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Comment passer une barrière ?

Liaisons dangereuses ?

Un joyeux passe-frontières : George Gamow

dimanche 10 juillet 2011, par Picospin

Quand je parle de monde, nul n’est besoins d’armer un trimaran de course pour l’atteindre en fractions de temps à travers des océans en furie qui se font comme le dos du chat tantôt séducteurs pour attirer les amateurs de baignades en eau chaude et transparente, tantôt plats comme les limandes au fond du sable des Caraïbes.

Rapprocher les nations

Cette fois, c’est à notre porte que des travaux appelés depuis peu pharaoniques se proposent de commencer dans le but le plus louable qui soit de rapprocher les nations les plus voisines, les langues les plus semblables et les cultures les plus proches. Il s’agit cette fois de rapprocher la France de l’Italie ce qui pourrait constituer un honneur pour les deux pays qui ont tant de choses, d’intérêts et d’histoire en commun. Est-ce justement pour cette raison que des réticences s’expriment, des offensives s’ébauchent et des protestations se font jour. Un des prétextes avancés ne serait autre que celui de la conduite morale détestable du Président du Conseil Italien dont les frasques érotiques réjouissent les habitants de la botte et ceux de l’hexagone à moindres frais. Peut-être y participent-t-ils par délégation comme s’ils étaient invités de façon itérative à une nouvelle séance qui les ferait rejoindre dans un temps féériquement raccourci les lointains ébats de Cléopâtre, d’Antoine et de leurs invités en palais princiers égyptiens ou romains. C’est justement dans Rome que je voudrais me transporter sans pollution, en toute propreté, sans interdiction de circulation pour cueillir une des ces fameuses glaces, ces gelati dont la fabrication fait le tour du monde grâce aux chaines du froid maintenant disponibles en tous horizons pour la conservation d’un gout délicieux et d’une consistance qui ne se ramollit pas dans les formes étranges et imprévisibles de la lave volcanique dont l’Italie est si riche.

Volcans éteints et allumés

C’est bien le contraire qui se passe en France où les volcans sont éteints parce que trop vieux et qui doit attendre le message des lutins en flammes en provenance de l’imprononçable feu follet scandinave toujours prêt à s’envelopper d’un voile de pudeur se déployant sur la vieille Europe. C’est alors que les avions sont cloués au sol, le nord est plongé dans l’incertitude de la grisaille puis de la nuit et qu’au lieu d’apporter le réconfort de la chaleur, c’est le froid qui s’abat du fait de l’écran de grisaille qui filtre les rayons infra-rouges du soleil. Contre qui les centaines de « black blocks » venus faire le coup de main dans le Val de Suse en avaient-ils ? « Contre le pouvoir italien et Silvio Berlusconi publiquement contesté depuis les dernières élections municipales ? Ou contre les opposants au tunnel Lyon-Turin qui devrait réduire de 7 à 4 heures la durée du trajet entre Paris et Milan ? Car ces derniers, venus manifester pacifiquement, n’ont pas apprécié que leurs revendications aient été balayées par les images de violence. Que reproche-t-il au percement de ce nouveau tunnel ferroviaire ? Qu’il porte un coup fatal à l’environnement dans le Val de Suse, même si, en dix ans de lutte, des négociations ont été menées et une partie des opposants ont rendu les armes. Ils ont obtenu des concessions sur le tracé et la construction d’une gare qui n’était pas prévue.

La balance des tunnels

De quoi, pour eux, faire pencher la balance du côté du tunnel. Car si le chantier impliquera forcément des désagréments locaux, cette liaison ferroviaire permettrait de réduire la circulation des camions dans une vallée défigurée par ce trafic. Les grandes infrastructures rapprochent les pays en fluidifiant les échanges, contribuent à leur développement et renforcent les liens entre les populations. Ce n’est pas pour rien que le Japon est le pays qui compte le plus grand nombre de grands tunnels dans le monde. La Suisse est aussi dans une logique de désenclavement avec ses tunnels du Saint Gothard, du Simplon et du Lötschberg et la nouvelle liaison sous le Saint Gothard de 57 km de long, pour une mise en service en 2017. Ces travaux répondent à la logique de lutter contre la circulation des poids lourds en rendant les transits ferroviaires obligatoires et la pollution par carbone réduite sinon interdite. Entre Lyon et Turin, pourra être construit un maillon d’une liaison transeuropéenne entre Barcelone en Espagne et Budapest en Hongrie, ce qui souligne sa dimension communautaire.

TGV à l’horizon des Alpes

Le tunnel est conçu pour le passage des TGV afin que Lyon ne soit plus qu’à 1h45 de Turin, au lieu de 4 heures aujourd’hui. Alors que les trois quarts du transport de marchandises entre la France et l’Italie passent aujourd’hui par la route, un tunnel ferroviaire devrait permettre un rééquilibrage. Toutefois, le financement n’est toujours pas assuré. Sa facture, passée de 6,7 milliards d’euros en 2003 à 7,6 milliards en 2006, serait aujourd’hui de l’ordre de 10 milliards. Par une prudence semblable à celle du chat échaudé, personne ne veut voir réitérée la situation de faillite dans laquelle s’était trouvée Eurotunnel plombée par une dette de 9 milliards d’euros. C’est pour cette raison que l’on entend au loin, de chaque côté du tunnel l’incessant piétinement des chevaux frémissant de ne pouvoir s’engager sur la route de la communication entre des nations aussi voisines par le cœur et l’esprit que celles de France et d’Italie dans la perspective de pouvoir se joindre pour une victoire de l’esprit sur la superstition et la tradition figée et de la raison et de l’innovation sur le conservatisme et la monotonie. Londres avait refusé de verser « le moindre penny public » dans le tunnel sous la Manche. Cette fois, Paris, Rome et même Bruxelles, s’engagent.

Engagements dans le probable plus que l’inconnu

Le plus significatif des exemples à méditer et des modèles à copier pour inspirer la nuit venue, les rêves d’un enfant transporté par la magie de l’imagination et de la connaissance dans des mondes peu ordinaires où les constantes de la physique sont modifiées et les phénomènes physiques cachés deviennent manifestes. La vitesse de la lumière s’y affaiblit, les largeurs des immeubles s’y contractent jusqu’à la minceur d’une tranche de jambon de Parme lorsqu’on les longe à une certaine vitesse avec une bicyclette sans dérailleur. Cette fiction là, c’est celle imaginée par Gamow, peut-être ami d’enfance du bébé dans le landau qui vient de dévaler les escaliers d’Odessa, non loin du cuirassé Potemkine. A cause ou malgré cette aventure cinématographique extrême, à l’âge de l’enfance, moment et lieu de tous les rêves, il en eut un qui lui permit de comprendre la physique quantique lorsqu’elle offre à une particule la probabilité de traverser une barrière, autrement infranchissable d’après les lois de la physique classique.

Les barrières quantiques du rêve

Cette barrière de potentiel, si l’on en croit l’expérience du rêve, pourrait bien avoir été percée d’un véritable tunnel, à comparer avec celui de la Manche, du Mont Blanc, ou du St Gothard traversés ou en voie de l’être par des trains, des poids lourds ou des autos comme s’ils étaient de vulgaires particules ayant la chance certains jours de tromper la vigilance des policiers et douaniers chargés de monter la garde aux frontières. Indéfiniment repoussés et enjoints de quitter un territoire pour l’autre aussi vite que possible comme on le ferait de Tsiganes, les conducteurs des engins comprendraient très vite qu’ils doivent sans cesse se cogner aux barrières des frontières avant de réussir à les franchir. C’est ainsi que l’on réussit à sauver sa peau quand on est pourchassé comme l’étaient les fugitifs de Pologne, des Etats baltes ou d’ailleurs avant de trouver un havre de paix de l’autre côté de la frontière.