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Pourquoi changer ? Pour faire des réformes ?

Métamorphoses : Ovide, Kafka ou Sarkozy ?

Quels bouleversements et quels nouveaux visages ?

lundi 17 mars 2008, par Picospin

Le renouveau du pythagorisme donne une certaine actualité à la doctrine du transformisme. Ovide met en scène des centaines de fables depuis le Chaos originel jusqu’à l’apothéose de Jules César, de façon développée ou allusive. Ainsi recherche-t-il le pittoresque qui le pousse parfois à un réalisme brutal comme dans ce portrait de la Faim. « Elle cherchait la Faim : elle la vit dans un champ pierreux, d’où elle s’efforçait d’arracher, des ongles et des dents, de rares brins d’herbe. Ses cheveux étaient hirsutes, ses yeux caves, sa face livide, ses lèvres grises et gâtées, ses dents rugueuses de tartre.

Ulysse et Ajax

Sa peau sèche aurait laissé voir ses entrailles ; des os décharnés perçaient sous la courbe des reins. Du ventre, rien que la place ; les genoux faisaient une saillie ronde énorme, et les talons s’allongeaient, difformes, sans mesure... » La psychologie variée des personnages s’accompagne des ressources de la rhétorique voire de la déclamation lors de la dispute d’Ajax et d’Ulysse autour des armes d’Achille. Les combats ont l’allure épique des grandes épopées. Ovide, bien qu’il ait été en contact avec le pythagorisme qui ne cesse à cette époque de faire des progrès dans la haute société romaine, ne le fait intervenir dans son dernier chant avec magnificence. Les Métamorphoses ne sont pas totalement terminées quand Ovide est exilé à Tomes, l’actuelle Constanţa en Roumanie, au bord de la Mer Noire, endroit d’un exil infernal, qu’il termine autour de l’an 9.

Kafka

L’autre Métamorphose est une nouvelle écrite par Kafka en 1912, alors que l’auteur, un simple fonctionnaire de Prague, était âgé de 29 ans. Ce récit, qui est le plus connu de Kafka, est également le plus énigmatique. Sur une centaine de pages, l’auteur raconte la nouvelle vie de Grégoire Samsa, représentant de commerce qui s’est éveillé un beau matin "transformé en une véritable vermine". C’est à dire qui se révèle être puis devenir un insecte humain. Seule source de revenus de sa famille il devra faire face aux difficultés que crée sa nouvelle situation, dont l’impossibilité de toute vie sociale et familiale. La famille de Grégoire qui supporte difficilement cette situation, le laisse seul, confiné dans sa chambre. C’est sa soeur qui vient le nourrir, toujours quand lui est caché sous son lit afin de ne pas être vu. La soeur agit par curiosité autant que par pitié. Les parents sont dégoûtés de leur (ex)fils auquel ils n’accordent ni pitié ni compassion.

Pitié et compassion

Grégoire qui n’en demande pas se contente de vivoter sa vie d’insecte dans sa chambre. Il est rongé par sa nouvelle situation, éprouve de la culpabilité de ne plus pouvoir aller travailler, de ne plus pouvoir assurer la vie de sa famille et de devenir un fardeau pour eux. Il est gêné par les taches qu’il impose à sa soeur et c’est pour cela qu’il se cache lorsque celle-ci vient le nourrir. Sans être tout à fait exclu, il suit les conversations, via l’entrebâillement de la porte de sa chambre, tente quelques sorties mais sera repoussé à coup de balais, à coup de pied jusque dans son antre avec des blessures physiques et psychologiques. C’est avant tout l’histoire d’un homme progressivement délaissé, coupé de tout avenir professionnel, de toute vie sociale et familiale. Toute nouvelle tentative de réinsertion est écrasée. Il en est réduit à susciter le dégoût, la colère, la peur. Il va progressivement perdre tout espoir et se laisser aller au désespoir ce qui entraînera l’abandon de sa soeur à la suite d’une ultime tentative manquée de réaffirmer son humanité. Incapable de communiquer, Grégoire doit subir tout ce qu’on lui soumet. Même lorsque cela part d’un bon sentiment, comme le fait de retirer tous ses meubles pour pouvoir le laisser ramper comme bon lui semble sur les murs et le plafond. Devenu un boulet avec toute la famille à dos, et sans que celle-ci ne daigne l’abandonner (ce qui fait qu’il reste coincé dans sa situation de boulet), Grégoire va perdre peu à peu toute envie de vivre et se laisse mourir, tandis que sa famille l’abandonne, incapable de le comprendre, et ne désirant de toute façon pas le faire, puisque les insectes ne peuvent être que des êtres répugnants.

Insectes répugnants

Un beau matin, la bonne, la seule qui osait voir Grégoire et qui ne le considérait que comme une saloperie amusante, le retrouvera mort. "Venez donc voir, il est crevé, il est là, il est couché par terre ; il est crevé comme un rat." Un épitaphe sans pitié, termine ainsi la pathétique vie de Grégoire Samsa. Mais le pire est que sa mort sera vécue comme une libération divine par la famille qui va revivre. Grégoire, qui dans sa période humaine aura trimé pour faire vivre les siens aura été abandonné, méprisé puis finalement oublié de tous. On retrouve là une constante dans la thématique de Kafka : l’absence de signification de la vie. Pas de questions métaphysiques dans La Métamorphose. On ne voit que ce qui est. Personne ne s’interroge sur la cause scientifique de la métamorphose. Elle est, comme une fatalité qui peut vous tomber dessus à tout moment. On ne peut rien y changer et il est inutile d’en connaître la raison. La vie, aussi absurde qu’elle puisse paraître, se doit d’être vécue comme elle est à moins qu’il ne reste que la mort. C’est pourquoi l’élément fantastique inhérent à l’histoire de départ de la Métamorphose est vite évacué dans un réalisme de l’absurde, autrement dit ce que l’on désigne fréquemment sousl’adjectif "kafkaïen". Les personnages ne s’étonnent pas de l’état de Grégoire. Il les dégoûte mais l’acceptent. L’intrusion de l’élément surnaturel dans le quotidien est vécue comme quelque chose de naturel. De là naît un certain décalage, non dépourvu d’humour mais très noir.

Allégorie

Sous ses apparences fantastiques, cette nouvelle n’est donc en fait qu’une allégorie du handicap de l a solitude, de la routine, de la culpabilité, de la famille disloquée de l’insociabilité... On espère que cette histoire n’est pas celle de M. Sarkozy qui s’est imposé ou auquel ses troupes ont imposé une métamorphose pour que le peuple qui s’apprêtait à voter le voie différemment de ce qu’il était précédemment. Pour échapper à la mêmeté, à l’ipséité mais pour retrouver une identité conforme à l’idée que les gens s’en faisaient. Il n’aura plus de grande montre au poignet, se proposera de grimper sa Roche de Solutré, un plateau des Glières d’un nouveau genre, n’ira plus dîner au Fouquet’s, retirera ses Ray Ban et élaguera ses discours. Un vœu pieux, une transformation à réussir ou des habitudes à laisser parler et s’exhiber ?

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