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Comment s’y prendre pour licencier ?

Manoeuvres pour une expulsion

De l’obéissance à la conscience

samedi 27 novembre 2010, par Picospin

Elle consiste à agir sur le psychisme et l’émotion de l’employé pour le placer sous le joug des supérieurs hiérarchiques de manière à entamer puis à détruire sa joie de vivre et de travailler.

Une manoeuvre dilatoire

Cette manoeuvre conduit rapidement une démotivation, l’entrée dans le cercle vicieux du découragement et de la perte de l’estime de soi. Devant cette situation qui conduit rapidement à la dépression, il devient facile de le soumettre à des reproches continuels. Par cette voie, il sera condamné à commettre encore plus d’erreurs, à agir en permanence en vaincu ce qui aboutit à brève échéance à l’absentéisme, au découragement, à la diminution de toute efficacité et à la production de motifs suffisants de la part de la direction pour justifier la mise à pied après une période de conflits latents. Ceux-ci aboutiront nécessairement à susciter l’insatisfaction de l’employeur et au renvoi du salarié. Cette stratégie constitue une forme de torture morale dont les détails et les modes d’exécution ne sont pas nécessairement visibles ou détectables par des observateurs placés à longue distance de l’événement.

Menaces de "burn-out"

De la sorte ils sont moins à l’aise pour incriminer les responsables réels des évènements ayant conduit aux situations de « burn out ». Le passage à une économie de services a engendré ce nouveau type de maladies affectant la santé mentale. Des mesures adéquates doivent être prises pour lutter contre les burn-out. Certains managers n‘envisagent d’étudier la problématique des burn-out que par les statistiques et ne vouloir s’en préoccuper que si le taux dans l’entreprise était significativement supérieur à celui de la concurrence. "Pourquoi faut-il se formaliser des suicides à France Telecom alors que le taux de suicide correspond à celui de la société française ?" Une telle vision de la collaboration du personnel ne témoigne guère de la volonté d’un développement durable de l’entreprise. L’éthique embrasse toute souffrance humaine. A tout niveau de l’entreprise, on a besoin d’empathie et de sympathie, de sens et de bon sens, d’un retour vers plus d’humanité.

Efficacité

Si le sens de l’efficacité ne se double pas de rayonnement, le désengagement des salariés risque de se rapprocher de sa limite de rupture. A moins que ce résultat n’ait été attendu avec impatience de la part du management pour faciliter les manœuvres de réduction des effectifs, voire de projets de délocalisation. Des mesures fortes, telles qu’un licenciement, sont parfois indispensables mais prendre le temps d’en expliquer les raisons en se mettant à la place de l’autre permet de sauvegarder l’image de la personne. Dans ce domaine, l’employeur encourt, avec l’employé, la co-responsabilité de veiller par une formation adéquate à faire comprendre l’obligation de recourir à des mesures fortes, telles qu’un licenciement, parfois indispensable à condition de prendre le temps d’en expliquer les raisons en se mettant à la place de l’autre ce qui permet de sauvegarder l’image de la personne. Dans ce domaine, l’employeur encourt, avec l’employé, la co-responsabilité de veiller par une formation adéquate à ce que ce dernier reste "employable".

Satisfaction

C’est cette attitude qui engendre la satisfaction d’avoir reçu les remerciements d’une personne qui avait dû être licenciée 6 mois auparavant mais après avoir pris la précaution de l’informer qu’elle pourrait exceller dans une fonction plus conforme à son profil. Elle était devenue de la sorte Directeur Administratif d’une PME et très heureuse du changement opéré. Le facteur premier expliquant la plupart des situations de burn-out au travail se situe dans les objectifs souvent démesurés qui sont imposés aux différents échelons de la hiérarchie. Lorsqu’ils ne font pas l’objet d’une concertation mais qu’ils sont définis en amont en fonction des seuls objectifs de croissance théorique, les effets pervers se font vite sentir : honnêteté discutable dans les relations avec la clientèle, perte du sens de l’engagement des employés et cadres, prise de risques qui, selon les secteurs, peuvent déboucher sur des conséquences sociétales désastreuses. Une éthique minimale ne devrait-elle pas entourer le mode de fixation des objectifs ?

Éthique minimale ?

Cela ne devrait-il pas être, le cas échéant, une préoccupation de premier ordre pour les autorités de contrôle prudentiel ? Si les entreprises doivent pouvoir fixer en toute liberté leur objectif de rentabilité, cette liberté est-elle aussi absolue pour celles qui, eu égard à leur mission d’intérêt général, doivent être secourues en cas de naufrage ? Comment différencier les unes des autres à la lumière des expériences étudiant les effets de l’autorité sur la conscience ? Des expériences ont été pratiquées sur les atrocités menées par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale qui ont mis en avant le fait que ces pratiques pouvaient se retrouver dans la vie courante, car il existe en effet chez l’homme une propension naturelle à se soumettre à l’autorité et à se décharger sur elle de sa propre responsabilité. On démontre ainsi que la disparition du sens de la responsabilité individuelle est la conséquence la plus grave de la soumission à l’autorité, que la justification des actes par ceux qui les commettent en obéissant, la rationalisation, compte moins que l’action car tant qu’ils ne sont pas convertis en actes, les sentiments personnels ne changent pas la qualité morale d’un processus.

Autorité et obéissance

L’obéissance est un des éléments fondamentaux de l’édifice social. Toute communauté humaine a besoin d’un système d’autorité, ciment qui lie les hommes aux systèmes d’autorité. Les personnes sont plus ou moins conditionnées dès l’enfance à se soumettre. Cette tendance à la soumission, fortement ancrée chez certains, l’emporte souvent sur l’éthique, l’affectivité, les règles et choix de conduites. L’extermination des juifs par les nazis reste l’exemple extrême d’actions abominables accomplies par des milliers d’individus au nom de l’obéissance. De l’honnêteté et de la clarté, de l’obéissance et de la soumission à la révolte, à l’obscurité, la manipulation et les écarts à l’éthique ?

Questionnement éthique :

1. Jusqu’où doit aller l’obéissance et la soumission à l’autorité ?

2. Si la production de richesses est la but de l’économie, tous les moyens qui y concourent sont-ils légitimes, quitte à mettre fin à l’exploitation des travailleurs ?

3. Doit-on compter la répartition des richesses au nombre des finalités de l’économie ?

4. Est-ce que les modes d’exercice de l’activité économique sont indifférents au fait que les besoins fondamentaux d’une partie de la population ne sont pas satisfaits ?