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Quels problèmes ? Perte d’identité personnelle

Mandataires, personnes de confiance en fin de vie

Quelles solutions ? Les tribulations des consciences atteintes par les dégâts infligés par la maladie d’Alzheimer

jeudi 28 février 2013, par Picospin

C’est la vision primitive sur qui aurait autorité pour déterminer au mieux les intérêts du patient puisque la conscience immédiate vient de perdre les moyens décisifs, cruciaux, nécessaires à la fondation de nouveaux intérêts, réactualisés en fonction de ceux primitivement définis.

Étapes

Cette définition suppose que les étapes les plus précoces et les mieux réactualisés de la conscience de soi ne forment qu’une seule entité malgré la référence inévitable aux intérêts les plus immédiats, propres à chaque étape de la vie qui participent à la construction d’un pont, d’une continuité entre les premières et les seconds. Concrètement, le point important ici consiste à se référer à la modification drastique du comportement psychologique comme celle que l’on peut constater dans la maladie d’Alzheimer. Dans cette dernière, il n’est plus question de prolonger sa vie en suivant les mêmes normes que celles déjà vécues jusqu’ici. De sorte que, quels qu’aient été les intérêts présents dans le corps et l’âme pour prendre une décision conforme à la nouvelle personnalité qui vient d’émerger de ce bouleversement radical, aucun ne convient parfaitement à la création d’un individu nouveau à l’issue de ce chamboulement.

Similitudes et identités

L’absence de toute similitude entre l’identité primitive et celle venue à maturité récemment casse toute possibilité de prise d’autorité de la première sur la seconde. Cette approche fonctionne au mieux dans tous les cas où nous sommes autorisés à supposer que la nouvelle entité sortie de la transformation psychologique survenue à un individu reste une personne. Les caractéristiques et intérêts de l’entité initiale ne sauraient dicter la manière dont on devra traiter la personnalité de la seconde.

Violations

Si c’était le cas, il s’agirait d’une violation claire des droits des personnes de permettre à une autre d’usurper les affaires de quelqu’un d’autre. Certains pourraient mettre en doute l’hypothèse selon laquelle la perte de son identité numérique est compatible avec celle de sa personnalité dans le cadre des cas survenant dans la vie réelle lorsqu’il s’agit de démence ou de traumatisme crânien. Qu’en serait-il si la détérioration psychique est de fait assez grave pour justifier le retrait à la nouvelle entité des capacités d’une personne ? D’aucuns peuvent voir dans la perte de la personnalité un signe évident de changement dans l’identité numérique : si l’état de conscience actuel n’est même pas une personne, c’est à coup sûr que le « possesseur » de la personnalité actuelle ne peut être identique à celui de l’individu original. Ce raisonnement ne tient la route que si l’on accepte l’idée que nous sommes essentiellement des personnes.

Purs esprits

Car si cela n’était pas le cas, si nous n’étions que de purs esprits, nous pourrions parfaitement perdre les propriétés attachées à une personne sans menacer en rien sa survie « numérique ». Malgré toutes ces considérations, il n’en reste pas moins vrai que nous sommes définis par nos caractéristiques psychosociales. Quand elles changent, l’individu ancien cesse d’exister pour faire place à un nouveau personnage et la transformation d’une personne en une non-personne représente assurément une métamorphose psychologique drastique. Supposons qu’une personne se transforme en un individu qui ressemble à une non personne.

Mutations

Cette mutation d’une personne en une non personne impliquerait une altération si profonde qu’elle serait suivie de la création d’un nouvel être numérique. En ce cas, comment juger, arbitrer les éventuels conflits entre l’être original et son successeur ? Si une personne se transforme en un nouvel individu au stade terminal d’une démence, une telle mutation casse l’autorité de la première sur la suivante quelle que puisse être le statut de cette dernière. Pour quelle raison un être tout à fait différent devrait-il avoir le droit de dicter les modalités de traitement de la personnalité actuelle ? Si celle-ci reste une personne, ce serait une violation de ses droits en tant que personne que de permettre à une autre de s’approprier de ses affaires. Sinon, ces droits devraient être remis sérieusement en question. Comme si l’ainé avait des droits de propriété sur le destin du cadet, successeur en tant que non personne ou malgré la propriété de ce statut. Si on cesse d’exister en devenant une non personne il en reste un droit de propriété sur le contrôle de la non personne finale de la même façon que lorsque l’on cesse d’exister pour devenir un cadavre, on garde un droit de contrôle sur le cadavre.

Au début et à la fin

Même si les personnalités initiales et finales représentent des individus différents, la première garderait l’autorité de déterminer le destin de la seconde aussi longtemps que celle-ci aura été privée de sa personnalité. C’est dans cette optique qu’il est raisonnable de garder le concept de seuil de capacité au-delà duquel l’original acquiert l’autorité d’imposer le retour aux affaires de la personnalité actuelle bien que les deux individus soient fondamentalement différents. Cette fois, les fondements de l’autorité ne reposent plus sur la continuité des préoccupations des deux personnalités mais sur celles des droits de propriété des ainés. Ce qui n’empêche pas de discuter de leur extension sur les successeurs qui peuvent parfaitement représenter des personnes conscientes.