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De la télévision aux émissions différées

Logements et télévision : pour qui, pourquoi ?

Comment se loger à moindres frais ?

mardi 14 octobre 2008, par Picospin

C’est d’ailleurs pour cela que dès que les journalistes de cette émission ont contacté Jeudi Noir, en juin dernier, nous avons tout fait pour les aider : des réunions avec eux, des conseils pour rencontrer des mal-logés donnés à la pelle, des reportages sur nos réquisitions, l’explication de nos revendications.

Un blog de protestation

Quand il nous a été proposé d’intervenir sur le plateau de l’émission face à Christine Boutin, nous avons accepté, pour porter le débat sur sa loi qui arrive ce même jour au Parlement, ses défauts et ses insuffisances. Les auteurs de ce blog prévoient que les conditions de réalisation de l’émission ne leur seront guère favorables pour des raisons techniques telles que leur parole sera limitée au strict minimum et à la discrétion des réalisateurs de cette enquête. Ce sont ces conditions considérées comme inégales, injustes et très restreintes qui provoquent l’ire des opposants à cette participation dont l’identité est difficile à cerner si on n’est guère familier avec l’identité, les objectifs et les moyens des associations qui se battent pour donner la parole à des étudiants souvent contraints de réquisitionner les bâtiments vides pour y trouver un logement décent. Dans la suite de l’article vindicatif, on comprend les raisons pour lesquelles ces protestations sont aussi véhémentes. C’est parce que les protestataires ont déjà visionné le document qui est présenté en différé. Il y est question notamment de la réaction violente de Madame Christine Boutin, Ministre du Logement qui révoltée par la crise du logement, menace le représentant des propriétaires d’une vague de réquisition d’appartements vacants. Le commentaire qui suit évoque la même promesse il y a un an à l’approche de l’hiver 2007, « si nécessaire ». Nécessité fut. Mais de réquisition point est-il écrit dans le texte. Pour se dédouaner des échecs répétés de son gouvernement, Mme Boutin tente d’expliquer que « la crise du logement est une conséquence de la crise financière ». Les auteurs ajoutent que la crise du logement existe depuis près de dix ans et que c’est elle, la bulle immobilière, les subprimes et l’idéologie du « Tous propriétaires », qui sont à l’origine de la crise mondiale. Face à cela, Béatrice Schönberg-Borloo s’en prend, parait-il si l’on en croit cette diatribe au militant de Jeudi Noir : « Non, mais ça ne sert à rien de prendre la parole, vous n’avez pas le micro. » Inutile non plus de dire qu’à aucun moment Mme Schönberg-Borloo ne demandera à Mme Boutin si ses maisons à 15 euros, qui ressemblent fortement aux maisons à 100 000 euros dites aussi « maisons Borloo », vont connaître le même échec.

Des maisons oui mais des maisons Borloo

Christine Boutin et Jean Perrin, le représentant des propriétaires de l’UNPI, peuvent deviser tranquillement côte à côte. La ministre passe même pour une grande humaniste comparée à Jean Perrin, qui, confronté aux difficultés d’une jeune mère célibataire, déclare tranquillement que « à mon époque, il y avait un papa et une maman. Alors si on veut faire un bébé toute seule ? Sont venues ensuite les prises de parole d’incontestables experts sur des sujets graves : la discrimination raciste dans l’accès au logement et la conversion écologique de l’habitat. Pour le premier sujet est arrivé, au dernier moment, Pascal Légitimus, célèbre membre du trio Les Inconnus qui a fait les belles heures de France 2 il y a vingt ans. « Quelle est sa légitim(us)ité ? », pensions-nous. En effet, hormis des blagues tombant totalement à plat, le comique a déclaré tout de go qu’il était « SDF, c’est-à-dire sans difficulté financière ». Il était antillais, il était connu, il était (censé être) drôle, il était de France 2, trois raisons suffisantes pour être un expert des discriminations dans l’accès au logement ? Et l’article de continuer : Sont venues ensuite les prises de parole d’incontestables experts sur des sujets graves : la discrimination raciste dans l’accès au logement et la conversion écologique de l’habitat. Pour le premier sujet est arrivé, au dernier moment, Pascal Légitimus, célèbre membre du trio Les Inconnus qui a fait les belles heures de France 2 il y a vingt ans. « Quelle est sa légitim(us)ité ? », pensions-nous. En effet, hormis des blagues tombant à plat, le comique a déclaré tout de go qu’il était « SDF, c’est-à-dire sans difficulté financière ». Il était antillais, il était connu, il était (censé être) drôle, il était de France 2, trois raisons suffisantes pour être un expert des discriminations dans l’accès au logement ?

Difficultés financières

Pour le second sujet, nous avons vu surgir une autre surprenante spécialiste : Cendrine Dominguez, l’ex-animatrice de Fort Boyard de France 2 et inoubliable auteur de Les Terrines de Cendrine, présentée comme spécialiste de décoration d’intérieur. Elle était invitée pour parler de maisons écologiques, mais surtout sans politiser la question, pour dire que chacun pouvait faire son petit geste pour la planète, grâce aux mesures prises par le gouvernement. Chaque reportage est ponctué d’applaudissements du public enregistrés à l’avance, comme si cette actualité heureuse des mille et unes initiatives individuelles censées répondre à la crise du logement (rentes viagères, colocation intergénérationnelle…). A la fin, Mme Schönberg-Borloo nous demande de tous nous réunir au centre de ce plateau sur lequel nous n’avions pu poser le début d’un orteil, pour montrer à la caméra que tous ensemble, nous faisions bouger la France, en nous battant tous pour le logement. Oui, nous tous, y compris la ministre qui démantèle la loi SRU et prend un milliard d’euros au 1 % logement pour compenser les coupes claires dans son budget. Y compris aussi le chef des propriétaires qui pense que les mères célibataires mal-logées l’ont quand même bien cherché.Un seul événement est venu perturber ce bel ordonnancement où ministre et femme de ministre se répondent et se congratulent sous les applaudissements : un coup de gueule mémorable d’Augustin Legrand, des Enfants de Don Quichotte, qui bouillait sur la banquette à côté de nous. D’entrée, il parle des promesses trahies de Borloo de 2007, « votre mari », souligne-t-il à Béatrice Schönberg-Borloo. Coup de froid et de vérité sur le plateau. Sans doute pour pouvoir couper au montage cet intolérable débordement, la présentatrice lui repose trois fois la même question « mais alors, Augustin, à l’approche de l’hiver, vous êtes confiants ? ».

Une tirade d’Augustin

Après une tirade d’Augustin prouvant par A plus B les mensonges du gouvernement et le silence obligé des associations caritatives financées par l’Etat, Mme Boutin et sa conseillère en com’, qui lui chuchote à l’oreille entre chaque séquence, font pâle figure. Quand Augustin lui rappelle ce jour du Conseil des ministres en juillet 2008 où elle avait reçu le disque de Carla Bruni, où elle avait été félicitée par le Front national pour avoir promis de loger « tous les Français », elle ne trouve à balbutier que : « Ah non… non non, je n’ai pas eu le disque de Carla Bruni… »
Touchée-coulée la ministre ? Non non non, l’autre invité, le prêtre Bernard Devert, président de la fondation Habitat et Humanisme vole au secours de… Christine Boutin, en disant que c’est vraiment dur d’être ministre et qu’elle est vraiment de bonne volonté etc etc. Il faut dire que ce prêtre-agent immobilier n’est pas un farouche opposant (voir sa vidéo lors de sa rencontre au ministère du logement ici ou cette interview là, où il disait que faire du logement social une priorité nationale « tenait à cœur à madame la ministre »)… Et Béatrice Schönberg-Borloo de conclure : « C’est pas facile d’être ministre… » A la sortie, Mme Boutin fait mine de ne pas trop s’inquiéter pour sa réforme de l’article 55 de la loi SRU, critiquée de toute part. « Il y a aussi des élus socialistes qui sont pour la réforme de la loi SRU. » Intox ?Dans les coulisses, nous croisons également Emmanuel Chain, l’ex-animateur de M6. Apprenant qu’il est producteur du programme, nous lui donnons notre avis sur cette émission biaisée. Que n’avions-nous pas dit… « Vous n’allez pas m’apprendre mon métier ! Vous ne pouvez pas juger, attendez de voir le montage. » Comme si nos deux minutes de prise de parole allaient se transformer en 20 minutes par la joie du montage pro-Jeudi Noir de M. Chain. Peut-être comptait-il nous monter au ralenti ? Mais surtout, puisque M. Chain, en faisant ainsi la promotion de Mme Boutin, exerçait son « métier », notre critique, elle, ne pouvait être que « politique » selon ses propres mots, et donc inacceptable. La sentence du toujours jeune Emmanuel Chain, amusé puis agacé, tombait rapidement : « Vous êtes des militants, vous êtes déjà vieux dans votre tête. » Vieux, vieux, peut-être… La BBC a été créée il y a plus de 80 ans, et elle n’aurait jamais toléré un spectacle ORTF de cette veine chez elle ! Ce texte est livré sans commentaire et sans interrogations si ce ne sont celles qui ont trait aux inquiétudes des associations qui défendent les mal logés. A nous et à vous, internautes et lecteurs, de renvoyer les réactions à ce récit dont il conviendra naturellement de vérifier la véracité et de le soumettre à une étude critique.

Questionnement éthique :

1. Doit-on croire aveuglement toutes les affirmations et critiques contenues dans ce blog ?

2. Quel est le but poursuivi par cette probable association lorsqu’elle se livre à une critique acerbe des conditions d’accès au logement ?

3. Est-ce dans le but de promouvoir l’association ou d’aider les plus démunis à trouver un refuge ?

4. Faut-il vérifier la véracité de l’histoire rapportée sur le déroulement de l’émission de TV ou peut-on faire confiance au récit recueilli au nom de l’association qui veut aider les sans logis ?