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A propos de la condition de la femme et de son éclatement

Lettre ouverte à Madame Badinter

Madame,

mercredi 3 mars 2010, par Picospin

J’ai écouté attentivement votre discours sur la condition de la femme actuelle, vue par vous sous un angle temporellement plus qu’aigu, portant au maximum sur une période d’une dizaine d’années.

Un jugement sévère ?

Cette dernière me parait fort ou trop brève pour vous permettre ou nous autoriser à porter un jugement sur la condition instantanée de la femme en ce siècle commençant, à l’heure où le modèle féminin que vous décrivez serait confiné au malheur, aux multiples problèmes tragiques qui l’assaillent et soumis à la trop forte pression de l’opinion publique. Cette dernière exigerait d’elle une soumission rigoureuse à la morale en cours et la fustigerait de ne pas équilibrer ses activités entre les préoccupations de la mère, l’exercice impeccable de sa profession et la vie privée exclusivement disponible pour un compagnon sourcilleux, capricieux contraignant au service duquel la femme moderne doit se dévouer. Vous me pardonnerez cette description aussi caricaturale que peut l’être votre description de la condition féminine, écrasée entre les obligations morales d’une société moins laxiste qu’on ne le croit généralement.

Quels objectifs ?

Le point qui m’interroge à propos de l’objectif de votre livre est tout simplement son propos voyageant au grès des flots, entre morale, éthique, physiologie, description, état des lieux et invitation à jeter un regard à la fois apitoyé et compassionnel sur l’état de disgrâce dans lequel la femme serait tombée depuis peu. Un être harassé, cerné, navigant péniblement sur des flots chaotiques, incapable de sortir la tête d’une eau qui l’entoure de toutes parts et finit souvent par la noyer. Notre auteure se plait à décrire les maris d’antan pour les convertir en papa poules prompts à placer les tétines dans les bouches gémissantes et exigeantes des bébés, à les dégager de leurs couches, à les divertir après 18 heures, lorsqu’ils rentrent à la maison bien avant leur compagne qui, submergée de travail et de tâches ingrates, reçoit enfin le baiser de paix du mâle en récompense de sa journée d’enfer.

Les meilleures intentions

Que munie des meilleures intentions du monde, Madame Badinter, dont l’époux doit être exemplaire, tant il le parait d’après son aura et ses œuvres et actes, commette un état des lieux plutôt de la condition pessimiste de la femme est un droit, sinon un devoir dont elle devait user. Qu’au-delà, elle s’embarque sur des voies impraticables parce que liées tout simplement à la condition humaine est une autre histoire. Mettre l’accent sur les avantages de l’allaitement c’est s’engager dans une polémique dont le thème est plus proche de la physiologie, de la médecine ou des neurosciences, éventuellement de la sociologie que de la catégorie choisie par notre « écrivaine » pour exprimer ses revendications au nom de l’égalité des chances, de la justice plus liée à l’identité qu’à l’équité.

Donner son lait

Nul ne peut faire que la mère ne donne son lait, qu’elle ne soit pourvue des glandes nécessaires à exercer pleinement cet office et que dans ce rôle spécifique les remplacements ne seraient ni bénéfiques, ni vraiment utiles. A cet exercice d’anatomie-physiologie appliquée, les conditions n’étaient pas requises pour clamer trop haut et sans doute trop fort que certes les anticorps avaient un certain rôle à jouer dans le devenir de l’être grandissant mis en place sur la planète par deux humains dotés du désir de donner une vie propre et nette, garantie par ces derniers et armés jusqu’aux dents pour résister jusqu’à l’extrême de la vie, des défenses indispensables à la résistance aux attaques des prédateurs microbiens, environnementaux ou viraux, de plus en plus pugnaces, résistants et vigoureux.

Privations

Priver les enfants de ces avantages n’est pas du ressort d’une moralisation hors de propos, excessive ou d’inspiration religieuse, mais ressortit à une déclaration d’ordre scientifique et humaine. Sans oublier l’aspect fusionnel entre la mère et l’enfant qui se développe d’autant mieux et avec une affectivité plus liée et plus étroite que ce mode de relation entre aliments et amour a toutes les chances de se graver plus profondément dans les profondeurs de la mémoire affective.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la condition actuelle de la femme est du domaine de la réflexion éthique ?

2. Est-ce que l’alimentation maternelle pose un véritable problème d’éthique ?

3. Est-ce que le partage équitable des tâches ménagères constitue une problématique qui regarde la société ou est-ce qu’elle appartient exclusivement au domaine privé ?

4. Est-ce que le développement de l’activité professionnelle des femmes concourt à leur épanouissement ou au contraire est un frein à leur rôle culturel au sein du foyer familial en général et des enfants en particulier ?