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Un nouveau programme socialiste ?

Miracle : enfin un projet socialiste unanime, porteur sinon original

Comment sera-t-il appliqué ?

samedi 17 avril 2010, par Picospin

On disait que le parti socialiste n’avait ni projet, ni programme, ni cohérence. On l’accusait aussi de céder à l’individualisme plutôt qu’au rassemblement des forces et des talents nombreux et de haute qualité en son sein. Après de longs et de dangereux tourments, la paix semble s’être installée dans son clan après avoir mis une option sur un thème enfoui dans les profondeurs de la médecine, du soin et de l’intérêt pour l’autre.

Soigner ou guérir ?

En anglais, on appelle cette convergence d’intérêts le « care », dérivé d’une conception de la société qu’on pourrait traduire par comprendre le "souci des autres" ou "sollicitude", qui s’oppose à l’individualisme. Dans une extension acrobatique en passant par le pont étroit de l’anglais en français, elle s’aventure sur le terrain d’une idée de plus en plus répandue et acceptée par la population française. C’est celle de la qualité de vie qu’on peut résumer par l’expression du « mieux vivre ». Certes, la vie ne se résume pas aux traitements et soins que l’on doit aux malades, aux faibles et aux vulnérables mais dans ce registre à l’attention qu’il est du devoir de chacun de porter à son voisin dans le sens géographique, économique, sociétal et surtout humain. Du symbolique au pratique, il n’y a qu’un pas que la responsable du parti franchit d’autant plus allègrement qu’elle s’y sent poussée par les restrictions que le pouvoir actuel se croit obligé d’imposer au peuple en raison des difficultés économiques auxquelles il doit faire face. Certes, il n’y a pas que la maladie, la souffrance, la vieillesse dans la vie mais dans une population vieillissante, l’intérêt, l’angoisse de ces situations inéluctables à venir joue un rôle de plus en plus préoccupant dans les pensées de l’opinion.

Chaines de soins

"N’oublions jamais qu’aucune allocation ne remplace les chaînes de soins, les solidarités familiales et amicales, l’attention du voisinage, l’engagement de la société" ajoute Martine Aubry, avec ce slogan : "soyons à la hauteur du futur". Quelques jours plus tôt, dans une interview accordée à Mediapart vendredi 2 avril, la première secrétaire du Parti socialiste exprimait l’idée, déjà, d’une "société du bien-être" qui, selon elle, passe "aussi par une évolution des rapports des individus entre eux". Là est la vision progressiste que Martine Aubry propose aujourd’hui à ses partenaires de la gauche. "Il faut passer d’une société individualiste à une société du ’care’ : la société prend soin de vous, mais vous devez aussi prendre soin des autres et de la société". Cette réciprocité est rarement exprimée de manière aussi directe et péremptoire qu’elle l’est dans la bouche de la Première Secrétaire du parti. Là où la pêche au verbe a été la plus miraculeuse se situe au niveau des assemblages tels que société du bien être, « souci des autres » comme il apparaît dans un ouvrage édité en 2005 par les « Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales » où votre serviteur a choisi de soutenir sa thèse de Doctorat en Sciences Sociales consacrée à l’influence de la spiritualité dans les soins donnés aux malades en fin de vie.

Souci des autres

Le concept, le "care", que l’on traduira en français par "souci des autres" ou "attention", plus que par "soin mutuel" ou "sollicitude", est emprunté au vocabulaire anglo-saxon et à la pensée moderne de la professeure de sciences politiques de l’université de New York Joan Tronto. Cette intellectuelle féministe a, dans un ouvrage intitulé "Moral Boundaries : A Political Argument for an Ethic of Care" (traduit en 2009 sous le titre "Un monde vulnérable, pour une politique du care"), développé une théorie politique proche du concept de "justice", au sens d’"étique", intégrant à la vie de la cité les valeurs féminines de prévenance, de compassion, d’attention aux besoins des autres, rarement pris en compte par les idéologies masculines et traditionnellement exclues de toute considération politique. Dans sa version française, le livre a été placé sous la direction de Patricia Paperman et Sandra Laugier qui le présentent de la manière suivante : « les perspectives féministes connaissant depuis une vingtaine d’années un développement considérable dans la champs académique anglo-saxon. L’idée de « care », mot habituellement traduit par soin, attention, sollicitude, n’a pas trouvé un accueil évident dans la public français. Les publications américaines sur l’éthique du care et ses rapports avec l’éthique de la justice ayant été comparées, non sans sarcasmes, à une véritable industrie, l’indifférence des milieux académiques et des féminismes français envers un mouvement intellectuellement aussi important est étrange. …

Quelle anthropologie ?

Les questions triviales posées par le care font appel à une anthropologie différente comprenant dans un même mouvement la vulnérabilité, la sensibilité, la dépendance. Elles mettent en cause l’universalité, de la conception libérale de la justice, installée en position dominante dans le champ de la réflexion politique et morale et transforment la nature même du questionnement moral. The « Ethic of Care" (traduit en 2009 sous le titre "Un monde vulnérable, pour une politique du care"), a développé une théorie politique proche du concept de "justice", au sens d’"étique", intégrant à la vie de la cité les valeurs féminines de prévenance, de compassion, d’attention aux besoins des autres, rarement pris en compte par les idéologies masculines et traditionnellement exclues de toute considération politique. Le but est alors de "repenser la coopération démocratique d’êtres qui sont tous fondamentalement vulnérables, comme l’est aussi leur monde". Cette conception s’oppose au modèle éthique dominant "masculin", qui privilégie des qualités différentes (courage, individualisme, rationalisme...), en privilégiant les liens humains.

Moralité des femmes et de hommes...

Mais pour autant il se détache de la "moralité des femmes ». Depuis le début des années 2000, Martine Aubry s’est souciée du concept de ’care’, à ses yeux "porteur de valeurs positives et créateurs de liens". Depuis, le projet social anglo-saxon est passé par le laboratoire des idées du Parti socialiste. Les déclarations de la première secrétaire du PS, quelques semaine après la défaite de la droite aux élections régionales, due plus à un rejet de la politique du gouvernement qu’à un vote d’adhésion à l’opposition n’arrivent pas par hasard. A moins de deux ans de l’élection présidentielle de 2012, Martine Aubry sait qu’elle doit désormais proposer un projet capable de fédérer derrière elle toute la gauche et convaincre son électorat. D’où ce nécessaire rappel aux valeurs socialistes et enfin la production d’un projet, sinon d’un programme socialiste tans attendu et si souvent nié par ses opposants.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la notion du "care" passe par la connaissance et la perception fine de l’autre pour être efficace en toutes circonstances ?

2.Est-ce que rien de la vie de l’autre ne doit s’échapper et se perdre au regard de celui qui se charge du "care" ?

3. Est-ce que notre engagement envers quelqu’un signifie que nous sommes attentifs à ses besoins, que nous trouvons notre inspiration dans ses valeurs et ses objectifs, parce qu’ils sont les siens ?

4. Comment répondre aux questions sur l’intégration du "care" à une approche sociale, éthique et politique qui soit une aspiration pour tous et permette ainsi de satisfaire l’aspiration à la justice ?

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