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Comment prendre en charge une population plus âgée ?

Médecine thérapeutique ou palliative ?

Les difficultés et déboires d’une médecine des patients qui prennent de l’âge

samedi 14 juin 2008, par Picospin

On se souvient que la question de la fin de vie, de la décision des arrêts de soins, de l’aide au suicide avait fait couler beaucoup d’encre récemment au moment où une malade, atteinte d’une maladie cancéreuse grave, considérée comme incurable, avait demandé au Président Sarkozy l’autorisation de mettre fin à ses jours car elle ne supportait plus de soumettre au regard des autres la monstrueuse déformation de son visage sous l’influence d’une tumeur de la face évoluant rapidement.

Soins palliatifs contre euthanasie ?

Elle avait aussi songé à partir en Suisse où une organisation dont on démêle difficilement les intentions, les moyens et les modalités d’aide au suicide, offrait assistance aux candidats à la mort. Les soins palliatifs ne veulent pas entendre parler de suicide assisté ou d’euthanasie, tellement ses serviteurs, ses soignants, ses équipes sont dévoués à leur mission et considèrent qu’il ne leur appartient pas de donner la mort puisque par définition et par essence, ils sont destinés à conserver la vie aussi longtemps que possible avec la meilleure qualité de vie et sous les plus grandes conditions de confort. Cette fois, le Président Sarkozy a décidé de mettre sur la table une enveloppe budgétaire supplémentaire pour augmenter les capacités d’hospitalisation des patients en fin de vie, ceux qu’on a considérés comme atteints d’une maladie grave, mortelle à brève échéance et qu’on veut accompagner jusqu’au bout pour leur permettre de rompre leur solitud e, de garder des relations humaines avec leur entourage et de permettre une conservation de la volonté suffisante pour leur permettre d’obtenir pour eux-mêmes les meilleures conditions de dignité au moment le plus difficile de l’existence.

De la médecine thérapeutique à celle des soins palliatifs

La décision de transférer des malades des soins actifs destinés à guérir à ceux qui se limitent à maitriser la douleur, à assurer les soins d’hygiène et d’accompagnement pour éviter la désocialisation est difficile à prendre, piégée que sont les soignants entre l’acharnement thérapeutique qui inflige des contraintes inutiles et le désir des certains malades de mettre fin à une existence sui pour eux ne vaut plus la peine d’être vécue tellement elle est de mauvaise qualité à cause de l’inconfort permanent et insupportable qu’elle procure. Est-on autorisé éthiquement à repousser sans cesse de manière illusoire, dans un espoir de guérison insensé, le moment de la mort ou à la laisser faire son entrée à petits pas, avant que la faux ne fasse son œuvre et ne plonge dans la terreur la cible de cette rencontre fatale ? Faut-il au contraire favoriser les derniers instants au cours desquels de échanges, des sentiments, des mots peuvent circuler et qui peuvent jouer un rôle majeur dans la fin de vie du malade comme dans la vie qui se poursuit des accompagnants, des amis, des parents et des proches ? Pour des raisons essentiellement financières et logistiques, on a choisi en France de privilégier la distribution des soins palliatifs par des équipes dites mobiles à l’hôpital et de coordination au domicile qui se déplacent de service en service, de malade à malade, selon les besoins et les appels pour apporter aux équipes soignantes le réconfort d’un savoir spécialisé qui sait comment atténuer une douleur, rendre du courage, souder les équipes, encourager les proches et choisir les stratégies thérapeutiques d’excellence.

Des équipes mobiles

Ces équipes sont composées d’un ou de plusieurs médecins, d’infirmières et de psychologues. Pour ne pas perturber l’organisation du service d’accueil et ne pas susciter une rivalité entre les équipes, elles ne se chargent pas des prescriptions et des soins mais apportent leur aide experte à ceux qui en ont besoin. La tendance actuelle est d’encourager l’intégration des équipes entre elles sans soutenir une autonomisation trop poussée susceptible d’encourager la conduite indépendant et autoritaire des soins palliatifs. Cette démarche risque en effet d’aboutir à une spécialisation outrancière de chacun à un moment où le vieillissement de la population, l’augmentation de la longévité à l’origine d’une profusion de maladies passant à la chronicité inciterait plutôt à renforcer l’aide et le soutien aux patients. Ne passe-t-on pas ainsi d’une médecine de haute technicité à une assistance directe et soutenue au malade pour l’aider à faire face à son mal, à soulager son inconfort et à l’orienter vers la sub jectivation de sa lutte contre la maladie et l’inconfort qu’elle ne cesse de procurer dans les différentes phases de son évolution. Cette nouvelle approche pourrait s’intituler la « médecine de l’incurable » si ce terme un peu dur ne risquait de sensibiliser soignants et soignés.

Moins de demandes d’assistance au suicide

Dans cette perspective et pour intervenir de façon raisonnable et dépassionnée dans le débat sur l’euthanasie, il convient de remettre beaucoup de montres à l’heure et de rappeler que les véritables demandes d’euthanasie ou d’assistance au suicide sont rares et surtout qu’elles sont inversement proportionnelles aux capacités d’accueil des soins palliatifs. Si l’on tient compte de ce facteur important, nul doute que le projet de renforcer les moyens en soins palliatifs et surtout de disposer d’un projet rationnel, réfléchi, tenant compte des besoins, de la situation complexe et des moyens disponibles devrait contribuer à apporter une clef de voûte au développement et à la recherche de ce secteur d’activité. Qu’il faille en faire une spécialité à part relève d’un autre débat dans lequel doit intervenir l’inconvénient potentiel majeur qui consisterait à séparer organiquement les soins thérapeutiques de la médecine palliative. Il est plus que dommage que l’intérêt des profanes, des medias et certains secteurs de la médecine pour l’euthanasie, c’est-à-dire un appétit excessif pour thanatos, la vieillesse, le handicap et la mort empêche de considérer avec toute la lucidité nécessaire l’importance de l’obtention de l’excellence dans un domaine devenu crucial dans une société où la vieillesse l’emporte sur la jeunesse.


Sources :

Le Monde :
Prieur C.
L’état lance un plan pour diffuser la "culture" des soins palliatifs.
14.06.2008