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JG Ballard : un méconnu ?

Mort d’un commis voyageur de la littérature moderne

Ou un visionnaire ?

lundi 20 avril 2009, par Picospin

C’est là que j’ai vu pour la première fois une piscine désaffectée. C’était une vision mélancolique, poétique même. La beauté mystérieuse des piscines vides m’est apparue à ce moment-là. Beaucoup de prisonniers ont dit avoir vu l’éclair de l’explosion. Et ce n’est pas impossible, nous n’étions qu’à quelques centaines de kilomètres.

Hiroshima

Mais on ne savait pas ce qui se passait, et il y avait des bombardements tout le temps. Ce n’est que plus tard, quand les gens entendirent parler de cette nouvelle arme, qu’ils dirent : mais oui, nous y étions, nous l’avons vu. Je pense que les Américains ont eu entièrement raison de larguer ces deux bombes. Ça a permis d’en finir rapidement avec la guerre, et de sauver d’innombrables vies. Les Japonais ne se seraient jamais rendus, ils auraient assassiné énormément de gens. J’ai été très déçu par l’Angleterre, et ça continue. C’est un pays tourné vers le passé. L’Europe regarde vers l’avenir, tandis que les Anglais sont très déprimés. Depuis la guerre, nous n’avons plus confiance en nous. C’est pourquoi nous nous accrochons à cette idiotie de monarchie. Il n’y a même pas de cuisine décente dans ce pays. Je soutiens d’ailleurs totalement la résistance française, dans ce domaine comme dans tous les autres, à l’hégémonie américaine. Je suis seulement désolé que les Français aient fini par accepter de construire Euro Disney. Au début, on disait que ce parc serait un Tchernobyl culturel. Moi, je disais : non, pas un Tchernobyl, un Stalingrad culturel ! Malheureusement, Euro Disney a vu le jour. Mais les Français ont encore les McDo dans le collimateur, et ils ont raison, parce que nos petits-enfants finiront par ne plus manger que des hamburgers, et ce serait une honte. Je suis allé avec David Cronenberg à la présentation de « Crash ». J’ai beaucoup aimé le Festival. Les Français ont adoré le film, il semble que seuls les Américains n’y aient rien compris. Ils sont trop puritains, vous savez. Ils n’aiment pas l’ambiguïté. Ils veulent les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Moi, je suis toujours entre les deux. Je me souviens qu’un jour nous étions au dernier étage du Carlton. Trois journalistes américains sont arrivés, et ils ont dit : « pourquoi tu joues dans cette merde ? »­

Multinationales

La seule obsession des grandes multinationales, c’est de stimuler l’appétit de consommation du public pour ses produits et ses services. Jusqu’à présent, les sociétés y sont parvenues en introduisant l’idée de compétition sociale : il faut avoir une plus belle voiture que celle du voisin. Mon idée est que, dans l’avenir, les grandes compagnies vont explorer les domaines de la psychopathie pour continuer à nourrir cet appétit de consommation. Ils vont aller chercher du côté des fantasmes et des perversions. Prenons l’exemple de Hollywood : la domination de la violence est évidente. Ce ne sont que des films sur des serial killers. C’est une manière à la fois d’entretenir et de libérer les pulsions du spectateur. Or je suis sûr que les grandes sociétés, Coca-Cola ou McDonald’s, vont commencer aussi, pour maintenir l’intérêt du consommateur, à exploiter ce terrain-là. Si vous faites une campagne de publicité avec une jolie fille en bikini, ça n’intéresse personne. Ce que les gens veulent voir, sur l’affiche, c’est une fille nue, cruellement enchaînée, à côté de la dernière Volkswagen. J’essaie de montrer ce que nous sommes et ce à quoi nous allons ressembler dans cinquante ans. L’obsession de la violence automobile, que je décrivais dans « Crash » il y a trente ans, ne s’est pas démentie. ­ Et pourquoi, selon vous, y a-t-il tous ces films sur la période nazie ? On en voit sans arrêt à la télévision britannique. Des épouses nazies, des docteurs nazis, des militaires nazis. Eh bien, ça fait peur aux gens, mais ça les stimule en même temps. Toute cette grandiloquence, ces uniformes, ces hommes qui marchent. La période nazie a représenté, à mon avis, une flambée de psychopathie paneuropéenne.

Violence de la psychopathie européenne

Les gens ont besoin de violence. Particulièrement dans ces banlieues où ils s’ennuient tellement. Bientôt, ils ne voudront plus voir les nazis sur un écran, mais dans la rue. Tout cela est très préoccupant. C’était en 1972. Je roulais dans une vieille Mercedes le long du Rhin, et j’ai pris une route secondaire. J’ai traversé toutes ces banlieues qui ont été construites après la guerre. Il y avait des maisons cossues, avec leur BMW, leur bateau à moteur rangé sur une remorque. Et pas un mégot dans les rues. Même une feuille d’arbre, en tombant, eût montré trop de liberté. Un monde complètement contrôlé, en tout point conforme. Et je me suis dit en effet que ce serait ça, l’avenir. D’ailleurs on le voit bien aujourd’hui, avec la multiplication de ces communautés autonomes, protégées par des équipes de sécurité parallèles, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En même temps, il n’y a pas de monde entièrement sain sans le recours à la folie, parce que la folie représente alors la seule liberté. J’ai ma dose d’assassinats tous les jours. Je ne suis pas un homme violent. J’ai élevé mes trois enfants dans cette petite maison. Je n’aime pas la violence. Je mène une vie paisible. Tous ces chateaubriands gaspillés ! C’est une tragédie pour les vaches. Pour les fermiers aussi, bien sûr.

Clairvoyance politique

Ballard à 70 ans est au faîte de son art et parvient à garder, malgré l’âge, une pertinence que beaucoup lui envieraient. On peut même dire qu’avec le temps sa clairvoyance politique et économique s’est affinée et qu’il pressent avec la même vivacité les dérives du présent qu’il le faisait dans "Crash" ou dans "La Forêt de Cristal". Après 1973, donc, la veine "Crash" se poursuit avec un bonheur sans cesse accru dans les ouvres d’anticipation sociale que sont "La Face Cachée du Soleil" et "SuperCannes" évidemment. Ballard a aussi publié deux best sellers autobiographiques "L’Empire du Soleil" et "La Bonté des Femmes" qui ne figurent pas parmi ses ouvrages les plus intéressants. Parmi les textes méconnus, la série de nouvelles "Fièvre Guerrière" permet de mettre à jour sa singularité. Ballard est toujours et partout politique. Il n’hésite pas à se coltiner des sujets énormes et à s’avancer sur le terrain fécond mais toujours délicat de la géopolitique. En 1982, dans "Rapport sur une station spatiale non identifiée", il évoque la découverte par une bande d’astronautes d’une station spatiale perdue aux dimensions infinies qui est saisissante et terrifiante. Ballard, qui aime les sciences, est fasciné par la science-fiction. Il tient dans cette nouvelle le thème qui deviendra plus tard le scénario encensé du film indépendant "Cube". Dans "Fièvre Guerrière", il s’en prend aux manipulations médiatiques et suggère qu’un gouvernement qui maîtriserait l’information pourrait s’en servir pour déclencher des conflits dans n’importe quel coin de la planète en dissimulant ses véritables intentions - sa domination de puissance, par exemple, ou la défense d’intérêts économiques - sous le prétexte de raisons humanitaires.

Extrait de "Le plus grand parc d’attractions du monde" - 1989

"La création d’une Europe unie, si longtemps désirée et si farouchement combattue, eut certaines conséquences inattendues. La réalisation de ce vieux rêve fut l’occasion de célébrations justifiées, d’innombrables fêtes de rue, banquets et discours d’autosatisfaction. Mais l’Europe qui avait donné le jour à la Renaissance et à la Réforme, à la science moderne et à la révolution industrielle avait encore un tour dans son sac. Il va sans dire qu’en 1993 rien ne le laissait prévoir. La suppression de tant d’entraves fiscales et bureaucratiques au commerce permit d’atteindre directement le but d’une Europe enfin dans une fédération politique et culturelle. En 1995, l’année la plus chaude après 1968, la législation nécessaire fut votée par une douzaine de parlements, qui prononcèrent leur propre dissolution et transmirent leur pouvoir à l’Assemblée Européenne de Strasbourg. Ainsi naquit l’Europe nouvelle, royaume visionnaire qui ferait miraculeusement fusionner l’esprit de Charlemagne et de la carte à mémoire, de Michel Ange et du club Med, de Saint Augustin et de Saint Laurent. Epuisés mais satisfaits du résultat, les nouveaux Européens partirent pour les plages de la Méditerranée, leur aire d’accouplement tribale. Un fait encore plus significatif ne tarda pas à émerger. Si la plupart des vacanciers européens s’étaient octroyé un mois de congés supplémentaire, une substantielle minorité d’entre eux avait décidé de ne pas rentrer du tout. Ils restèrent dans leur hôtel ou dans leur appartement, s’allongèrent au bord de leur piscine et se consacrèrent au culte de leur propre épiderme." S’en suit une lutte armée sans merci entre les touristes et les tenants de l’économie de marché. Objectif : remettre tout le monde au travail et encadrer les déviants qui veulent se donner du bon temps. Ballard tient son nouveau cheval de bataille : la société des loisirs, sa critique et les inégalités, ravages, dommages qu’elle va engendrer. Le loisir est le pétrole de demain. Certains en ont, d’autres pas. Ses formes excluent ceux qui n’y participent pas. Sa vision européenne, proche de celle d’Edgar Morin, devrait, après "SuperCannes", servir de bréviaire à toutes les crêpes de plage qui se respectent. Si l’on s’en tient à la ligne de développement de son ouvre, les livres à venir de Ballard devraient tout simplement être des merveilles. Cette prédiction s’est avérée exacte à quelques années près comme le montreront par la suite, les parutions de quelques-unes de ses oeuvres majeures les plus significatives de sa pensée. Il eut heureusement le temps de les écrire et de les publier avant d’être terrassé hier par la mort.

Questionnement éthique :

1. Quelle influence cet auteur cherche-t-il à exercer sur les lecteurs de ses livres ?

2. Utilise-t-il des ressorts psychologiques tels que la peur, la séduction, la neutralisation affective pour convaincre ? Quelle est la stratégie employée dans le texte pour entrainer l’adhésion ?

3. Quels moyens le texte emploie-t-il pour amorcer puis garder le contact avec le lecteur ?

4. Trouve-t-on dans le texte un ensemble narratif attirant, provocant, séduisant, attirant ?

5. Est-ce que le texte reste constamment lié avec la réalité dont il prétend parler ou dont il cherche à s’évader ? Quel est le message informatif ? Est-ce que l’argumentation est assez solide pour paraitre rationnelle ?

6. Quelle place prend l’analyse du réel s’il y en a un ? Quels dont les instruments privilégiés de l’analyse du discours ? sociologie, psychanalyse, analyse scientifique ?

Messages

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