Ethique Info

Accueil > Education > Maladresse, ignorance ou précipitation ?

A propos du "parrainage" des morts par les vivants

Maladresse, ignorance ou précipitation ?

Comment justifier la mesure étrange de M. Sarkozy ?

samedi 16 février 2008, par Picospin

On ne sait quelles sont les vraies intentions de cette mesure, par qui elle a été inspirée, quel en est l’objectif et quelles pourraient être les retombées à court attendues et long terme sur la nation française. On ne sait rien non plus de la méthodologie utilisée.

Parrainage

Qu’entend on par parrainage, acte par lequel un proche ou un parent prend sous sa protection un enfant pour l’aider dans les moments difficiles, le soutenir en cas de besoin ou de faiblesse passagère et éventuellement remplacer son père ou sa mère ? Le parrainage consiste essentiellement à faire sentir à un enfant ou à un jeune adolescent, qu’un adulte, bénévole, s’intéresse à lui durablement. Ces trois critères mis en gras ne sont pas toujours remplis pour certains enfants de notre pays. Le parrainage vous permet d’établir une relation personnalisée d’un(e) filleul(e) pendant l’ensemble de sa scolarisation (6 à 8 ans) ou seulement pendant les trois dernières années du cycle primaire (période pendant laquelle les taux d’abandons sont les plus importants). Pour toute cette durée, vous vous engagez à soutenir financièrement "Aide et Action" dans ses démarches pour une éducation au service du développement, dans tous les pays où elle intervient. Dans l’Église, un parrain est une personne de sexe masculin qui joue le rôle de responsable spirituel d’une personne nouvellement baptisée. Le projet Sarkozy qui doit entrer en application dès la rentrée de 2008, soulève une tempête de protestations, de critiques, d’incompréhension de la part de personnalités de tous bords. Elles se demandent où le Président veut en venir et à quelle logique son plan répond alors que d’après la majorité des opinions exprimées en France, ce pays a pris jusqu’ici suffisamment de mesures pour raviver la mémoire de la Shoah sans qu’il soit besoin d’en rajouter.

Une mémoire frappée

Les historiens, les psychiatres, les anthropologues, les politologues se penchent de plus en plus souvent et profondément sur les conséquences psycho-somatiques des traumatismes engendrés à partir d’une mémoire frappée par le vécu, d’un récit, des émotions résultant de la survenue accidentelle de faits qui on infligé une souffrance à un être humain, que cette dernière soit individuelle ou collective. La symptomatologie qui la suit peut être éclairée et sa signification décryptée au cours ou au décours de la narration traumatique, du démembrement du contenu de la mémoire traumatique avec ses fantasmes, ses épisodes de dépression et la reviviscence de l’évènement traumatisant. S’y ajoute souvent un émoussement de la réactivité ou une réduction du contact avec le monde extérieur associée à des symptômes neuro-végétatifs, dysphoriques ou cognitifs variés.

Victimologie psychiatrique

Ce tableau est suffisamment connu depuis les expériences des soldats américains au Vietnam, celles des rescapés de la Shoah ou d’autres actes terroristes. Il a eu pour conséquences une classification des pathologies et la constitution de cellules de crise gérées par des spécialistes d’un nouveau secteur de la médecine dans lequel s’inscrit le « posttraumatic stress disorder » (désordre post-traumatique lié au stress) entité maintenant bien reconnue, parfaitement isolée et prise en charge et qui donne lieu à réparation. L’opinion négative résultant du projet Sarkozy est sans doute étroitement liée à l’évidence de la souffrance infligée à un être fragile et vulnérable comme l’est un enfant de 10 ans à l’occasion d’un évènement traumatique d’ordre psychique, affectif ou émotionnel. Ce dernier laisse derrière lui des séquelles dont se sont préoccupés les fondateurs de "l’Association Française d’études du Stress traumatique" qui est à l’origine du concept de la "victimologie" psychiatrique.

Questionnement éthique :

1. Quelle est la justification d’une intervention dans l’équilibre de la balance bénéfice risque par le rappel et la reviviscence du traumatisme physique et psychique d’un enfant de la Shoah ?

2. Quel bénéfice peut-on attendre de l’implication empathique et mémorielle d’un enfant français dans la tragédie individuelle et collective de la Shoah ?

3. Est-il anodin de jouer avec les fluctuations mnésiques d’un épisode survenu il y a plus de 60 ans ?

4. Quel bénéfice et quel réconfort peuvent en tirer les survivants qui sont sur le point de disparaître et auraient sans doute eu besoin d’un réconfort à un moment où peu de personnes osaient parler de leur souffrance et peu de rescapés osaient raconter leur saga parce que personne ne voulait croire à l’authenticité de leur récit puisqu’il racontait « l’indicible » ?


Sources :
Fassin D. , Rechtman R. L’empire du traumatisme. Enquête sur la condition de la victime. Paris, Flammarion, 2007