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Maladie, soin et guérison

lundi 22 octobre 2012, par Picospin

Est-ce que la maladie est irréversible ? En tout cas, la guérison serait plus liée à un désir de guérir qu’à la restitution d’un état de normalité par rapport à l’état pathologique ressenti auparavant au cours de l’évolution de la maladie qui a fait apparaître un état de vulnérabilité inconnu auparavant et qui a brisé l’état de confiance dans lequel on avait vécu jusqu’à l’installation de la pathologie.

Qu’est-ce que guérir ?

Guérir c’est désirer revenir à l’état antérieur à l’installation de la maladie. Cette première maladie brise l’état de confiance implicite de la vie pour instaurer une nouvelle sensation au lendemain du retour des fonctions, signe avant-coureur de l’entrée dans un autre statut qui est celui laissé par la maladie qui s ‘en va sur la pointe des pieds. Ce dernier laisse le souvenir d’une blessure cicatrisée mais en même temps surmontée. Il rappelle qu’une maladie a été supportée sans que la conscience de son installation ait été annulée, hypothèse impossible à envisager. Une maladie annulée dans la conscience et à travers elle, la mémoire n’existe pas. On peut envisager le fait d’avoir surmonté cet épisode et le vécu de cet événement mais non de l’avoir annulé.

Le désir de guérir

La guérison doit rester un désir irrépressible ce qui ne signifie nullement qu’on ne puisse vivre avec la maladie à partir du moment où l’on prend conscience que la vie est une maladie mortelle et que le désir de guérir constitue une force. Ces considérations ne signifient nullement que la guérison soit possible comme retour inséparable de la temporalité. Comme le suggère la représentation du chevalier Bayard, ce qu’il montre c’est plus l’ennui, vécu par son corps qu’une altération de l’âme car le premier a besoin de représenter le temps de la convalescence après l’épreuve du soin suivie de la guérison comme dépassement de soi et sortie de la maladie qui n’a aucune raison d’être précipitée. C’est la raison pour laquelle elle nécessite d’être balancée par un rythme au cours duquel les épisodes du retour à la vie normale seront revécus plus sous formes de récits que de réflexions.

Un détour:la technique

Cette option est d’autant plus prégnante que la médecine passe par le détour de la science au risque de lui attribuer des pouvoirs mystérieux, sinon magiques comme ceux qui font dire à certains adeptes de l’imagerie populaire qu’un tel est mort guéri. Cette débauche de moyens techno scientifiques est devenue inévitable, avec le déploiement des procédés modernes de l’imagerie qui fournit à l’expérience subjective du soin une expérience subjective à l’instar de ce qui se passe pour la réanimation des nourrissons placés dans des couveuses qui se placent entre violence et miracle. La médecine moderne accorde de plus en plus d’attention à la réanimation, aux modalités de rétablir les fonctions vitales lorsqu’elles ont été perturbées par un traumatisme ou une pathologie grave et qu’on ne dispose que de quelques petites minutes pour intervenir avant l’entame du processus de la mort cellulaire, précurseur de celle des autres éléments impliqués dans le fonctionnement des organes.

Une vision

Cette vision infinitésimale de la vie ne doit pas faire oublier celle de la nécessité de rétablir des relations humaines, d’identité, d’identification pour rendre une signification humaine à des rapports subjectivés, privés, dans le cadre d’une relation de soin devenue individuelle. La signification du mot guérir revêt un sens différent, pour les maladies chroniques comme le SIDA qui oblige à cohabiter avec le mal sans nécessairement avoir à parler de guérison. On peut certes vivre avec la maladie sinon revivre qui est plus important que guérir pour recréer une vie individuelle et surtout lui redonner un sens en ayant conscience de pouvoir recréer des normes nouvelles en instaurant des régimes de vie par l’invention d’une vie singulière. C’est toute une pédagogie de la guérison qui est à l’ouvre dans cette démarche qui englobe la question du handicap situé entre les deux extrêmes dont l’une occupe la place de sa valeur intrinsèque au sein de cette culture de la guérison.

De la pédagogie au déficit

A l’autre extrémité de la chaine, se situe le déficit qui est l’occasion d’une reprise au décours de certaines épreuves destructrices qui incitent à lâcher prise, à se laisser glisser au désir d’en finir, de s’enfoncer dans la solution de l’euthanasie. Face à cette option, pourquoi de na privilégier l’instauration de nouvelles normes de vie, d’imaginer un corps réinventé pour vivre avec ses proches, en s’insérant dans la quête de la guérison, faute de quoi le malade est enfermé dans son déficit d’une part mais aussi dans la recherche d’un idéal de guérison difficile sinon impossible à atteindre. Faute de quoi il reste à la personne affligée d’une maladie chronique, à réussir à vivre avec sa maladie dans une cohabitation qui pourrait servir d’équivalent à la guérison. Dans cette perspective, revivre, n’est-ce pas recréer un sens à sa vie ?


D’après Philosophie sur ARTE TV7

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