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Malbouffe, mauvaise santé et pauvre longévité

mardi 14 décembre 2010, par Picospin

L’espérance de vie aux Etats-Unis a décliné d’un mois entre 2007 et 2008, passant de 77,9 ans à 77,8 ans. Cette inflexion de tendance n’est pas imputable à la mortalité infantile, qui a au contraire reculé pour atteindre un minimum historique : c’est bien une dégradation de l’état de santé général qui est ici en cause.

Coeur, cancer, bronches

L’étude a été menée à partir de l’analyse de 99 % des certificats de décès enregistrés. Les trois premières causes de mort sont les maladies cardiaques, le cancer, et les maladies respiratoires. Cette alerte survient au moment où Obama a remplacé Bush, ancien alcoolique repenti, à la Présidence. Il n’est pas certain que ce changement ait pu influencer cette évolution défavorable de la longévité américaine les deux présidents n’étant ni particulièrement obèses ni même d’une maigreur cachectique. Cette statistique réconforte la population française en général en la confirmant dans sa certitude de posséder la vérité, toute la vérité dans l’art de la bouffe, de la distribuer et de la consommer. Elle est convaincue qu’elle constitue un modèle de gastronomie ce qui est probablement vrai si on se contente d’observer les couches les plus favorisées de la population. Cela l’est probablement moins quand on pénètre dans les foyers plus modestes où l’alimentation provient plutôt des grandes surfaces discount que des magasins raffinés des quartiers huppés de la capitale.

Niveau de vie

Qu’il y ait dans les résultats de cette statistique une part liée au niveau de vie des citoyens est une évidence que nul ne saurait contester. On peut d’ailleurs constater le même phénomène en Amérique où les habitants de la côte ouest sont moins obèses sinon pas du tout avec une masse graisseuse pratiquement normale, ce qui est loin d’être le cas pour les habitants de la côte est et même ceux des grandes plaines du centre, le Middlewest. En Californie, les fruits et légumes si bien recommandés par nos autorités de santé poussent en abondance, sont faciles d’accès, à courte distance des consommateurs et moins onéreux en raison de la proximité entre les producteurs et les clients. Le climat y autorise une activité physique plus intense, plus variée, plus régulière ce qui évite la surcharge pondérale si nocive, dit-on, pour la santé des pauvres humains victimes de leur gloutonnerie, et depuis peu de temps aussi de la qualité des plats servis dans les bons restaurants de la région. Un autre facteur dont on parle moins est lié au phénomène culturel de la répartition des repas.

Deux repas

En France en particulier et un peu plus généralement en Europe, on prend ses repas au rythme habituel de 2 à 3 par jour ce qui n’est pas le cas des États-Unis où le grignotage est une habitude alimentaire quasi générale. Cette manière d’ingérer ce que les Français appellent la « malbouffe » a pour conséquences une augmentation de la sécrétion quotidienne d’insuline, facteur constant et majeur des ingestion à répétition qui créent à eux seuls une augmentation de l’appétit et la nécessité d’y répondre, sinon de le satisfaire. Les structures d’accueil de la restauration américaine se prêtent parfaitement à cette demande. On peut y manger à toute heure du jour et de la nuit, sans tenir compte des horaires des repas ce qui facilite la dérégulation de l’appétit et de la manière d’en satisfaire l’excès. Le comble de l’histoire est que les grandes surfaces aux Etats-Unis et même les moins grandes offrent des produits de bonne qualité qui permettent d’accéder à un régime fructo-végétarien, gage sinon garantie d’un régime appelé hypocalorique en France, destiné à limiter sinon à diminuer de façon drastique les ingestats alimentaires.

Limiter les apports

Cette éventualité n’est évidemment pas applicable pour les citoyens les moins privilégiés qui satisfont leurs besoins alimentaires à l’aide de produits industriels dans lesquels la forte proportion de sucre, de graisse animale et autres ingrédients se transforme en un redoutable obstacle à la conservation d’un poids raisonnable et d’une masse graisseuse normale. La conception de la cité américaine constitue aussi un facteur plus que favorable à la prise de poids dans la mesure où elle favorise la sédentarité et avec elle la réduction sinon l’absence d’exercice physique. Comment se promener dans des villes comme Dallas ou Houston où les jonctions entre les grands axes urbains sont réalisées par des autoroutes qui n’autorisent aucun piéton à les emprunter ? Ce n’est pas le cas de cités comme San Francisco, Boston, ou même Washington qui encouragent la marche à pied et la promenade en raison de l’existence de véritables rues, parcs et jardins encourageant la déambulation, le plaisir de sentir l’arôme des fleurs et des arbres et de contempler par-dessus les cimes des arbres, entre ces derniers et le ciel, les oiseaux se régaler de leur vol.

Fierté des oenologues

Les facteurs sont multiples pour expliquer les prises de poids inconsidérés d’un côté de l’Atlantique et leur stabilité de l’autre, là où s’abat une autre calamité, celle de l’alcool consommé régulièrement, du verre de vin et du pastis généreusement appréciés à cause de leur qualité dont sont si fiers – sans doute ont-ils raison de l’être – les œnologues en herbe cherchant à dénicher la ou les bonnes bouteilles d’autant plus rares qu’elles doivent être bon marché pour pouvoir être dégustées dans les foyers les plus modestes. Saurons-nous profiter de cette excellente leçon donnée par un état considéré jusqu’ici comme riche, doté d’une technique exceptionnelle et souvent à l’avant garde du progrès. Il faudra en profiter pour élaborer le mode de vie du futur en sachant construire la cité de la liberté du mouvement, de l’échange, du bien être, en la raccordant aux centres de proximité sans être tributaires de la neige qui tombe en hiver, de l’eau du déluge envoyé par les dieux méchants et de la chaleur torride qui étouffe les énergies. Bonne chance pour construire l’habitat du futur…