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Quels termes ?

Liberté, autonomie, indépendance en bioéthique

Quelle signification ?

dimanche 24 janvier 2010, par Picospin

Il en va de même avec le terme « autonomie », qui ouvre un champ de mots et de concepts qui s’interpénètrent et se confondent ou s’opposent comme les termes d’autonomie, de liberté, d’autodétermination, de volonté, libre arbitre, hétéronomie, limitation, dépendance et indépendance, discernement, consentement, loi, obéissance, voire exploitation ou oppression.

Rêver ?

L’autonomie et la liberté sont du bon côté, du côté de ce qu’on cherche, de ce dont tous rêvent et revendiquent pour eux-mêmes. Cependant, la liberté qu’on sous-entend ne peut pas être absolue parce qu’elle trouve des limites en nous-mêmes, dans notre nature, biologique et psychologique. Elle est limitée par l’environnement naturel, social et culturel du fait que l’être humain est d’abord relationnel et qu’il dépend de son environnement. La liberté n’est que relative car de l’un affronte celle l’autre et qu’en aucun cas elle ne saurait être absolue si on veut vivre ensemble. La liberté est limitée par elle-même. Soit on est limité par la liberté d’autrui, en quelque sorte de l’extérieur, ce qui constitue une sorte d’hétéronomie, soit on s’autolimite en toute liberté ce qui nous conduit à aborder la question de l’autonomie.

Droits des individus

Le philosophe anglais John Locke était avant tout préoccupé de protéger les droits de l’individu contre les interventions de l’Etat. Pour lui, l’individu possède un certain nombre de droits inaliénables, antérieurs à la formation de l’ordre politique comme le droit à la vie, à la liberté, à la santé ou à la propriété. Seule une autorisation expresse de son possesseur pourrait permettre à une autorité de les enfreindre. L’autorité que privilégie la bioéthique américaine est identique à la liberté négative du libéralisme classique qui consiste à vouloir protéger l’individu contre l’intervention des autres. A l’intérieur du concept d’autonomie existent des visions différentes appartenant à deux grandes tendances, l’une constituée par l’autonomie politique chère à Locke où l’individu, la collectivité ou l’État se trouvent face à la collectivité de l’État et de l’autre côté nous avons l’autonomie morale – du côté de Kant - qui met l’individu face à un autre soi-même. Dans la première hypothèse, on définit le statut de la personne, en bonne santé, malade ou handicapée, face à des institutions, à la famille, à travers des institutions sociales, politiques, économiques ou ecclésiales jusqu’à atteindre l’État.

Relations médecin malade

Dans la deuxième, la relation est interpersonnelle, en ce qui concerne le rapport du patient à son médecin, ou du résident à ses accompagnants ou soignants. Ce qui est vrai pour le concept d’autonomie, l’est aussi pour la distinction entre autonomie politique, rattachée au libéralisme politique et autonomie morale applicable à l’autre principe fondamental de la bioéthique qu’est la bienfaisance et derrière elle le paternalisme ou le communautarisme. Ainsi, émerge en bioéthique une classification fondamentale, basée sur les rapports de l’individu au collectif ou ceux d’individu à individu, comportant les 4 catégories que sont : 1. le libéralisme politique, 2. le libéralisme moral, 3. le communautarisme politique et 4. Le communautarisme moral. En bioéthique, les différentes valeurs opérationnelles se distribuent en ces catégories. Si on y ajoute les deux grandes voies de l’éthique, constituées par la famille déontologique et la famille téléologique, on arrive à une systématique qui résume l’ensemble.

Clarification

Il importe de clarifier ces différentes conceptions et d’examiner comment elles influencent les diverses relations sociales qui s’exercent effectivement dans le médicosocial et le socioéducatif. La tendance qui se dessine dans ces conditions est la libéralisation de la société sous l’influence du libéralisme politique ce qui a des conséquences considérables sur les rapports entre patient et médecin. Le paternalisme hippocratique qui est ainsi mis sous pression s’associe au réel danger que la bienfaisance puisse elle-même être reléguée au second plan. Dans le secteur socio-éducatif, la situation est encore plus délicate du fait qu’il est impossible d’atteindre un degré d’autonomie des personnes dites justement « dépendantes », nécessaire pour effectuer un travail efficace sur la seule base d’un libéralisme politique. Est-ce que pour autant, dans cette catégorie aussi, le temps glorieux du paternalisme socio-éducatif serait révolu ? Est-il nécessaire de trouver et de garder l’équilibre entre ces différents principes et valeurs et de procéder de manière à ce que si l’un l’emportait exagérément sur les autres un correctif pourrait intervenir en provenance de ces derniers.

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