relatifs à ce récit, comme le furent dans le passé leurs ancêtres communs, les vedettes de Taïwan, les tribus de quelque région d’un vague pays appelé Rwanda dont on assure que tout s’y est passé au mieux des populations qui le peuplaient autrefois, celles qui avaient reçu quelques coups de machettes d’instruments d’excellente qualité dans ce domaine, d’ailleurs fabriqués en France et dont la qualité faisait l’admiration du monde. N’avait-on pas – au moins provisoirement - apposé le même tampon sur les documents consacrés à un soi-disant voyage d’enfants africains ? Devinette : encore la même question : où Picospin s’est-il arrêté sur le chemin des vacances ? En France, en Chine, aux Etats-Unis, en Russie pour reporter les premières batailles entre Géorgiens et Russes avant que les autorités françaises ne mettent fin par enchantement à ce conflit qui ravive les tensions dans un espace européen ayant bénéficié d’une trêve de plus ou moins longue durée jusqu’à ce qu’un anonyme pèlerin de Lourdes ne reçoive une boule de pétanque sur la tête qui l’a tué sur le coup, on pense, pas loin de la basilique. Quel coup du sort ou quelle intervention divine ? La vérité est que notre correspondant spécial, homme à tout faire de l’équipe d’Ethique-info a été envoyé tout simplement vers un lieu magique où se passent des choses importantes. Devinez lesquelles ?

Un festival réputé

Un Festival de jazz de réputation mondiale qui attire chaque année à Marciac, minuscule village du Gers, une foule de plus en plus nombreuse, ravie d’assister là, au milieu des champs de maïs dont on ne sait s’ils plaisent à José Bové, au Ministre de l’Agriculture ou même à Mme Kosciusko-Morizet, sous un chapiteau de plus en plus hermétique en raison des déluges qui s’abattent chaque année sur lui, à des effluves musicales exceptionnelles dans ce décor et cette ambiance. Autrefois, de la musique de jazz, il y en avait partout, depuis le plus minuscule des bistroquets jusqu’aux Arènes et au chapiteau géant installé entre cimetière et terrain de rugby, sinon église du lieu et surtout sur la place principale. On pouvait y entendre de vieux Messieurs distingués souffler dans les trombones, les clarinettes et les saxophones, taper sur les caisses claires des batteries ou rythmer sur les banjos une musique venue de l’au-delà, on veut dire au-delà des océans et des fleuves, ceux de l’Atlantique ou du Pacifique, ceux du Mississipi ou du Missouri. On y célébrait aussi les morts qui s’en allaient rejoindre leur dernière demeure, accompagnés par la fanfare des accompagnants se lamentant tout au long des chemins, des rues et boulevards portant des noms français on préfère dire cajuns. C’est à ces souvenirs que faisait appel encore il y a deux jours l’invité d’honneur et maitre des lieux, Wynton Marsalis, Pape du Lincoln Center de New York où il dirige le classique comme le jazz à la tête de son septette. Cette année, sans doute pour rendre hommage et commémorer les morts de la Nouvelle Orléans, il a revisité le jazz de cette ville en adaptant la musique de 2008 à celle explorée depuis la naissance du jazz, lorsque les nouveaux adeptes de ce style jouaient en défilant dans les rues au rythme mortifère, mais en même temps joyeux de ceux qu’on portait en terre. Ces mois et années dernières, ils furent trop nombreux à avoir été touchés par les intempéries, obligés en même temps de fuir leurs pauvres maisons vers celles de parents, d’amis prêts à les accueillir à Chicago, à Kansas City ou à St Louis.

Le jazz revisité

Cette évocation musicale fut d’une extrême beauté, collait merveilleusement à la réalité mais s’en éloignait en même temps par l’allégorie des sons, la déstructuration des accords et des rythmes épurés à l’extrême pour qu’on en saisisse le sens sur le coup, non sur la fondamentale, mais peut-être mieux sur la tierce fut-elle mineure ou la 7è de dominante. A côté d’une musique plus difficile à saisir – à moins qu’elle ne fut insaisissable – exécutée par des éléments plus jeunes, on recevait une effluve de bonheur délivrée par les jeunes classes de l’école de jazz de Marciac. Elle récitait avec bonheur, chaleur, enthousiasme et imagination les leçons apprises des maîtres au premier rang desquels apparaissait l’influence de Wynton Marsalis déjà mentionné. Leur répertoire comprenait les classiques du jazz, ceux de Duke Ellington, de Louis Armstrong, de Sydney Bechet et de combien d’autres, dont l’âme de ce festival qu’était Guy Lafitte, natif des lieux, malheureusement trop tôt disparu. Tous ceux-là récitaient avec élégance les « fondamentaux » du jazz, comme diraient les Rugbymen de Bernard Laporte, Ministre égaré aux milieu des siens, sur conseils sinon ordre du Président et sans doute de Mme la Ministre des sports qui avait, bien avant le début des Jeux demandé, exigé ou requis de la part des équipes nationales de rapporter au moins plus de 37 médailles. Comme si les médailles se pendaient au cou de chacun par une attraction magnétique et y restaient exposées au regard des concurrents qui n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer leur déconfiture. Exiger c’est sans doute méconnaître. Solliciter, c’est aussi compatir aux efforts, les encourager, les arracher aux âmes vives prêtes aux sacrifices du travail, de l’effort permanent, du perfectionnisme. En réalité, une véritable esthétique et au delà une longue éthique ? N’est-ce pas ?