Ethique Info

Accueil > Médecine > Les vedettes de Taiwan ou la mondialisation de la médecine

Les vedettes de Taiwan ou la mondialisation de la médecine

La robotique au secours de la maladie

mercredi 4 juin 2008, par Picospin

Quittons pour aujourd’hui le monde des politiques pour nous occuper de ceux qui ont plus réellement besoin de notre aide, de notre assistance, voire de lumières intellectuelles capables de les guider dans le chaotique chemin de la vie, de sa reconquête pour le retour de la joie de vivre. Nous avions déjà signalé l’intérêt scientifique et médical et celui orienté pour la guérison et la correction d’anomies, de lésions qui deviennent abordables par des techniques dérivées de ce que l’on appelle actuellement la chirurgie invasive a minima.

Une extension foudroyante

Après des expériences et des essais cliniques qui ont permis d’entrevoir les possibilités de ce type d’intervention dans des domaines aussi variés que la chirurgie cardiaque, abdominal ou viscérale, on vient d’apprendre son extension en quantité et en qualité à des organes comme l’estomac, l’urètre, le rectum, le vagin. Cette fois, on ne part pas d’une recherche focalisée sur un territoire et des organes particuliers mais sur les infrastructures indispensables à l’application élargie d’une chirurgie à l’occidentale adaptée à la culture en vigueur dans les milieux asiatiques. Les « fondamentaux » de cette exploration partiront de programmes de recherche communs entre des institutions situées à Strasbourg et des centres qui verront le jour à Taïwan, à Shanghaï et à Changhua. Il s’agira pour les promoteurs de ces innovations d’explorer les domaines encore mal connus de « la réalité augmentée » qui permet au chirurgien d’associer à l’image réelle de l’organe opéré sa reconstitution virtuelle en trois dimensions. Les veines, artères, masses graisseuses, tumeurs y seront plus visibles ce qui rendra plus percutante et plus précise l’abord des lésions, leur excision ou ablation dans les limites strictement nécessaires. Les interventions pourront être entièrement automatisées puisque le chirurgien sera remplacé par un robot capable d’exécuter un programme simulé à l’avance sur un organe virtuel avec une précision millimétrique sinon nanométrique, caractéristique indispensable à l’heure des nanotechnologies, du développement des neurosciences où la chirurgie des petites structures tient d’un impératif tant sont rapprochées les limites des aires cérébrales, des structures contrôlant la mémoire, les émotions, la rigidité des mouvements ou les dépressions récidivantes. Nous avons déjà souligné les avantages théoriques et pratiques de la chirurgie robotisée. On se demande même quelles sont les raisons qui en ont retardé le développement et l’application aussi longtemps.

Des bienfaits insoupçonnés

Les bienfaits en paraissent tellement évidents sur la chirurgie classique qu’il est à peine nécessaire de les cite. On ne concevrait pas qu’un professionnel dans n’importe quel métier, un sportif de haut niveau, un musicien ne s’entraîne en permanence pour conserver une forme intellectuelle et physique lui permettant d’accomplir les gestes indispensables à l’exécution de ses tâches avec la plus grande précision, le soin le plus rigoureux, l’attention la plus soutenue et la célérité maximale compte tenu de ses capacités et des limites assignées par la complexité des gestes. De telles performances exigent la répétition des mouvements dans le cadre que va rencontrer l’intervenant au cours de l’exécution de l’ensemble des manœuvres. C’est bien ainsi que procèdent les skieurs de compétition quand ils reconnaissent un parcours dont ils mémorisent les moindres inflexions du virage, les moindres soubresauts de la piste, la consistance ou la dureté de la neige selon sa température. Regardez bien le comportement du compagnon d’un pilote de rallye automobile. Vous verrez son attention, sa vigilance, la surveillance de la route, les risques de dérapage, le rôle de la forme et du dessin des pneus, la qualité du revêtement de la route. Jusqu’à maintenant, le chirurgien se jetait dans le ventre de son patient sans en connaître les dimensions, la profondeur, les particularités. Il naviguait à vue, sans boussole ni sextant, se fiant à son expérience, se souvenant des difficultés rencontrées auprès d’autres malades. Maintenant, il disposera d’une vision panoramique, de la reconstitution des structures, des éléments particuliers, des anomalies les plus rarement rencontrées.

De nouveaux actes

Quelles sont les chances de voir bientôt ces éléments mis à la disposition de ceux qui auront pour mission de pratiquer ces actes ? Les choses sont déjà bien engagées. L’Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif à Strasbourg vient d’ouvrir un centre de recherche et de formation à la chirurgie mini-invasive sur la Côte ouest de Taiwan. Il est prévu d’y créer un réseau de 7 établissements hospitaliers comportant 3000 lits dans le cadre d’un bâtiment doté de 22 tables d’opération, Le nouvel institut conçu selon les meilleures normes occidentales s’insère dans un environnement hospitalier où la médecine traditionnelle chinoise, visant à maintenir en bonne santé plutôt qu’à guérir, continue d’occuper la plus grande place. Désormais, on va y travailler sur des cochons pour ne pratiquer sur eux que de minuscules incisions à l’aide d’instruments miniaturisés placés à l’extrémité de fines canules sous contrôle d’une caméra de dimension réduite, ou, dans sa version transluminale, emprunter les voies naturelles à travers les organes comme l’estomac, l’urètre ou le rectum, les artères, les veines sans aucune incision, par conséquence sans cicatrice résiduelle. Les chirurgiens devront être formés à la pratique de ces techniques qui doivent diminuer la lourdeur et le durée des suites opératoire, raccourcir la durée de la convalescence, diminuer la fréquence des complications. Ils pourront répéter des centaines de fois le geste qui sauve de l’hémorragie, de la plaie artérielle, du coup de bistouri maladroit sur une forme « virtualisée » par la magie de la reconstitution tridimensionnelle. Ils pourront agir à des milliers de kilomètres par delà les océans, le désert, les forêts en recevant sur leur console de contrôle les images et les paramètres physiologiques qui surveillent les constantes vitales de leur malade. Ce n’est plus à l’amélioration du confort du patient à laquelle on assiste, c’est bien à une véritable mondialisation de la chirurgie à partir de processus électroniques qui guideront la main de l’expert et le cerveau de l’exécutant vedette, chevronné ou débutant.

Questionnement éthique :

1. est-il éthique de se lancer dans une recherche dont l’objectif final consiste à abandonner à un robot le soin de remplacer la main de l’homme pour intervenir sur le corps de l’homme ?

2. Faut-il dans ce cas précis privilégier le concept du principe de précaution ?

3. Quels pourraient être les problèmes éthiques posés par le guidage de gestes techniques à partir d’une source lointaine ?

4. Quelles pourraient être les conséquences sur l’application du principe responsabilité du développement de la robotique dans le cadre d’une simulation tridimensionnelle du site d’opération chez un patient ?