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Economies pour la santé ?

Mesures draconiennes dans l’Assurance Maladie ?

ou Economie de la Santé

lundi 7 septembre 2009, par Picospin

Cette proposition est présentée au moment où les Etats-Unis cherchent à offrir à leurs citoyens une couverture généralisée de la prise en charge médicale. Cette situation tient un peu du paradoxe même si d’une part, la mise en œuvre du programme américain ne sera pas opérationnelle avant un certain temps et que d’autre part l’entourage du gouvernement ne montre guère d’enthousiasme pour le projet et qu’au contraire de nombreuses voix s’élèvent contre son application.

Les antalgiques servent-ils à quelque chose ?

La deuxième proposition du gouvernement concerne la délivrance des antalgiques en général et des médicaments anti-douleurs en particulier qui ne seraient plus remboursés qu’à un taux extrêmement bas. On croyait révolue l’époque où la morale traditionnelle exigeait que la souffrance des êtres humains devait être prise davantage en considération que par le passé et qu’il n’y avait dans le fait de supporter et de lutter contre la douleur aucune plus value d’ordre moral ou éthique. On assiste à un retour en arrière des bases sur lesquelles étaient fondées des valeurs qu’on croyait éteintes depuis de longues années, en particulier celles qui avaient été montées au pinacle au cours d’un 20è siècle particulièrement sanglant, sauvage, criminel qui n’avait cessé d’aligner les fausses audaces, les bravoures incertaines et les idéologies imaginaires qui ont transformé les corps humains en carcasse, leur sang en eau de ruissellement propre à arroser les cadavres et leur âme en objet préfabriqué prêt à servir de mobilier aux mausolées.

De la souffrance au sacrifice ? Quelle vérité ?

L’homme étant né pour la souffrance et le sacrifice, il paraissait naturel et normal de ne pas perturber cette évolution par l’administration de médicaments qui pourraient éventuellement lui rendre un visage humain, une capacité à vivre sans le poids de la douleur et à lui rendre la clairvoyance, l’objectivité et la netteté du jugement. Cette opinion parait d’ailleurs largement partagée si l’on en croit la rapidité des réactions négatives à ces propositions, la retenue dans leur annonce et le relatif silence sur leur promulgation. On se plait dans les milieux proches de la santé publique d’annoncer qu’en guise de compensation, la durée du séjour hospitalier serait raccourcie comme si on avait mis en place un mécanisme permettant d’accélérer la sortie de l’hôpital, de raccourcir les délais d’attente des examens et de hâter le retour au domicile des patients par des procédures restées jusqu’ici secrètes.

Une pilule à avaler non remboursable

Tout le monde se rend bien compte que cette « pilule » ne sera pas remboursée même si elle est difficile à avaler, puisqu’on aoute en guise de conclusion à l’article que « en cas de blocage dans les négociations, la hausse pourrait être étalée dans le temps ou modérée ». L’Assurance-maladie vient de formuler ses pistes d’économies pour l’année prochaine. Les partenaires sociaux donneront leur avis jeudi sur cette liste, dans laquelle le gouvernement sera ensuite libre de « piocher ». Les idées lancées par l’équipe de la Caisse nationale d’assurance-maladie doivent permettre d’économiser près de 2 milliards par an, soit la différence entre la progression « naturelle » des dépenses et la hausse visée par le ministre des Comptes publics, à savoir 3 %. Une première série de suggestions concerne les professionnels de santé. On espère ainsi trouver un accord avec les kinésithérapeutes, pour mieux les répartir sur le territoire pour éviter une « course à l’acte » dans les régions où, très nombreux, ils « manquent » de patients. Pour les médecins libéraux, avec lesquels l’Assurance-maladie doit négocier une nouvelle convention, il est prévu de renforcer un système de rémunération à trois niveaux, tel qu’il s’esquisse depuis quelque temps : forfait (pour le suivi des maladies chroniques par exemple), paiement à l’acte « classique » et rémunération sur objectifs (prévention, maîtrise des prescriptions…) comme 5 000 généralistes ont déjà accepté de le faire individuellement (nos éditions de samedi).

Et les médecins riches ?

La Caisse envisage aussi de ne plus prendre à sa charge les cotisations maladie des médecins libéraux au-delà de 100 000 euros de revenus. Cette mesure supprimerait une incitation à s’installer en secteur 1 (tarif « Sécu »), seul bénéficiaire du dispositif. La Cnam préconise « certains ajustements tarifaires pour des prestations effectivement comparables » entre public et privé. Cette position qui semble proche de celle des cliniques consisterait à signer des contrats avec les établissements afin que ceux-ci s’engagent à limiter leur recours au transport par ambulance. Elle propose la création de « centres autonomes » de chirurgie ambulatoire, spécialisés dans les interventions légères (sur la cataracte par exemple), moins coûteux que des hôpitaux complets avec toute leur infrastructure (salles de réveil…).ou développer les services de retour à domicile (kiné, aide ménagère…) pour réduire les hospitalisations en moyen séjour.

Arrêts de travail : une autre gestion

L’Assurance-maladie imagine aussi de « détacher » la gestion des arrêts de travail du reste de son activité et d’en confier l’équilibre financier directement aux syndicats et au patronat. Ce système serait proche de celui qui existe pour les accidents du travail et qui vise à favoriser la prévention en faisant planer la menace d’une hausse de cotisation sur les entreprises ou les branches les moins vertueuses. Enfin, la Cnam espère aussi mettre à contribution l’industrie pharmaceutique. Elle voudrait notamment instaurer une sorte de système d’enchères inversées entre labos pour faire baisser le prix des génériques, là où ils sont plus élevés qu’à l’étranger.