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Mère Teresa et sa foi

mardi 28 août 2007, par Picospin

Elle n’avait pas la foi. La nouvelle est tombée hier brutalement comme s’il se fût agi d’une bombe explosant au milieu de la cité, renversant tout sur son passage et dont le souffle allait loin autour du cœur de l’évènement, porter à des milliers de kilomètres la surprenante information puisée dans des écrits autobiographiques venus du fond des âges. Il s’agit bien de mère Teresa, cette religieuse qui avait fait la une de tous les journaux au moment où elle oeuvrait, sous l’obédience et la direction spirituelle du bien aimé Pape polonais, pour le bien des pauvres, des malheureux de la terre et en particulier pour ceux qui avaient la malchance ou la chance de vivre dans un petit carré du sous continent indien, aux abords de la ville de Calcutta.

Actes et oubli de soi

Là, elle soignait les malades, les infirmes, les handicapés, les blessés de la vie avec une constance jamais en défaut, un acharnement qu’on n’osait plus appeler thérapeutique, une vigueur dont on se plaisait à chercher l’origine, tant elle paraissait d’essence surnaturelle. Un tel effort ne pouvait qu’être inspiré par Dieu lui-même ou tout au moins par son représentant sur terre, Jésus Christ, descendu du Ciel et envoyé sur terre pour le salut des hommes. C’est ainsi qu’avait été dessiné le portrait moral et physique de cette religieuse d’origine albanaise dont la vocation avait pris naissance dans un pays oublié des dieux, dont on ne savait même plus l’emplacement exact sur la carte de la si petite Europe. Bien plus, alors que les états de ce continent se partageaient également des régimes monarchiques, républicains, laïcs ou chrétiens, celui-ci s’exprimait par une particularité frappante. Il était bien encore un des derniers à avoir gardé un régime communiste à l’instar de celui, encore plus obsolète, de la Roumanie, mais il se caractérisait par la conservation d’une idéologie maoïste, considérée comme depuis longtemps surannée.

De l’Albanie à la Chine

Elle se voulait être la réplique en minuscule de l’immense empire chinois touché par la grâce du marxisme et qui avait adapté à sa culture les préceptes de la philosophie sociale, économique et politique de ses fondateurs, Lénine et Staline. Non contents d’asseoir leur légitimité révolutionnaire sur les corps assassinés de la famille du Tsar, ils avaient imposé au monde admiratif un régime politico économique qui avait envoyé dans les lointaines contrées du saint empire russe de millions de déportés dont fort heureusement, un certains nombre revinrent pour témoigner. Ces évènements s’opposaient à ceux recensés du côté du nazisme dont la redoutable efficacité meurtrière avait envoyé dans les camps de la mort six millions de Juifs plus des indésirables dont il fallait nettoyer jusqu’au souvenir comme les Tsiganes, les handicapés, les fous pour ne laisser survivre que les bien portants à la chevelure blonde et aux yeux bleus.

Du communisme au Nazisme

Une telle contradiction avec les dirigeants qui s’étaient chargés de cette tâche, petits bruns gras, montés sur des pieds bots friserait le ridicule et inciterait au rire s’il ne s’était agi, dans un délire pathologique, de l’exécution du plus grand crime de l’histoire. C’est dans ce cadre géopolitique que Mère Teresa a exprimé sa vocation d’aide aux autres. « Où est ma foi ? » se demande-t-elle. « Tout au fond de moi où il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité…que cette souffrance inconnue est douloureuse, je n’ai pas la foi…Si un jour, je deviens une sainte, je serai sûrement celle des ténèbres, je serai continuellement absente du paradis ». Ces lignes ne laissent pas indifférents ceux qui ont suivi son trajet spirituel et « opératif ». Surtout, elles mettent l’accent sur les diverses conceptions de la foi depuis celle de la croyance inébranlable, de la certitude absolue, des voix venues d’en haut, de l’inspiration par une spiritualité empreinte des dogmes, de l’histoire, des récits, des témoignages.

Quelle interrogation ?

Ici, on a affaire à une interrogation, une quête, une discussion dramatique qui se joue avec l’autre soi-même et dont l’issue reste incertaine. Devant un tel débat, une controverse aussi aigue, la remise en cause d’une existence, du sens de la vie, quelles peuvent être les solutions ? Plonger dans les profondeurs d’un enseignement théologique, sonder les motivations des « aides de dieu », les grands saints, les apôtres, les prophètes ou se vouer corps et âme à l’action. C’est dans une certaine mesure l’autre aspect de l’homme, celui que Hannah Arendt a désigné sous le nom « d’homo faber », celui qui agit et dont l’action a une vertu d’entraînement telle qu’elle projette l’agent vers l’avant sans possibilité de reculade. Quitte ensuite à parcourir dans l’autre direction le sens de sa vie, de ses réalisations. La foi serait la croyance en des principes ou des vérités religieuses, en particulier lorsque leur révélation est d’ordre surnaturel.

Révélation ?

Elle serait une sorte d’acceptation de la Révélation de Dieu considéré comme un évènement qui s’inscrit dans la réalité du monde et de l’histoire. Cette conception s’applique de façon plus étroite à l’histoire juive qui est traversée par l’inspiration des penseurs, des prophètes, voire des historiens sinon des Rois. Dans cette dimension, il s’agit plus d’histoire, d’évènements, de chronologie que d’une intemporalité qui naît du flou, de l’imprécision des témoignages, des origines, d’une transmission orale qui s’appuie plus sur la légende que sur le document. Ici, on s’éloigne d’une définition de la foi qui implique l’acte par lequel l’homme, interpellé par les paroles et les interventions divines, telles qu’elles sont rapportées par la Bible, décide de sa propre existence. Dans cette perspective, la foi peut être considérée comme un acte libre dont la raison est loin d’être absente.

Compagnies aériennes : le char des dieux ?

Le mot est lancé, il voyage de Rome à Lourdes, à bord des premiers avions de la compagnie aérienne du Vatican qui propose aux nouveaux voyageurs du monde moderne de raffermir leur foi par les visites itératives aux lieux susceptibles de raviver la réalité et le signifiant des symboles et des métaphores. Mais ceci est une autre histoire qui a plus de lien avec l’agir qu’avec le penser.

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