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La France s’émeut du courage d’une Colombienne

Libération d’otages : quelles circonstances ?

Une leçon de courage, d’héroïsme, ou d’abnégation politique ?

vendredi 4 juillet 2008, par Picospin

Est-ce que cette interrogation est si pertinente après le trop nombreux exemples observés chez les détenus, les déportés, les prisonniers de toutes sortes enfermés dans des conditions plus ou moins correctes par des geôliers de toute nature dont la mission consistait surtout à en faire assez pour que les victimes sentent le poids de l’enfermement et de la détention mais pas trop pour que l’on puisse les accuser d’avoir infligé à leurs prisonniers des conditions trop inhumaines que la morale généralement acceptée réprouve.

Une affaire ?

Certes Ingrid Betancourt est apparue rayonnante et en apparente bonne santé, mais amaigrie, les traits marqués par cette éprouvante réclusion de 2 321 jours. Elle n’était pas aussi amaigrie que le présent article extrait du Figaro veut bien l’écrire. Le gavage de dernière minute n’explique pas nécessairement la présentation d’un visage détendu, reposé, exempt de rides. Son entourage se voulait pourtant rassurant. Les psychologues et membres des « cellules de crises » qui, depuis longtemps et sous la lointaine surveillance du Pr. Croq s’occupent de la réception des traumatisés psychiques ont maintenant une longue habitude d’analyser les comportements des tous ceux qui reviennent de l’enfer, d’un vécu difficile, violent, contraignant et doublement agressif pour eux aussi bien au niveau de la condition physique que du comportement psychique. « Il n’y a pas d’inquiétude pour sa santé même si son état psychologique reste faible. » On se demande bien ce que signifie l’expression vague de faible dans ce contexte. En effet, sur la vidéo diffusée le 30 novembre dernier, la jeune femme semblait très amaigrie, presque décharnée, le regard vide tourné vers le sol, visiblement très lasse, le poignet droit et les chevilles entravées par des chaînes. Les marches épuisantes dans la jungle, l’alimentation déplorable, les traitements inhumains, les parasitoses et les infections tropicales multiples, l’absence totale de confort, les nuits sous la pluie, dans les pires conditions, semblaient avoir eu raison de sa combativité. Pourtant, ses cinq tentatives de fuite précédentes témoignent en même temps de son extraordinaire ténacité. Une volonté de survivre coûte que coûte qui lui aura permis de tenir jusqu’à sa délivrance.

Délivrance !

Dans une lettre poignante à sa famille, le 1er décembre 2007, elle semblait toutefois avoir perdu tout espoir : « Ici, nous vivons comme des morts ». Ce qui veut dire qu’elle « ressentait très profondément le fait de ne plus appartenir au monde des êtres parlants », analyse le psychologue belge Erik De Soir, vice-président de l’association de langue française pour l’étude du stress et du traumatisme. Tout le monde va bien évidemment lui demander de raconter son histoire. Il n’est pas impossible que dans l’ambiance médiatique actuelle caractérisée par la recherche des héros sinon des saintes, on ne lui demande d’écrire rapidement sa traversée de l’enfer dont les lecteurs éventuels tireront des leçons de courage, d’abnégation, sinon de martyrs. « Mais il n’y a pas de mots assez forts pour le dire quand on a été confronté à l’anéantissement et à l’abandon complets, à l’obligation de devoir regarder la mort en face », poursuit-il. Ce retour à la vie sera forcément dur à gérer. « Entre vivre comme des morts et revenir en pleine lumière, au centre de l’amour des siens et de l’attention des médias et des politiques, le déphasage est immense et l’impact psychologique important », reconnaît ce spécialiste intervenu jeudi à Paris dans le cadre des Entretiens francophones de la psychologie. « Il lui faudra atterrir très prudemment dans son univers mais je ne suis pas convaincu qu’une aide psychologique d’emblée s’avère indispensable. » Même si secondairement, elle lui sera probablement nécessaire. Son état de santé physique en revanche semble assez détérioré. Récemment, un haut fonctionnaire colombien, Volmar Perez (médiateur de l’État colombien), disait avoir reçu des témoignages alarmants sur l’état de santé de la captive qui aurait nécessité des soins dans plusieurs dispensaires. Ingrid Betancourt était apparue « maigre comme les enfants de Somalie », aux dires de paysans de la région de Guaviare qui l’auraient croisée.

Problèmes de santé

Selon son ex-mari, elle aurait souffert d’une série de complications dues à l’hépatite B chronique contractée il y a de nombreuses années. Et durant sa captivité, elle aurait été atteinte d’une leishmaniose, une parasitose transmise par la morsure de petits insectes (phlébotomes), une affection très fréquente en Amérique du Sud, à l’origine de fièvre irrégulière, d’extrême pâleur (due à l’anémie), de fatigue, d’amaigrissement accompagnés de ganglions. Deux des trois ex-otages américains libérés mercredi ont eux aussi été contaminés et vont devoir suivre un « traitement médical moderne ». La jeune femme aurait reçu durant sa captivité des remèdes traditionnels bien connus des preneurs d’otages des Farc, habitués de la forêt. Mais ses « joues rebondies » selon certains de ces proches plaideraient en faveur d’un traitement par des corticoïdes. Et ses bras cachés par des manches longues gardent la trace des chaînes aux poignets qui l’ont enserrée si longtemps. Pour le moment, le tableau d’une prisonnière de longue durée n’est pas aisé à dessiner en raison des renseignements contradictoires qui parviennent d’un peu partout, de sources opposées, de détails trop partiels pour qu’on puisse en tirer un tableau cohérent. De cela, que pensent les lecteurs du Figaro qui ont bien voulu commenter cette aventure exceptionnelle, arrivée à un être sans doute exceptionnel ?

Opinions

« Pour le moment c’est le show médiatique et tout le monde veut tirer la couverture à lui » « Attendons quelques mois, voyons comment Betancourt va se comporter vis a vis d’Uribe, son sauveur , vis a vis de Chavez, après, on y verra plus clair. De toute façon les pseudos maladies n’étaient qu’un mensonge parmi tant d’autres des comités Betancourt, par contre, je suis d’accord avec vous, elle n’a pas du tout la tête d’être une otage. « Misérabilisme : décidément, les journalistes ne semblent pas pouvoir supporter qu’Ingrid Betancourt - ou qui que ce soit - sorte renforcée d’une épreuve (même si elle aura certainement un passage difficile à traverser dans quelques semaines ». Aujourd’hui en France si un élève voit gifler un de ses copains, un autre copain dans la cour de récréation, il a besoin d’un soutien psychologique urgent. Il faut qu’on soit faible, assisté, incapable de surmonter les obstacles sans l’aide d’experts psychologues, assistantes sociales et d’autres professions respectables qui vivent de la misère humaine. Alors que l’image d’Ingrid Betancourt, celle des Chinois ayant perdu tous leurs biens et souvent leurs proches lors du tremblement de terre... contredisent à cette "obligation française" d’être misérable. « Les journalistes ont oublié que pendant la deuxième guerre mondiale des millions de gens ont vécu des horreurs, y compris des Français, et malgré cela ils ont réussi, après la guerre, à reconstruire leur pays, à continuer leur vie, à faire des enfants sans être réduit à un état de légume et sans l’aide des psychologues aujourd’hui omniprésents. » Mascarade : « Cette libération est une mascarade et le fait que notre President et Mr Guaino soient si clairs sur la non participation de la France est aussi un signe fort. Le sauvetage est bidon et c’est déjà confirmé par les medias. Il y a eu négociation avec les FARCs et je me demande même si certains n’étaient pas dans la soute à bagages de l’Airbus ! Je plaisante, bien sur, mais on verra certains FARCs arriver en France un jour ! Le fait que notre président ait été si long à réagir l’autre soir est un signe !

Soigner ou s’abstenir ?

« Quant à l’état de santé d’Ingrid j’aurais tendance à dire qu’il faut la laisser tranquille mais ça sent la mascarade aussi. Même un surhomme ou une « sur-femme » ne pourrait pas faire ce qu’elle fait. A-t-elle été gardé un moment au chaud avant la libération pour mettre la dernière touche au scénario de sa libération. Pas impossible. Si c’est le cas, ça va vite se savoir et elle va passer de la femme la plus admirée à la femme la plus manipulatrice. Ce qui est sur c’est qu’elle pourrait en remontrer à notre président en terme d’animal politique !!!! Et il est déjà très fort ... » « On en a fait des tonnes pour nous montrer une IB à l’article de la mort, on en fait encore plus pour nous la montrer épanouie, diserte, pas du tout gonflée comme après un traitement à la cortisone (j’ai expérimenté) mais avec un poids qui ne correspond aucunement à 6 ans du régime que l’on nous décrit ». Elle est Colombienne avant tout, a pris des risques considérables tout au long de sa vie, les Français se sont beaucoup mobilisés et ils ont eu raison, mais cela ne justifie pas que toute l’actualité disparaisse derrière cet évènement, les Américains qui ont récupéré leurs otages en ont-ils fait autant ? Les médias une fois de plus prennent les Français pour des imbéciles. Il y a des millions de gens qui meurent de faim, on en parle beaucoup moins, tout ce matraquage médiatique, pourquoi ? » « Il demeure de nombreuses zones d’ombre dans cette histoire. Rappelons que Ingrid Betancourt n’est pas une héroine. Elle était une otage comme plein d’autre. Je comprends cet élan pour cette femme. Souvenons nous de Florence Aubenas, ainsi que des deux journalites français pris en otage en Irak : leur libération fut somme toute assez discrète, ils ne se sont pas exhibés. Je crois que certaines choses nous échappent. » « Je suis très surpris de l’avoir entendu dire avoir toujours pour ambition d’accéder à la présidence colombienne. Après un tel vécu et un tel traumatisme, comment avoir cette ambition ? » « Je déplore cette surexposition médiatique, je déplore surtout qu’elle se prête de bon coeur au jeu des médias. J’espère que trop de livres ne sortiront pas sur cette histoire qui n’est que sienne....Voire pire : à quand le film ou le docu-fiction ? » « Oui beaucoup de commentaires ici confirment ce que je pense... Je trouve cette mise en scène malsaine...

Mise en scène ou réalité ?

Car non seulement "Soeur Ingrid" a l’air d’être en bonne forme mais il en est de même pour tous les otages que j’ai pu voir à la TV. Je crois même en avoir vu un avec un peu d’embonpoint exhibant un T-shirt de sa femme et de son enfant. Oui tout ceci sent la mise en scène... Et je suis heureux que Claude Guéant ait pu dire que la France n’était pour rien dans cette libération.. Car il est malin aussi... Il sait que ceci reviendra sur le devant de la scène et qu’au nom du Président et de la France entière (enfin presque toute la France) il se sera dédouané » « Elle semble indiquer une crainte à peine dissimulée du "vide" qu’elle sent venir après l’euphorie et l’exaltation qui accompagnent sa libération qu’elle est en train de vivre un peu comme sur un nuage. Autre indice, son désir, plutôt surprenant et quelque peu irrationnel pour une femme politique qui est quand même colombienne avant d’être française, de vouloir venir en France aussi rapidement après sa libération, montre qu’elle veut, non seulement fuir un pays où, pour les six dernières années, elle a souffert terriblement, pour rejoindre un pays où elle a passé une partie de sa jeunesse et où les souvenirs ne sont que joyeux. Sortir de cette régression ne sera peut-être pas aussi facile lorsque les "applaudissements auront cessés et que les projecteurs se seront éteints". Ingrid Betancourt doit d’ailleurs le pressentir un peu puisqu’elle se raccroche, de manière ostentatoire, au secours de la religion, en invoquant Dieu dans chacune de ses déclarations depuis qu’elle est libé rée. Il ne fait aucun doute, même si cette femme est un "pilier de force", qu’elle devra être accompagnée psychologiquement pour reprendre une vie normale, car les moments de désespoir qu’elle a vécue, aucun être humain ne peut en sortir indemne. « Dommage qu’on ne se mobilise pas pour ceux qui meurent en Afrique en très grand nombre. Là il y aurait des motifs d’intervenir et l’argent serait mieux dépensé que ce que l’on fait pour cette colombienne de gauche kidnappée par des terroristes de gauche eux aussi. Il faut dire qu’elle était volontaire pour y aller... Pitoyable et écoeurant. » « La voilà de retour pour quelques jours et elle repart déjà, on lui paye tout comme depuis le début mais les autres otages on les oublie toujours... des chaînes aux poignets pendant 6 ans mais pas de marque ! et le plus drôle, hier tout le monde critiquait sont soit disant état de santé et comme par hasard aujourd’hui les médias ont une réponse toute prête ! Les kidnappeurs ont sûrement du la nourrir comme une oie juste avant la libération pour qu’elle n’ait pas trop l’air squelettique. Maintenant on va en parler des années, on va lui proposer un job au Sénat ou je ne sais ou et la médaille de la Légion d’honneur et elle va se faire plein de fric... avant de repartir là-bas !! La France me fait honte ! »

Questionnement éthique :

1. La première question posée par la majorité des lecteurs concerne la réalité et la véracité des faits rapportés ?

2. Est-il vraiment difficile de démêler le vrai du faux dans cette extrême médiatisation couverte par les médias, les divers systèmes d’information en concurrence, la nécessité de révéler les détails sensationnels ?

3. Est-ce que le grand public n’est pas à la recherche du même sensationnel, de l’exception, de l’héroïsme, du martyre, pour donner plus de sens à une vie jugée trop terne, trop mécanique ?

4. Est-ce que cette nouvelle "héroïne" n’est pas susceptible de concourir à l’élévation plus politique que spirituelle de nombreux gouvernants qui cherchent à se munir d’un destin exceptionnel, d’un sens particulier pour achever leur mission qu’ils désirent aussi noble et sacrée que possible ?