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Faut-il les abattre pour sauver l’espèce ?

Les visiteurs médicaux sont atteints de la peste

Une survie sous condition ?

jeudi 23 juin 2011, par Picospin

En réfléchissant à cette donnée déjà ancienne de la médecine et de la pharmacologie, les acteurs de la pharmacovigilance se sont jetés sur une nouvelle victime, avec un avidité qui n’a d’égale que leur soif de revanche sur les laboratoires pharmaceutiques dont certains ont été particulièrement ciblés dans cette rage de victoire.

Un visiteur du soir

Cette dernière s’est orientée vers un corps de métier fragilisé par son statut intermédiaire, son absence de véritable cadre professionnel et d’utilité clairement reconnue par les acteurs jouant des rôles divers dans la diffusion et la distribution des médicaments. Il s’agit de ce que l’on appelle les visiteurs médicaux, profession intermédiaire entre tout et rien, aux contours mal définis et aux tâches peu clarifiés à une époque où les économies dans le domaine de la santé sont devenues impératives sous peine d’acculer l’Etat à la faillite comme c’est déjà le cas dans certains pays d’Europe dont certains risquent de perdre leur âme et leurs îles, voire leurs ports pour peu que les « pays du Golfe » fassent main basse sur leurs avoirs, voire leurs biens, leur corps et leur âme. C’est pourtant elle qui avait autrefois inspiré les grandes philosophies de l’occident depuis Aristote jusqu’à Platon sinon Hippocrate dont le serment laisse à chaque génération le souvenir d’un rituel noble et généreux au plus grand bénéfice des malades à soigner, des malheureux à réconforter et des mourants à rassurer.

Des laboratoires engraissés

Les visiteurs médicaux sont des représentants des laboratoires pharmaceutiques qui se rendent dans les hôpitaux, les pharmacies et les cabinets pour présenter les médicaments produits par leur société et inciter les professionnels à les prescrire. Dans le contexte de l’affaire du Mediator, les pratiques des laboratoires sont vivement critiquées. Et la visite médicale, activité que le code de la santé publique considère comme relevant de la "publicité", n’échappe pas à la règle. Ainsi, l’IGAS "estime qu’il n’y a pas d’alternative à l’interdiction de la visite médicale". Si les auteurs du rapport ne remettent pas en cause la compétence de ces professionnels et leur reconnaissent une "utilité ponctuelle", ils dénoncent néanmoins leur "rôle pervers, à la fois inflationniste et contraire à la santé publique". Et l’IGAS de pointer l’échec des différentes tentatives de régulation menées depuis quelques années, contrairement à la Suède, qui a supprimé la pratique. Cependant, dans son projet de réforme de la pharmacovigilance, le Ministre de la santé fait un premier pas en ce sens : le texte prévoit l’interdiction des visites médicales individuelles dans les hôpitaux, où seules des visites collectives seront autorisées.

Velours

Dans cette affaire notre Ministre joue sur du velours en raison du précédent déjà réalisé par un des pays scandinaves qui représente pour les sociétés occidentales le nec plus ultra de la gestion et de la politique propre, honnête, socialisée et au-dessus de tout soupçon. Il s’agit, vous l’avez deviné, de la Suède, pays pilote dans les initiatives économiques, sociétales et commerciales d’où un certain capitalisme malsain aurait disparu devant les exigences de vertu de la population. Or, il se trouve que ce pays vient de se débarrasser en un seul coup de main de cette catégorie professionnelle à l’activité mal définie et à la nuisance évidente. Loin de faciliter la tâche aux responsables de la santé publique, ils la contrecarrent en incitant les médecins à prescrire des produits dont l’utilité n’apparaît pas clairement, le résultat discutable et la sécurité incertaine. Un de ces produits, chaudement recommandés à l’attention et à la prescription de médecins est fabriqué en France sous l’égide d’un laboratoire qui a quelque accointance avec les rouages de l’État et dont l’avocat, dit-on avait été autrefois l’actuel Président de la République française.

"Coupe-faim"

Il se trouve que le produit incriminé a fait quelque misère à une partie non négligeable de la population française sans que cette dernière ait été dument avertie des incidents, accidents et effets secondaires néfastes dont ont été frappés les consommateurs et consommatrices de cette drogue, attirés par sa prétention à obtenir un amincissement significatif des lignes et du corps, nommé pour cette raison par euphémisme « coupe-faim ». Devant les protestations de certaines catégories de médecins contre les visites trop fréquentes et encombrantes des visiteurs médicaux, le Ministère s’est cru obligé de prendre derechef des mesures draconiennes à 180° de celles qui existaient jusque là. On peut supposer que cette position radicale qui met dans la rue près de 20.000 représentants de cette catégorie professionnelle a reçu le support moral, mimétique et exemplaire du pays chimiquement pur de la morale et de l’éthique commerciale et médicale, la Suède.

Un Ministre libre ?

Il laisse ainsi le ministre libre de ses mouvements et l’engage, muni de la bénédiction des économistes et financiers les plus perspicaces à bruler ce qu’ils venaient d’adorer. Est-ce qu’il supprime ainsi radicalement une source d’information discutable mais parfois utile, une catégorie professionnelle dans laquelle évoluaient pharmaciens, médecins, voire biologistes, susceptibles d’apporter parfois, - bien que trop rarement - quelques éclaircissements sur l’état du marché, l’évolution des ventes et celle des effets secondaires, sinon des accidents répertoriés le plus souvent méconnus par un généraliste enfermé dans le silence obscur et solitaire de son cabinet où ne lui parviennent que tamisées, les informations indispensables à la conduite correcte et déontologique de ses ordonnances et actes médicaux.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que les rapports d’exploitation sont en soi immoraux et démoralisateurs lorsqu’ils envahissent les structures commerciales ?

2. Est-ce que l’opinion de Socrate est justifiée qui affirme que celui qui agit injustement se nuit d’abord à lui-même puisqu’il rend son âme plus mauvaise ?

3. Est-ce que faire l’injustice est plus dommageable que la subir ?

4. Quand Socrate se demande si les effets permanents sur les victimes d’un système de l’injustice sont plus graves que ceux accomplis par les actes individuels, a-t-il raison ?

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