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Trop ou pas assez de vaccins ?

Lobbying pour ou contre la grippe

Qui le sait ? Qui peut prévoir ?

dimanche 1er novembre 2009, par Picospin

D’ordinaire, les informations du bureau d’éthique du Congrès américain restent secrètes et strictement confidentielles. S’il leur arrive d’assigner certains parlementaires en justice, les membres dudit bureau chargés d’enquêter sur l’activité des représentants, des sénateurs et de leurs puissants états-majors prêtent d’ailleurs serment de ne jamais révéler leurs enquêtes en cours, ni celles du passé.

Un rapport suspect en Amérique

Mais un rapport s’est brusquement retrouvé sur un réseau informatique accessible au public par la faute d’un collaborateur inattentif - voire malicieux… Levant le voile sur certaines des sulfureuses connexions qui lient souvent en Amérique le puissant pouvoir législatif aux intérêts privés et leurs non moins puissants lobbies. On y découvre notamment que les dossiers de quelque 30 législateurs et membres de leurs équipes sont actuellement scrutés avec attention par le bureau d’éthique du Congrès pour mille et une raisons : préférence donnée par certains parlementaires à des compagnies dont leurs parents sont actionnaires ; participation à des séminaires de trois jours aux frais de compagnies privées cherchant à promouvoir leurs intérêts…La révélation la plus intéressante concerne le très puissant sous-comité d’affectation des fonds de la défense de la Chambre des représentants, qui contrôle les dépenses du Pentagone. Sept de ses membres sont dans le collimateur des enquêteurs. Ceux-ci tentent de déterminer quelle a été la nature de leurs relations avec une influente firme de lobbying active dans le secteur des industries d’armement. Le président du sous-comité, représentant démocrate de Pennsylvanie, est sur la sellette, de même que quatre autres membres de son parti et deux députés républicains.

Une belle saisie

Il y a un an, un raid du FBI dans les locaux de PMA avait permis la saisie de nombreux documents sur les contributions financières de cette compagnie aux campagnes électorales de plusieurs législateurs, déclenchant une enquête judiciaire. Le bureau d’éthique s’efforce de déterminer si les élus, dont les photos étaient publiées hier par le Washington Post, ont « récompensé » leur généreux donateur en « monnaie législative » ou en affectation de fonds. Selon le quotidien américain, près de 200 millions de dollars auraient été affectés par les sept parlementaires en cause pour des commandes passées à des constructeurs d’armement liés à cette société. Les représentants du peuple auraient touché en retour près de 6,2 millions de dollars de fonds de campagne au cours de la dernière décennie…Est-ce que cette situation est fondamentalement différente de celle d’autres pays où le lobbying qui n’ose plus donner son nom n’en joue pas moins un rôle aussi considérable dans les relations financières et commerciales entre l’état et les entreprises privées. Ici, c’est l’armement, dont on entend aussi parler en France, ailleurs c’est la grippe et les armes sensées la combattre. L’avènement de la grippe A fait couler heureusement plus d’encre que de sang et plus de fantasmes que de réalités.

Une grippe explosive et exubérante

Cette exubérance provient de l’angoisse qu’entretient sa diffusion explosive dans le monde 90 ans après celle de la grippe dite espagnole qui est restée dans la mémoire des ancêtres en raison de l’énorme taux de mortalité qu’elle a laissé derrière elle. Cette hécatombe serait liée à l’état d’affaiblissement et de fragilité, « d’ immunodépression » dans laquelle se trouvèrent des populations affamées, dénutries et qui avaient perdu une grande partie de leurs défenses contre les infections virales ou bactériennes. Heureusement, la situation est fort différente actuellement avec une population plus vigoureuse, plus sportive, plus rationnellement alimentée et de ce fait capable de résister aux agressions par des mesures de prévention simples et efficaces à condition d’être systématiquement appliquées. Ce sont les différences entre l’épidémie de la fin de la première guerre mondiale et celle actuellement en cours qui rendent l’analyse de la seconde plus complexe que celle de la première.Actuellement la nécessité d’une vaccination est largement discutée sinon controversée ou refusée, le scepticisme sur son efficacité fortement mise en question, des conflits d’intérêt partout évoqués et des risques d’effets secondaires partout dénoncés.

Trop de contre-indications

Dans ces conditions, apparait le phénomène de la sommation des contre-indications qui entraine trop souvent le refus de se conformer aux recommandations des organisations de santé. La peur du mal par la prévention dépasse de loin celle des risques et dangers d’être victime d’une affection qui apparait pour le moment bénigne pour la plupart même si elle risque d’être mortelle pour les plus vulnérables. Au lieu de rassembler dans la solidarité, la grippe A divise. Notre Ministre de la Santé, toutes armes affutées, interpelle avec vigueur le député PS et médecin de surcroit qui doit aussi avoir un rôle dans la gestion des Hôpitaux de l’Assistance Publique à Paris, ce qui affute ses griffes qu’elle sort agressivement contre cet opposant politique en l’apostrophant par les termes suivants : « Comment M. Le Guen peut-il suggérer que les médecins sacrifieraient délibérément la santé de leurs malades pour des raisons politiques ? Quelle honte d’attaquer ainsi le corps médical ! » Est-il bien dans les fonctions de la Ministre pharmacienne et non médecin, de courir au secours des médecins en particulier et du corps médical en général qui n’a guère besoin de cette aide pour se défendre et qui peut très bien le faire à l’aide des divers organismes et juridictions à leur disposition, ne serait-ce que le Conseil de l’Ordre des Médecins, cette autorité autrefois instaurée par le gouvernement de Vichy et qui s’est maintenue contre vents et marais pour subsister à l’aide de quelques rares Présidents d’une exceptionnelle qualité et de l’appui d’un Président de la République qui avait promis de tordre le cou aux séquelles du gouvernement Pétain et l’a réalisé sans qu’une explication satisfaisante ai été donnée aux Français qui attendaient cette mesure.

Un agréable entourage

Mme Bachelot affirme qu’elle est merveilleusement entourée par une nuée de conseillers, d’experts et de savants qui, à un moment donné étaient si nombreux que cette équipe avait atteint le chiffre de 100 individus. N’est-ce pas trop pour réfléchir, conseiller et prendre une décision de santé publique aussi complexe ? En tant que Ministre de la Santé, Mme Bachelot s’interroge sur son comportement éthique en affirmant que « sur le plan éthique, proposer la vaccination à l’ensemble de la population était et reste parfaitement justifié. Au moment où les commandes ont été passées, on pensait que deux doses seraient nécessaires pour vacciner la population. Au final, une dose suffira peut-être. Et si c’est confirmé, ce sera une excellente nouvelle puisque nous pourrions proposer la vaccination beaucoup plus rapidement à la population. Mais nous attendons toujours la confirmation des experts. Si un schéma de vaccination à une dose était finalement retenu, il ne concernerait vraisemblablement pas tout le monde. Il faudra, par exemple, probablement administrer deux doses du vaccin aux enfants de moins de 9 ans. » Et de poursuivre sur un ton moins empreint de considérations éthiques que « le président de la République a déjà annoncé son intention de donner dix millions de doses aux pays défavorisés. On aura peut-être besoin du reste car il faudra du temps pour immuniser toute la population. Si ce n’est pas le
cas, on pourra très bien les revendre. »

Revente ( avec ou sans bénéfice) ?

Dans cette perspective et ce projet combinant bienfaisance et sens des affaires, on a omis de préciser à qui et pour quelle somme cette affaire serait négociée. On ne sait pas encore si cette dernière a fait l’objet d’un appel d’offres et si on peut parler de conflit d’intérêt puisque plusieurs laboratoires ont été sélectionnés pour fournir les doses de vaccins parmi lesquels des fabricants nationaux et étrangers tels que GSK, Baxter, Novartis et Sanofi. Sur quels critères ont été sélectionnés ces produits reste encore un mystère qui n’a sans doute pas une importance considérable, tant l’affaire de la grippe et de sa préventions pose d’autres questions sans doute plus pertinentes qu’elles soient d’ordre épidémique, scientifique, commercial, de santé publique et de solidarité en particulier avec les pays pauvres. Peut-être la question la plus délicate est-elle d’ordre technique et concerne-t-elle le bilan des effets secondaires surtout tardifs contre lesquels des mesures juridiques auraient été prises par le gouvernement dans le seul but de protéger les laboratoires.

Brouillards en hiver

Cette mesure est loin d’être inutile si l’on tient compte du fait que dans cette procédure de prévention, les exécutants se trouvent dans un certain brouillard contre lequel aucun éclaircissement n’a été prévu en raison du télescopage entre une vaccination banale avec les produits fabriqués chaque année contre la grippe dite saisonnière et cette année la vaccination exceptionnelle H1N1 qui aurait suivi de peu la précédente. Sait-on dans les milieux scientifiques quels sont les effets de cette double injection chez des personnes particulièrement sensibles et qui ont été sélectionnés en raison de cette condition pathologique particulière, qualifiée, par ailleurs de « contaminante » par la Ministre, à défaut d’être contagieuse.