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Moïse ou l’Empereur ?

Moïse l’Egyptien

De Canaan à la plaine hongroise en passant par l’Egypte

mercredi 9 décembre 2009, par Picospin

Trait d’union entre deux univers religieux, le Moïse égyptien n’appartient pourtant pas à la tradition canonique et relève d’une " contre-histoire ", qui place au premier plan des éléments réprimés dans la mémoire officielle. Elle commence avec Aménophis IV, pharaon égyptien du XIVe siècle avant notre ère qui imposa le premier monothéisme, et s’achève avec le livre de Freud, « L’Homme Moïse et la religion monothéiste », au moment où le fondateur de la psychanalyse fuit le nazisme pour s’installer à Londres où il rencontrera bientôt la mort.

Quels destins ?

Ces destins sont-ils si différents de ceux des habitants magyars des steppes, qui eurent aussi leurs épopées de migrations au cours desquelles ils furent en contact avec des peuples turcophones, dont certains se sont joints à eux, comme les Oguz, Ouzes pour les Grecs, Onogours ou Hongres pour les Occidentaux d’où le nom de Hungari=Hongrois, donné par leur voisins, alors que les Hongrois eux-mêmes se disent Magyars, la Hongrie étant Magyarorszàg : « le pays des Magyars »). Avec un sens aigu des enjeux, spécifiques à chaque époque, Jan Assmann retrace l’entreprise de " déconstruction " qu’ont opérée, entre autres, John Spencer (1630-1693), Spinoza, Schiller et Freud, qui ont tous œuvré, selon des modalités différentes, à la réhabilitation de la religion égyptienne. Cet engouement culmine avec l’égyptophilie de la fin du XVIIIe siècle et décroît jusqu’à sombrer dans l’oubli à l’époque romantique. Politique, philosophique et religieux, le débat mosaïque rencontre quelques-unes des préoccupations essentielles de la civilisation occidentale : le rapport à l’autre, la vérité, la tradition... Il permet également de poser les fondements d’une histoire de l’antisémitisme qui emprunte certaines de ses notions à la psychanalyse.

Prophète charismatique

Prophète charismatique, ayant apporté aux Hébreux la Loi que ces derniers refusèrent pour construire le veau d’or comme en France actuellement on en offre un à l’entraineur de football de l’équipe de France, Moïse incarne la mission dont il s’estime investi : affirmer partout et toujours la force spirituelle et l’espérance qu’elle puise dans sa foi. Il avait des raisons et une légitimité pour cela puisqu’il était le seul homme à avoir contemplé le Seigneur « face à face », ce qui fait de lui la figure emblématique d’une fidélité indéfectible. Bien plus tard et plus près de nous, dans un rapprochement géographique dont les nouveaux élèves de la république ne sauront pas grand-chose du fait de la diminution toute récente proposée pour le nombre d’heures d’histoire en milieu scolaire, est fondé l’empire austro-hongrois sous la domination d’un monarque, François-Joseph Ier, empereur d’Autriche, couronné roi de Hongrie, autocrate qui maintient la cohésion de l’État plurinational grâce à l’aristocratie, l’Église catholique, l’armée et la bureaucratie. La « Double Monarchie » est une expression que l’Autriche-Hongrie possède en propre.

L’aigle à deux têtes

L’aigle à deux têtes est un symbole bien antérieur à la constitution de cette double monarchie, mais lui convient parfaitement. On emploie aussi l’expression « monarchie danubienne », liaison fluviale avec le Nil qui nous autorise à survoler un immense territoire arrosé par des fleuves prestigieux dont l’accord avec le roi soleil couché sur les rives du fleuve a sans doute donné naissance à une première forme de monothéisme dont l’empereur pouvait fort bien être considéré comme un successeur. Après l’extinction de la génération de Joseph (fils de Jacob), qui entre-temps s’était multipliée et avait prospéré dans le pays d’accueil, « un autre roi se leva sur le pays qui ne connaissait pas Joseph ». Le nouveau souverain ne se sent plus lié par les mêmes engagements que son prédécesseur à la lignée de Jacob. Voyant en elle une menace potentielle, il considère d’un mauvais œil la prospérité et la puissance du peuple des enfants d’Israël, et commence à « l’accabler de labeurs. Mais, bientôt insatisfait des effets d’une telle politique, il ordonne l’extermination de tous les nouveau-nés mâles. C’est dans ce contexte de persécutions que Moïse, issu d’une famille de la tribu de Lévi, vient au monde entre les XIIe et XIIIe siècle av. J.-C.

Une mère protectrice

Comment sa mère, ne pouvant cacher le nouveau-né au-delà de trois mois, le dépose, couché, dans une corbeille enduite de poix, sur les rives du fleuve, sous la surveillance de sa sœur aînée Myriam et une autre histoire dont les détails ne sont pas clairs même si la suite est mieux connue comme celle du bain de la fille du pharaon, venue se baigner et découvrir l’enfant ; l’ayant adopté, elle le rend, contre salaire, aux soins nourriciers de sa véritable mère. Ayant grandi, l’enfant retourne chez sa mère adoptive, qui le nomme Moïse « parce que, dit-elle, je l’ai tiré des eaux » même si ce nom d’origine égyptienne signifie plutôt « fils de ». Moïse « alla parmi ses frères, vit leurs lourdes peines » et prit fait et cause pour eux, après avoir il rompu avec son enfance et sa jeunesse. Dans un geste qui révèle à la fois l’élan de sa révolte et son exigence de justice, il frappe à mort un Égyptien, pour l’avoir vu porter la main sur un Hébreu, son nouveau peuple vivant dans sa nouvelle patrie. Ainsi en est-il de lointains prophètes venus des plaines de l’est, attirés par l’opulence intellectuelle et les richesses de l’ouest n’ont pas hésité à y débarquer pour en faire l’inventaire et en extraire, comme tout bon minerais, les échantillons les plus séduisants, les plus précieux et les plus "bling-bling" pour les gouter et en sentir les parfums et les effluves de la séduction.