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Tunisie un si beau pays

Les voyages de MAM

Autostop ou aérostop ?

vendredi 4 février 2011, par Picospin

Les choses ont changé. Maintenant c’est un Ministre de la République qu’on a détecté en train de monter dans l’avion privé d’un proche du pouvoir tunisien. La chose serait aggravée car il s’agit d’une femme, encore belle de sa personne, élégante, mince et droite, du moins en ce qui concerne son maintien physique, mais un peu trop diserte lorsqu’elle parle des affaires de ladite République et de celles de ses anciens protectorats comme celui de la Tunisie.

Le plus court et confortable chemin entre deux points est la droite

En chemin de Tunis à Tabarka, saut de puce pour un aéronef mais route scabreuse et incertaine pour une automobile, notre Ministre préfère effectuer la distance au-dessus des nuages plutôt que rouler sur routes chaotiques qui malmène carrosseries, suspensions et articulations. Comme une banale autostoppeuse, le cousin de la famille prend Mam au passage et l’embarque derechef à bord de son jet privé pour l’amener à bon port sinon élégant aéroport L’affaire ne soulève aucun jugement moral en raison de l’âge de la passagère, de l’estime pour son compagnon et de la brièveté de la course. Ce qui est davantage évoqué c’est l’interrogation sur le bien fondé d’une course en jet à bord d’un avion privé et non d’un engin de la République française qui plus est sur terrain étranger anciennement « protégé » par un personnage des plus importants du gouvernement.

Maladresses

D’autant plus que cette maladresse s’ajoute à plusieurs autres enregistrées à partir de déclarations orales au cours desquelles ont proposait à Ben Ali le recours à une protection française spécialisée, proclamée très efficace, qui aurait eu de bonnes chances d’aplanir – euphémisme – les difficultés du gouvernement tunisien et de laisser la chose politique en l’état au lieu d’y semer la zizanie et la révolution. Michèle Alliot-Marie n’en finit pas d’être embarrassée par ses relations. Le Canard enchaîné affirme que la ministre des affaires étrangères, accompagnée de son compagnon Patrick Ollier, ministre des relations avec le Parlement, et de ses parents, a profité à titre gracieux d’un jet privé appartenant à Aziz Miled, homme d’affaires proche du clan Ben Ali-Trabelsi, et Belhassen Trabelsi, beau-frère du président déchu Ben Ali. La ministre a reconnu avoir fait ce voyage, durant les vacances de Noël, entre Hammamet et Tabarka, pour se rendre dans un hôtel appartenant également à Aziz Miled. L’entourage de Mme Alliot-Marie répond que ce dernier n’est "pas un proche de Ben Ali".

Gel d’avoirs dans un pays chaud

L’homme d’affaires qui était associé au beau-frère de l’ex-président tunisien, a vu ses avoirs en Suisse gelés par la Confédération helvétique à la suite de la chute de l’ex-homme fort du pays. Il était l’un des bailleurs de fonds des campagnes de M. Ben Ali et a signé un appel pour que ce dernier se représente en 2014. La ministre affirme avoir "payé ses vacances", mais n’est pas en mesure de préciser à quel nom a été établie la note de l’hôtel de M. Miled. Et admet avoir profité de l’avion privé de ce dernier à titre gracieux. Avec son compagnon Patrick Ollier, ministre des relations avec le Parlement, elle avait déjà profité, entre Noël et le jour de l’an, du jet privé d’Aziz Miled, riche homme d’affaires tunisien, pour un même trajet entre Hammamet et Tabarka. la ministre, qui se dit "meurtrie", a tenté de se défendre tous azimuts contre "des choses qui sont fausses". Mais sa propre version n’est pas exempte d’erreurs.

Quand le hasard fait bien les choses

La Ministre fait accroire que son voyage en avion serait le fruit d’un heureux hasard qui lui a fait rencontrer Aziz Miled qu’elle a seulement accompagné pendant vingt minutes de trajet en avion", ce qui lui a permis d’éviter "deux heures de route dans des conditions difficiles". L’histoire d’une rencontre, au hasard de l’aéroport de Tunis, avec ce "vieil ami" qui – coïncidence – allait justement, lui aussi, à Tabarka, à bord de son jet de douze places justement vide. "Si je prends mes vacances parfois en Tunisie, c’est à mes frais, voyages et hôtels" dont les notes de frais n’ont pu être fournis par les services du Quai d’Orsay. Le ministre des relations avec le Parlement a, assuré qu’il avait réglé cette note, mais sans en fournir de preuve. La ministre des affaires étrangères a dû faire face seule aux interrogations posées par la presse et la cohorte politique.

Soutiens parcimonieux

L’UMP ne s’est pas bousculée pour la soutenir au moment où l’opposition socialiste demande sa démission, son compagnon Patrick Ollier, ne pouvait faire autrement et le ministre des affaires européennes, Laurent Wauquiez, son subordonné était embarqué sur le même bateau, François Fillon n’a pas souhaité répondre, certains, à l’instar de Gérard Longuet, chef de file des sénateurs UMP, ont fait part de leur désapprobation quand ils déclarent que la ministre des affaires étrangères aurait pu passer ses vacances en France, à l’unisson avec Nadine Morano, ministre de l’apprentissage, qui s’est demandé si c’était une maladresse politique tout en répondant derechef qu’aller en Tunisie était un choix qui la regardait mais qu’en ce qui me concerne, je n’y serais pas partie en vacances tout en précisant qu’elle n’était pas Ministre des Affaires étrangères", l’Élysée refuse de manifester son soutien, et "Michèle Alliot-Marie est priée de réagir selon Claude Guéant, tandis que Franck Louvrier, conseiller en communication du président, dément tout lâchage, mais note que "c’est elle qui a les éléments".

Conflits d’intérêt

Six mois après que Nicolas Sarkozy a demandé solennellement à ses ministres d’éviter tout conflit d’intérêts, l’affaire tombe, il est vrai, mal pour l’Élysée qui avait recommandé à ses ministres la modération dans l’usage des avantages que la République, une et indivisible offre à ses enfants. Il s’agissait bien entendu des plus gâtés par la vie comme des plus démunis qui avaient parfois droit à un petit supplément de cadeaux anonymes de la part de ses commanditaires les plus généreux.

Questionnement éthique :

1. Est-il vrai et juste d’affirmer que les principes moraux dont se pare l’éthique des affaires rentrent à l’intérieur d’une stratégie
de pouvoir qui vise à rassurer l’opinion publique sur la morale des entreprises afin de mieux se développer sans freins ?

2. Est-ce que patrons et entreprises instrumentalisent l’éthique pour en faire ne source de profit et court-circuiter le contrôle étatique et les normes morales mises en place par la société civile ?

3. Peut-on encore considérer l’éthique des affaires comme lieu de renouvellement de la philosophie morale au même titre que les autres sphères de l’éthique appliquée ?