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Brain trust

Mémoire collective

Quels avantages ? quel avenir ?

samedi 7 janvier 2017, par Picospin

Cette question est soulevée de plus en plus fréquemment par les chercheurs en éducation et sciences sociales anxieux de savoir quelle est l’influence de la mise en série d’intelligences multiples sur l’efficacité et les performances en termes de richesses d’inventions, de compréhension des secrets du monde dans ses aspects de sciences physiques et encore plus humaines.

Interrogation ?

Au chevet de cette interrogation, on convoque les esprits les plus compétents de notre temps pour chercher et trouver des explications à cette régression inattendue et surprenante pour une époque sincèrement convaincue de la progression de l’homme dans les domaines des aptitudes physique, sportives et surtout intellectuelles. On avait placé beaucoup d’espoir sinon d’illusions dans les capacités de l’intelligence collective à renforcer ses propres aptitudes et à faire avancer jusqu’à des limites encore mal définies les possibilités des humains à améliorer leurs performances dans les domaines de la créativité, de l’imagination et du progrès.

Cerveaux en synergie

Selon des théorèmes bien acceptés par les communautés scientifiques, si un cerveau était capable d’accomplir telle performance, plusieurs cerveaux travaillant en synergie seraient susceptibles d’en réaliser bien davantage. Sans que l’on connaisse les limites de cette amélioration. l’intelligence collective définit les capacités cognitives d’une communauté résultant des interactions multiples entre ses membre. En appliquant cette définition à la communauté virtuelle sur l’Internet considéré comme ultime média cognitif, de nouvelles capacités résulteraient des interactions entre les internautes. Ces agents humains prolongés par les technologies de l’Internet, et au comportement varié, pourraient ainsi accomplir des tâches cognitives complexes inattendues, grâce à un mécanisme fondamental appelé synergie.

Intelligence collective

Ainsi, l’intelligence collective sur Internet est définie comme « le projet d’une intelligence variée, partout distribuée ; sans cesse valorisée, coordonnée et mise en synergie en temps réel et qui aboutit à une mobilisation effective des connaissances ». L’intelligence collective est formée de « grains de pensée » mixés par les nouvelles technologies numériques et qui pourraient s’assembler pour former une super conscience. Cependant, les membres de la communauté des internautes ne possèdent qu’une perception partielle de l’environnement virtuel dans lequel ils baignent et n’ont pas conscience de la totalité des éléments qui influencent le groupe en interaction. Sous certaines conditions particulières, la synergie créée par la collaboration pourrait faire émerger des facultés cognitives de création et d’apprentissage supérieures à celles des individus isolés.

Interactions

L’étude de l’intelligence collective implique l’étude des effets psychosociologiques des interactions entre membres d’un groupe d’individus et/ou d’internautes, en situation virtuelle. L’Internet, réseau d’ordinateurs interconnectés, prolongements électroniques des cerveaux ou esprits humains et d’où émergerait une intelligence collective, a suscité l’intérêt de certains théoriciens pour valider ou non la thèse de l’intelligence collective. On dispose désormais d’études sur l’histoire de l’Internet, son fonctionnement, l’organisation des internautes, pour pouvoir discuter. Au départ la création d’Internet avait semblé correspondre en tout point au modèle de l’intelligence collective.

Ordinateurs

Le premier réseau d’ordinateurs de 1969 avait été impulsé par le ministère de la Défense américain, mais s’est vite développé chez les informaticiens et universitaires comme un système autonome, largement auto-organisé. L’essor de l’Internet s’est réalisé selon un modèle d’innovation technologique intéressant, mariant innovation sociale et technique. Mais l’esprit militant des premiers informaticiens, de ceux qui ont créé l’Internet, a été débordé par son développement. Chacune des communautés scientifiques – physiciens, mathématiciens, ingénieurs, informaticiens – a appliqué sur l’Internet les modes d’organisation qui étaient les siens, reflétant ses propres règles du jeu. L’esprit communautaire des pionniers a cédé la place à des formes d’organisation anarchique. On retrouve sur l’Internet nombre de formes de structurations sociales du savoir, des communautés spécialisées de chercheurs, des réseaux d’amateurs, des écoles de pensées, des forums de discussion anarchiques, des revues et journaux commerciaux, de l’enseignement en ligne…

Rapidité et distance

Par la rapidité de l’information et par la collaboration à distance, l’Internet a indiscutablement permis une réalisation plus rapide de découvertes scientifiques. Mais il n’a pas changé le mode de collaboration entre chercheurs en compétition. Il s’agit de la concurrence acharnée entre spécialistes d’un même domaine, du jeu subtil de coopération et de confrontation entre collègues, des secrets stratégiques qu’il faut conserver un temps pour ne pas dévoiler une découverte en cours d’élaboration, puis de la nécessité de la diffuser au plus tôt de peur « de se faire doubler ». On évoque aussi l’hyper-sophistication des modèles, qui limite à un cercle très restreint de spécialistes la communication scientifique. Des groupes humains peuvent-ils être collectivement plus intelligents, plus sages, plus imaginatifs que les personnes qui les composent ? Les modèles à notre disposition concernent l’intelligence en essaim via l’environnement et non directement d’agent à agent, comme c’est le cas pour les fourmis qui utilisent les phéromones pour un tempe limité jusqu’à l’épuisement de leurs sources de nourriture.

Homo Sapiens

Chez l’homme homo sapiens, il paraît que le nombre idéal des personnes efficace pour prendre une décision serait de l’ordre d’une dizaine. Pour éviter de le maintenir dans ces limites étroites, il s’est pourvu d’outils dits holoptiques qui permettent d’assurer la diffusion des informations et de les réactualiser. Comme le surface du sol qui sert de d’information aux fourmis, les supports utilisés par les hommes détiennent une information en permanente évolution à partir des interactions qu’elles initient entre les agents. Comme la fourmi façonne la cartographie phéromonale dans le but d’accéder à son objectif, la nourriture, le concepteur de logiciels libres réajuste le code source du programme pour optimiser ses fonctionnalités. De la même façon que la fourmi qui trouve de la nourriture pose une phéromone sur le sol l’homo sapiens se sert des ses connexions avec le forum pour élargir l’éventail de ses communications. Continuons l’analogie.

Holoptique et stigmergique : qu’est-ce que c’est ?

Plus la solution proposée par un agent sera efficace, plus elle provoquera de nouveaux posts de la part des agents. Plus la source de nourriture sera importante, plus elle entraînera la pose de nouvelles phéromones par les autres fourmis. Il y a donc bien là une communication stigmergique, réactualisée en temps réel et surtout inter-régulée. Un nouvel agent arrivant sur le forum n’aura qu’à regarder quelle solution est le plus souvent évoquée et pourra ainsi résoudre son problème, de la même façon que la fourmi sent où la concentration en phéromone est la plus importante pour s’orienter vers la nourriture. Holoptique se dit d’un système conçu pour que les membres de ce système soient tous en capacité de voir l’ensemble de ce qui s’y passe. Ainsi, la communication permise par une liste de discussion est de type holoptique.

Réponses

En biologie, la stigmergie est un mécanisme de coordination indirecte entre les agents. Le principe est que la trace laissée dans l’environnement par l’action initiale stimule une action suivante, par le même agent ou un agent différent. De cette façon, les actions successives ont tendance à se renforcer et ainsi conduisant à l’émergence spontanée d’une activité cohérente, systématique. La stigmergie a d’abord été observée dans la nature — les fourmis communiquent en déposant des phéromones derrière elles, pour que d’autres fourmis puissent suivre la piste jusqu’à la nourriture ou la colonie suivant les besoins. Des phénomènes similaires sont visibles parmi toutes les espèces comme les termites, qui utilisent des phéromones pour construire de grandes et complexes structures de terre à l’aide d’une simple règle décentralisée.

Des fourmis aux termites

Chaque termite ramasse un peu de boue autour de lui, y incorporant des phéromones, et la dépose par terre. Comme les termites sont attirés par l’odeur, ils déposent plus souvent leur paquet là où d’autres l’ont déjà déposé, ce qui forme des piliers, des arches, des tunnels et des chambres. L’eusocialité est un mode d’organisation sociale chez certains animaux qui fait qu’un même groupe d’individus vivant ensemble est divisé en castes d’individus fertiles et non fertiles. Les individus fertiles sont chargés de la reproduction tandis que les autres s’occupent de les nourrir et de les protéger, accordant ainsi aux petits plus nombreux une plus grande chance de survie. À long terme, le fait que tout individu du groupe travaille pour la colonie et non pour lui-même engendre un superorganisme comme l’est une fourmilière.

Des insectes et des hommes

Mais les insectes sociaux capables de résoudre des problèmes complexes collectivement sont incapables de « prendre conscience » de ces réalisations individuellement. Les termites construisent ainsi des structures tridimensionnelles, les termitières, alors que leur vision n’appréhende que deux dimensions. Est-ce que l’intelligence collective humaine est capable de faire émerger chez un groupe d’hommes de nouvelles capacités, permettant la résolution de nouveaux problèmes, ou bien augmente-t-elle seulement leur vitesse de résolution ? La première hypothèse est la plus valable, car « l’intelligence collective constitue le fondement de ce qu’on appelle les économies à somme positive ». Internet, qui rend possible un plus grand nombre d’interactions via l’environnement, devrait augmenter la perception qu’à l’homme de l’intérêt collectif, jusqu’à l’identifier à l’intérêt individuel lui-même.

Chats et forums

N’observons-nous pas aujourd’hui l’augmentation de l’utilisation d’Internet, des chats et des forums ou autres wikis, allant de pair, du moins temporairement, avec l’intensification de la prise de conscience de problèmes planétaires, comme le réchauffement climatique par exemple, ou le manque d’eau, de pétrole ? A condition de supposer que quelque chose émerge de la conjonction hypothétique de l’intérêt individuel et collectif cette dernière pourrait devenir une entité capable d’agir sur les interactions entre agents, une sorte de conscience collective qui permettrait de faire évoluer le lien social ni de manière qualitative ni quantitative mais d’une tout autre nature.

Liberté

Quitte à ce que l’humain prenne la liberté de lui donner la forme, le sens et les objectifs propres à la situer dans l’espace à occuper pour son propre intérêt sinon à l’intention de ses semblables c’est-à-dire la communauté à laquelle il se sent appartenir. Il est temps de se pencher sur les options à prendre pour répondre à ces questions au vu de la tendance croissante sinon universelle à déléguer de plus en plus de tâches intellectuelles asservissantes aux outils numériques. Observez le comportement de l’homo sapiens le matin dans les transports en commun. Ils parcourent les instruments de leur mémoire externalisée dans les moteurs de recherche offerts par les smartphones en attendant les réponses que ceux-ci sont supposés leur offrir en dehors de tout recours à leurs propres souvenirs.