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Evitement des conflits

Modalités de la vie communautaire

L’exemple de l’Internet

mercredi 18 février 2009, par Picospin

Les premières communautés virtuelles ont pris forme dès les départs d’Internet. Ce qui est palpable c’est l’augmentation considérable de leur impact et de la population connectée.

Réel et virtuel

Les deux éléments les plus frappants sont les intérêts de la vie virtuelle : ce sont les mêmes que ceux de la vie réelle, mais en revanche, les internautes différencient toujours "vie réelle" de la "vie virtuelle". Ainsi, sur les forums et autres lieux d’échanges, on trouve des habitués, des gens d’une même sensibilité, des centres d’intérêt communs. On y discute au travers d’écrans séparés par des kilomètres, comme on discute dans la vie réelle autour d’un verre. La modèle d’Internet n’a servi qu’à modéliser ce qui se passe dans la vie et les relations sociétales, familiales, affectives. On est ainsi étonné d’apprendre que de plus en plus, les individus et les groupes ont tendance à vouloir vivre exclusivement avec les personnes avec lesquelles ils s’entendent le mieux, c’est à dire avec ceux qui partagent leurs opinions, leurs enthousiasmes, leurs opinions au détriment de ceux qui affichent envers ces objets ou ces sujets des sentiments et des tendances fondamentalement opposées. Il est naturellement permis de s’interroger sur ce comportement qui pour certains peut paraître logique ou paradoxal en fonction de ses propres avis, convictions, perceptions ou jugements. Est-ce à dire que pour éviter toute argumentation risquant de conduire vers un conflit, on préfère rester du même avis, de partager les mêmes ou une seule conception, idéologie, un principe unique, sinon une seule pensée que des politologues et des sociologues ont appelé la pensée unique. En ce cas, l’affectivité jouerait un rôle plus important qu’on ne le pense généralement. Les protagonistes de ces modes de vie ou de relations intersubjectives préfèrent sans doute parler et réfléchir d’une seule voix que de se heurter à la doctrine ou à la pensée de l’autre, situation qui risque à tout moment de devenir conflictuelle et qui porte en elle les germes d’une attitude hostile, voire explosive.

Vie pacifiée

Les tendances actuelles de la société, en particulier de celle qui englobe les couches les plus jeunes tendent à confirmer l’idée d’une volonté élaborée de vie pacifique, dépourvue des batailles à fort contenu idéologique du passé, comme celles qui ont parsemé les rapports individuels, politiques, émotionnels, philosophiques du 20è siècle et aux désastres auxquels cette manière de vivre en commun a conduits. Le modus révolutionnaire de cette époque sanglante a-t-il joué le rôle d’une cause ou de ses conséquences dans les situations éternellement conflictuelles auxquelles nous avons assisté tantôt passivement, tantôt de façon passionnelle ? Ces implications fortement teintées de déchaînements, d’embrasements, de frénésie ou de violence ont sans doute conduit à des répercussions fougueuses, véhémentes, tumultueuses sinon fortement agressives dont le résultat le moins percutant ne fut pas la succession des conflits prolongés et sanglants auxquels le monde a assisté durant cette succession de tempêtes déclenchées de toutes parts. Est-ce que la nouvelle forme des rapports humains constatés actuellement, et qui pour le moins paraît apaisée par rapport à ce qu’ils furent il y a plus de 60 ans, aurait donné lieu à la ferme volonté de ne pas blesser, d’éviter toute attaque, de calmer plutôt que d’exciter, de soutenir plutôt que d’attiser, de tranquilliser plutôt que d’aiguillonner ou d’éperonner. Dans un désir général de mener une vie pacifique, sans disputes, sans colère et sans escarmouches, il paraît que les jeunes candidats à la recherche de l’âme soeur ou plus simplement du compagnon ou de la compagne, voire du fiancé ou de l’époux préfèrent fonder un foyer dans la sérénité imaginaire d’une entente intellectuelle, physique et morale plutôt que de se trouver confronté au risque permanent et toujours imprévisible des conflits d’opinions, d’idées, de jugements, de doctrines sinon de thèses.

Sérénité imaginaire

Ces comportements pourraient avoir quelque chose en commun avec une certaine paresse intellectuelle qui renonce à mobiliser ses arguments, à défendre ses positions, à provoquer des heurts, des altercations, des malentendus qui, itératifs, sont toujours susceptibles de conduire à la mésentente sinon à la rupture. C’est peut-être en vertu des indications données par Claude Lévy-Strauss que les modalités d’union d’un couple ont pris plusieurs formes depuis les règles qui organisent l’alliance dans la société traditionnelle jusqu’à leurs variantes selon les objectifs que chaque société souhaite atteindre :
- pour favoriser les échanges sociaux entre groupes, on peut obliger un individu à trouver son conjoint à l’extérieur de son propre groupe social (village, famille, clan, tribu) : c’est la règle d’exogamie.
- pour renforcer la cohésion sociale d’un groupe, on peut à l’inverse obliger un individu à trouver son conjoint à l’intérieur de son propre groupe social (aristocratie, groupes religieux, castes) : c’est la règle d’endogamie.
- pour faciliter la transmission d’un patrimoine ou pour le rendre plus important, on peut même recourir aux « mariages arrangés » grâce auquel les parents utilisent l’union de leurs enfants pour atteindre leurs propres objectifs économiques ou sociaux.

Mariage

Le mariage « n’est pas, n’a jamais été, ne peut être une affaire privée », comme le dit encore Lévy-Strauss ; il était et reste motivé par des préoccupations d’ordre culturel ou économique : dans une société tribale de Nouvelle-Guinée, la richesse est un principe d’échange matrimonial et seul un faible nombre de pays ne connait pas de coutume de dot dans laquelle, l’échange de biens entre deux familles, se solde par soit l’épouse dotée par sa famille, soit l’époux tenu de donner un bien à sa femme ou à son beau-père. Dans les cas extrêmes, comme chez les Nuers du Soudan, on n’hésite pas à célébrer des « mariages fantômes ». Lorsque le dernier descendant d’une lignée - la lignée étant l’ensemble de ceux qui descendent d’un même ancêtre - meurt sans avoir d’enfants, il épouse à titre posthume une femme qui va concevoir des enfants avec un géniteur tiers, et ceux-ci seront les enfants du mort. Cette coutume est-elle si différente de celle des Juifs chez lesquels la veuve doit épouser son beau-frère ?