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Lendemains de massacres

Meurtres et suicides en série chez les jeunes

Fustiger ou soigner ?

jeudi 12 mars 2009, par Picospin

Est-ce que les agissements de ce personnage que ses collègues vouent maintenant aux gémonies parce qu’il a osé s’attaquer à leur portefeuille, qu’il avait jugé, non sans discernement, parmi les plus remplis, a un lien quelconque avec les massacres et actions de terreur perpétrés en France, en Allemagne et aux Etats-Unis est une question que nous laisserons au jugement de l’histoire - et en attendant - à celui des sociologues, des philosophes, des psychiatres, psychanalystes et autres spécialistes de la psyché.

Adolescence ?

Les réactions à ces troubles engendrés par les éléments les plus jeunes de la population ne se sont pas fait attendre même si leur expression a pris – et de loin – des formes très différentes les unes des autres, depuis l’anathème jeté comme un pavé dans la mare, la diatribe, la malédiction jusqu’aux foudres lancées contre les assaillants, les meurtriers, la stigmatisation de ceux qui ont porté atteinte à l’espace sacré dessiné et délimité par la République qui s’appelle l’école et qui en effet avait été relativement épargné jusqu’ici par les marginaux de tous bords, les mal insérés et délaissés de la société. Réagissant vite et brusquement, Nicolas Sarkozy a demandé mercredi à la Ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, « de lui présenter un plan d’action » pour renforcer la lutte contre les bandes violentes. Cette requête fait suite à un entretien qu’il a eu avec des élèves et enseignants de Gagny où vient d’avoir lieu une expédition punitive. Le chef de l’Etat a assuré que tout serait mis en œuvre pour qu’un tel événement ne se reproduise pas car l’école doit rester un sanctuaire, préservé, plus qu’aucun autre lieu, des violences de toute nature, affirme l’Élysée. Sarkozy a demandé aux ministres de l’Intérieur et de l’Education Nationale, de lancer, en concertation avec les collectivités locales concernées, une réflexion destinée à renforcer par des mesures opérationnelles, la sécurisation des établissements scolaires. Selon le communiqué de la présidence, M. Sarkozy aurait salué le comportement exemplaire de l’ensemble de la communauté éducative du lycée, ainsi que la rapidité d’intervention de la police qui a permis l’arrestation de 13 individus. Michèle Alliot-Marie a affirmé à la presse que les trafics de drogue sont « probablement à l’origine de l’agressivité qui existe aujourd’hui entre un certain nombre de bandes ».

Menaces

Et de menacer : « Qu’ils ne se fassent aucune illusion. Nous continuerons à agir contre les trafics dans ces lieux », avec « des sanctions exemplaires contre les membres de ces bandes qui ont osé pénétrer dans un établissement scolaire », a-t-elle ajouté, en précisant toutefois que c’est « l’enquête qui dira » si ce qui s’est passé à Gagny est lié à la drogue. Selon la Proviseure du Lycée, le fait d’avoir été reçue avec des enseignants et plusieurs élèves par le président Sarkozy est une marque de soutien et de reconnaissance importante. Mardi matin, une vingtaine de personnes encagoulées, armées de barres de fer, bâtons et couteaux avaient pénétré dans le lycée professionnel Jean-Baptiste-Clément à Gagny où elles ont blessé douze élèves et membres du personnel éducatif, faits à la suite desquels treize jeunes de 14 à 20 ans étaient en garde à vue au commissariat de la ville, dont trois pouvaient être directement impliqués dans cette expédition punitive. Selon le commissariat de Gagny, les jeunes gens interpellés ne sont « pas directement mis en cause dans l’agression mais les mêmes types d’armes que celles qui avaient été utilisées » lors de l’attaque du lycée ont été saisies. Le préfet et le recteur s’apprêtent à visiter les classes du lycée Jean-Baptiste Clément, - qui compte 500 élèves - pour expliquer que ce type d’agissement est « intolérable », a indiqué le rectorat. Une vingtaine de personnes cagoulées et armées de barres de fer, bâtons et couteaux avaient pénétré mardi matin dans le lycée Jean-Baptiste Clément, à la recherche d’un élève qu’ils ont blessé en même temps que onze autres personnes.

Des mots ?

« Il est insupportable que des violences de quartiers, des règlements de comptes entre bandes s’exercent dans des établissements scolaires », a déclaré sur place le Ministre de l’Education nationale en qualifiant de « grave » l’intrusion. « Ce n’est pas une violence de l’école mais une violence qui vient à l’école », fait qui est profondément choquant, un sacrilège a ajouté le ministre alors que sa collègue de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a fait part dans un communiqué de sa « profonde indignation ». Selon l’inspecteur d’académie qui s’est aussi rendu sur place, « c’est un affrontement entre cités qui aurait pu aussi bien se passer au stade ou dans le centre commercial », mais qui s’est déroulé « dans un lycée qui est le contraire de la caricature d’un établissement de cité ». Selon le rectorat, c’est au moment des entrées et sorties d’élèves à l’interclasse de 10h30 que les assaillants, se sont dirigés « directement vers la salle de permanence à la recherche d’un élève ». Ils ont réussi à le toucher à la lèvre d’un coup de couteau, blessant et bousculant d’autres personnes, dont une enseignante qui a été griffée superficiellement au thorax. Parmi les douze blessés légers, quatre ont été hospitalisés quelques heures à l’issue desquelles ils ont pu regagner leur domicile. L’intrusion du groupe a donné lieu à « une rixe » et « des affrontements » dans la salle entre les agresseurs et certains élèves présents. Du mobilier a été jeté au sol et une vitre brisée par les intrus.

Rivalités

D’après le rectorat, une « rivalité d’origine sentimentale » liée à un ancien antagonisme entre bandes originaires de deux cités de la ville, serait à l’origine de l’intrusion. Situé dans une zone pavillonnaire, à proximité d’un autre lycée, le lycée Jean-Baptiste Clément est « un bon lycée, bien géré » et « d’habitude bien sécurisé », selon Xavier Darcos. Dès la fin de matinée, un renfort de sécurité a été mis en place aux abords de l’établissement. Le profil des tueurs ne présenterait pas de caractéristiques caricaturales. Il s’agirait, la plupart du temps, comme ce fut le cas en Allemagne et, sans doute aux Etats-Unis, dans l’Alabama, d’adolescents en construction, se renvoyant sans cesse une image narcissique d’eux-mêmes, sinon une haine de soi exacerbée par le geste démentiel qu’ils viennent d’accomplir. Ce fut en particulier le cas près de Stuttgart où le jeune meurtrier en masse serait un garçon plutôt calme, dépourvu d’un « moi » ni gigantesque ni hypertrophié qui a eu la « malchance » de vivre dans la maison de son père, collectionneur et utilisateur d’armes dont la familiarité excite sans doute le désir sans abolir le respect, l’indulgence, la tolérance, ni même l’idolâtrie qu’on peut éprouver envers un objet étranger et d’autant plus étrange qu’il empiète sur le domaine du premier. Cet adolescent, habillé de noir comme pour une cérémonie funèbre, la sienne et celle de ses victimes, vit les évènements sans distance, ou avec un « je sais bien mais quand même » qui maintient intacte sa blessure.

Prétextes et justifications

Le prétexte est souvent significatif d’une matrice de souffrance déjà là : un manque de reconnaissance, une absence de confiance en soi, des parents absents indisponibles, mal aimants. Les événements identifiés au décours de l’acte visent à lui donner raison, à le « justifier » à lui conférer une raison et à l’inscrire dans une logique de comportement plutôt que de le laisser dans l’innommé et à la merci d’une responsabilité familiale. Ces justifications a posteriori appartiennent à un effet de rationalisation propre à rassurer l’entourage et à donner à la mort du suicidé une allure accidentelle. Comme si l’adolescent avait été tué du dehors par une infortune ou un dessein dirigé contre lui, il s’agit de conjurer l’horreur et de dissiper la culpabilité des proches. Pour les jeunes, la mort prend la figure d’un sommeil dont on s’éveille un jour, un temps de suspension, voire de purification, de catharsis qui dépouille des scories qui infectent et polluent l’existence. Ces fantasmes n’empêchent pas le recours à d’autres perspectives offertes par la mort, celle qui se présente sous une forme plus définitive, celle d’une volonté ferme de mourir parce que l’existence n’est pas digne d’être vécue. "On ne se tue pas à cause d’une séparation, d’un deuil, de sa solitude", écrit David Le Breton, mais parce que l’existence ne paraît plus possible après ces évènements et que la solitude est vécue comme une tragédie, un abandon sans issue. La mort recherchée dans ces circonstances quête le passage vers un ailleurs temporel et spatial. Les tentatives de suicide sont plus celles de vivre, davantage de rechercher une renaissance pour s’affranchir de représentations effroyables induites par le suicidant lui-même qu’une quête de destruction, non de la vie elle-même mais de la souffrance et du fait de ne pouvoir se supporter soi-même. Elles entendent effacer une situation présente insupportable plus que de réfuter l’existence en tant que telle.