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Les tournesols cherchent aussi les lumières du jazz...

Marciac : un festival pas comme les autres

...Et les trouvent

mercredi 5 août 2009, par Picospin

Il n’est ni situé dans une grande ville comme Nice, Antibes, Montreux ou Vienne, ni dans une capitale comme Paris ou Londres, mais bien dans une région, autrefois anonyme, si ce n’est pour le poulet ou l’Armagnac. Ici se rassemblent depuis plus de 25 ans, les authentiques amateurs de cette musique issue du malheur des esclaves noirs, importés de force par des négriers sans scrupule qui ne s’attendaient surement pas à ce que "leur produit d’importation" devienne un jour l’origine d’une musique et de sonorités adoptées en quelques années par le monde entier.

Où est le jazz

Les successeurs des premiers adeptes de cette musique, longtemps appelée par des conservateurs endurcis "musique de sauvages", ont senti rapidement qu’elle pouvait et devait aller à la rencontre des origines des sonorités, gammes et accords des notes de l’occident mais aussi d’emprunts prélevés en orient, en Asie, en Andalousie. Nombre des instrumentistes et compositeurs de cette nouvelle façon d’assembler les sons n’ont pas hésité à s’embarquer pour l’Europe pour s’inspirer des accents et des rythmes des nouvelles compositions d’oeuvres modernes créées en France, en Russie, en Angleterre, en Allemagne, à l’instar de celles mises au point par Ravel et Debussy, Stravinsky ou Prokoviev. Ce qu’ils ramenèrent de leur expédition lointaine sur un continent déjà en plein tourmente révolutionnaire et guerrière a servi d’aliments, d’enzymes, d’ingrédients sinon de structures aux oeuvres initiatrices du jazz aux Etats-Unis comme ce fut le cas pour Gershwin, Rodgers, Cole Porter et combien d’autres. Les exemples viennent de haut et de loin.

Un compositeur de génie

Les génial compositeur George Gershwin et son frère Ira se sont attelés à la tâche de livrer au public américain des mélodies et des structures rythmiques qui ont fait le tour du monde avant de s’incruster dans le public américain. Ce dernier, mu par une volonté incoercible d’organiser, de répandre, de faire connaitre, a diffusé à l’infini les accents de cette musique nouvelle, synthèse des amalgames entre le Vieux et le Nouveau continent, qui tel un ciment, a pris une solidité à toute épreuve contre laquelle aucune autre forme de tonalité n’a pu résister. Elle a anchanté les bars et boites de nuit de Chicago, New York, Berlin ou Vienne, les music-halls de Paris ou Londres avant de déverser ses flots sur des ilôts de résistance aussi solides que Stalingrad ou le mur de l’Atlantique et surtout la forteresse inexpugniable de l’ancienne URSS où, à coups de récompenses, de médailles, de citations, d’hommages, le génial père des peuples a tenté de retenir dans son empire politico-musical les compositeurs fidèles et plus ou moins loyaux des diverses académies destinées à promouvoir les oeuvres "géniales" élaborées sous l’égide du communisme éternel.

Un grand du Jazz

Ici, à Marciac, c’est une autre partie qui se joue. C’est celle inaugurée et continuée par Wynton Marsalis, directeur du Lincoln Jazz Center de New York qui vient chaque année ranimer la flamme de la musique entre les collines et les douces vallées du Gers pour y composer et y livrer une musique de jazz exécutée par le meilleur orchestre du monde et inspirée par le meilleur compositeur et arrangeur du jazz moderne. Ce dernier, merveilleux trompettiste, a l’habitude de s’asseoir humblement dans les rangs de ses musiciens, laissant à ses derniers le soin de diriger le big band auquel il confie la primeur des ses compositions. Le résultat de ces combinaisons devient un joyau de sonorités et de rythmes, exécuté sans emphase, avec la plus élégante des discrétions pour le plaisir des spectateurs et connaisseurs apprenant progressivement à apprécier les combinaisons originales offertes à des oreilles de plus en plus expérimentées.

Un dénommé Wynton Marsalis

C’est que ce grand Monsieur s’est donné comme mission de faire évoluer le jazz jusqu’à l’extrême limite des ses possibilités comme en témoignent ses compositions les plus ambitieuses dans la mouvance des symphonies et autres oeuvres de la plus grande envergure. On peut, et on doit souhaiter que cette situation continue de durer le plus longtemps possible et que de nouveaux inspirateurs du jazz se forment pour poursuivre cette tâche moins que cette mission.