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Que faut-il en penser ?

Mariage pour tous ?

Evolution ou révolution ?

mercredi 28 novembre 2012, par Picospin

Comment l’analyser ?

En supposant que par la volonté des français, ou par celle de leurs représentants, il soit décidé d’autoriser le « mariage pour tous » - appellation assez malheureuse puisque chacun sait que ce qui est en cause est le mariage des homosexuels - et en admettant qu’une loi est nécessaire – d’un côté on peut en douter car le code civil ne porte pas d’interdiction directe ou indirecte du mariage de personnes du même sexe, mais de l’autre on peut penser qu’une telle union nécessitera qu’en soient précisées les modalités et conditions – voici ce que le législateur devrait (devra ?) prendre en considération :
-  qualifier cette union entre deux personnes du même sexe de mariage heurte beaucoup de gens, pour des raisons aussi bien historiques qu’affectives. Il serait préférable d’y substituer quelque chose comme « union civile », terme qui a été suggéré (voir la presse) par certains homosexuels. Etant entendu que cette union serait contractée également devant le maire, et non comme le PACS devant un notaire ou un greffier.
-  Les problèmes de la parenté (parentalité ?) ou de la filiation : étant admis qu’il n’y a pas de « droit à l’enfant » mais que peut exister aussi bien chez les homosexuels que chez les hétéros un désir d’enfant , peut on refuser aux conjoints homosexuels de le satisfaire ? Difficile, non ? Alors quel recours ont-ils, et dans quelles conditions ? trois formules paraissent possibles : adoption, procréation médicalement assistée (PMA), gestation pour autrui (GPA)
° adoption : difficile de refuser à deux conjoints ce que l’on accorde à un célibataire. Rien ne permet, a priori, de dire que ce soit contraire à l’intérêt de l’enfant ; les quelques témoignages d’enfants parus dans les journaux ayant deux « parents » de même sexe semblent indiquer que cela ne leur pose pas de problème. Le problème qu’il peut y avoir, mais il n’est pas propre aux couples homosexuels, est que les deux « parents » ne s’entendent pas…
Mais cela risque de ne pas être une solution dans la mesure où le nombre d’enfants à adopter se réduit, et où certains pays refusent l’adoption par des homosexuels
°° GPA : la question se pose pour les couples d’hommes, qui peuvent fournir du sperme à une mère porteuse. Mais on tombe alors sur un autre problème : la loi française n’autorise pas le recours à une mère porteuse.
°°° PMA : ici la question se pose pour les couples de femmes, si l’une d’elles ne trouve pas directement un donneur. Peut-on y objecter la stérilité d’un des partenaires, puisque c’est la condition pour qu’un couple hétérosexuel puisse y recourir. Il semble que ce soit une fausse question.

Une condition paraît indispensable, quelle que soit la formule retenue : que soit indiquée dans le livret de famille la filiation biologique de l’enfant, de chaque enfant, afin qu’il sache bien qu’il a un père et une mère, et pour éviter tout risque « d’accident » ultérieur. Mais cela implique la levée de l’anonymat des dons de gamètes et relève en toute hypothèse de la loi de Bioéthique.

Nous sommes tous pris à la gorge par cette possible révolution des moeurs. Elle se place à contre-courant de siècles sinon millénaires de conformisme et de soumission à la règle physiologique bien connue de la procréation qui n’a rien d’assistée sauf peut-être pour les éléphants qui risque dans certains cas d’avoir des difficultés techniques à la réaliser. Cette dernière ne las a pas empêché de mettre au monde de charmants bambins de plusieurs centaines de kilogrammes et de près d’une tonne qui gambadent joyeusement dans les paysages d’Asie, transportant sur leur dos rugueux et à haute altitude des dames effarouchées par les saccades encaissées à l’occasion de chaque déplacement de ce plantigrade célèbre aussi pour venir mourir seul, à l’écart de ses congénères. Il est temps de quitter la sérénité de ces hordes gigantesques, plus sympathiques que les dinosaures pour nous rapprocher de l’homo sapiens, actuellement en mal d’invention pour rattraper son retard moral ou éthique en ce qui concerne un possible renouvellement de la vie en couple, si prisée par les oiseaux dont certaines espèces n’hésitent guère à s’unir pour la vie au sommet des arbres. Nos craintes, voire notre réticence à accepter la diffusion de moeurs sexuelles minoritaires provient moins d’une mise à l’écart de ses pratiquants, au demeurant fort nombreux au cours des siècles passés que de la diffusion "hors nature" d’une technique de reproduction de l’espèce à laquelle manifestement ni l’opinion publique, ni le conservatisme, ni l’observation de la nature, ni l’enseignement des sciences ne nous ont préparés. D’où la force du choc émotionnel à mesure que s’approche la mise en pratique officielle de manifestations d’amour que tout le monde connait et que certains réprouvent. Plus viscéralement qu’affectivement. Pour tenter de mettre tout le monde d’accord, ne pourrait-on envisager l’organisation d’une période probatoire, en quelque sorte expérimentale, qui pourrait être consacrée à faire observer par un "observatoire des nouvelles moeurs" les conséquences de nouveaux comportements affectifs, sexuels et moraux sur la société dans son ensemble et ses individus, depuis les acteurs principaux impliqués dans cette nouvelle forme de vie sociétale jusqu’à leur descendance. Ce point reste le plus importants dans la mesure où nombreux sont les opposants à l’homosexualité qui arguent du mal fait à l’enfant au sein d’un couple potentiellement déséquilibré par l’absence d’un des éléments stables du couple. Cette proposition a l’inconvénient de faire de certains d’entre nous des cobayes en attendant que des résultats de cette "expérience" parviennent à notre société, quitte à ce que cette dernière en tire les conclusions concernant la vie de "famille" le développement psycho-affectif de l’enfant et l’équilibre général d’une tranche de la nouvelle société. On peut supposer dès à présent que les taux de séparations dans les couples, de mères célibataires, d’enfants frustrés par l’absence d’un des parents ne risquent pas d’être inférieurs au sein des couples "normaux" que parmi les "anormaux". Aurons-nous les surprises ? C’est tout l’enjeu de cette nouvelle forme de sondage.