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Mort d’un écrivain : Norman Mailer

jeudi 15 novembre 2007, par Picospin

Un homme célèbre
Qui connaît Norman Mailer ? Cet écrivain américain, considéré comme un des meilleurs romanciers de son temps, vient de s’éteindre à Manhattan à l’âge de 84 ans d’une insuffisance rénale aigue. Il a fait une entrée tonitruante dans la littérature avec son premier roman, « Les nus et les morts » en 1948, autobiographie dans laquelle il raconte des évènements de la 2è guerre mondiale.

Depuis lors, il n’a cessé de rester au centre de la vie littéraire avec ses 30 livres constitués de romans, de biographies et d’essais et la récompense attribuée deux fois par un prix Pulitzer pour les « Armées de la nuit » et « le Chant du Bourreau » en 1979. Son activité débordante a été marquée par des interventions à la Télévision d’où il a émis des opinions très proches des provocations dont la qualité est souvent inégale. Il a fait partie de la vieille école littéraire où l’on considérait l’écriture comme une entreprise héroïque réalisée par des personnages courageux qui veulent mettre leur ego au défi. Il s’est considéré comme un challenger non seulement en mettant au défi ses concurrents contemporains mais aussi des auteurs aussi célèbres que Tolstoï ou Dostoïevski.

Une belle allure

Il voulait être reconnu pour son allure et ses caractéristiques physiques et vestimentaires faites de grandes oreilles, d’une poitrine en forme de tonneau, de ses yeux d’un bleu éclatant, de ses cheveux d’une blancheur de neige. En plus de ces traits exceptionnels, il se fit aussi remarquer par ses capacités à emmagasiner des boissons alcoolisées, à séduire les femmes, à jouer le rôle d’un excellent père de famille, à être un candidat à une carrière politique et un adversaire de la guerre. Il a été obsédé par la boxe, sujet qui lui a inspiré ses meilleurs romans. Il avait en lui une puissance exceptionnelle ce qui suscita l’admiration et l’affection des artistes. Plus il commettait de fautes, plus il en profitait pour les transformer en éléments positifs. C’était un travailleur infatigable qui, au moment de sa mort était en train d’écrire « La château dans la forêt », dont le sujet fut Hitler. Si certains de ses livres, écrits rapidement sous la pression des besoins financiers pouvaient être décevants, sinon des échecs, aucun d’entre eux n’est voué à l’oubli.

Qui était-ce ?

De son vrai nom Norman Kingsley, - en hébreu Nachem Malek - est né le 31 janvier 1923 dans le New Jersey d’un père émigré d’Afrique du sud et d’une mère appelée Fanny Schneider, elle-même fille d’un épicier qui exerçait de temps en temps le métier de rabbin. A l’âge de 9 ans, il déménagea avec sa famille à Brooklyn où il vécut, choyé et déjà doué, jusqu’en 1939, date à laquelle il sortit de l’école secondaire avant de rejoindre Harvard où il impressionna son entourage par sa faconde et le récit des ses expériences sexuelles. Au lieu d’entrer dans une profession consacrée à l’aéronautique qui avait été son projet initial, il tomba amoureux de la littérature par l’intermédiaire d’auteurs aussi prestigieux que John Steinbeck, John Dos Passos ou Jales T. Farrell.

Une certaine guerre

Sa guerre du Pacifique était plus calme puisqu’il la termina comme cuisinier au Japon occupé par les troupes américaines après avoir toutefois participé à un combat sur l’ile de Leyte dont le récit servit de thème au roman qui l’a fait connaître : « Les nus et les morts ». Il était très fier de cette œuvre qu’il considérait comme descendant de la lignée des grands romans comme « La guerre et la paix ». Cette fierté ne l’a pas empêché de penser qu’il n’était qu’un imposteur d’avoir écrit cette œuvre. Ivrogne invétéré, il fonda néanmoins une revue littéraire dans laquelle il écrivait des articles consacrés à sa vision du monde dans un mélange de poésie, de métaphysique, de shamanisme et d’existentialisme qu’il considérait comme des versions authentiques de la vie en raison du rôle joué par le jazz tel qu’il était interprété par des musiciens noirs. C’est dans un de ses romans qu’il mit en scène un « nègre blanc » qui faisait la promotion de la violence et du meurtre lorsqu’un jeune marchand de bonbons fut assassiné par deux noirs de 18 ans ce qu’il considéra comme un acte qui avait permis d’oser ce qui était inconnu.

Combien de mariages ?

Notre héros, marié 6 fois, a même songé à présenter sa candidature à une mairie avant de blesser une de ses épouses, de plaider la cause du féminisme, de la libération des femmes et de publier des écrits qui servirent aussi à nourrir sa famille. Il en fut récompensé par l’attribution de nombreux prix pour des livres tels que « Un rêve américain », « Miami et le siège de Chicago », « Les armées de la nuit » : « histoire d’un roman, le roman d’une histoire ». Sa vie fut ensuite émaillée d’aventures comme la sortie de son livre : « Feu dans la lune » sur l’alunissage de 1969, l’oreille de l’acteur Rip Torn mordue parce qu’il avait reçu de sa part un coup de marteau et sa candidature à la Mairie de New York en compagnie d’Ezra Pound. Son livre préféré était « Les durs ne dansent pas » et « Les soirées anciennes » long roman consacré à l’Egypte ancienne. A propos de l’histoire d’un assassin, Gary Gilmore, Mailer a écrit « le chant du bourreau » grâce auquel on a considéré l’auteur comme un immense écrivain pour qui la forme de la phrase sert d’histoire. Malgré sa jeunesse tumultueuse et sulfureuse, Mailer finit en individu hautement recommandable lorsqu’il fut élu président du « PEN Club », la fameuse organisation américaine consacrée à la littérature. Il termina sa carrière avec des livres sur Picasso, « L’Evangile selon le Fils » où il se met en scène à la première personne.

Une maladie bipolaire

Ces derniers entretiens étaient consacrés à sa maladie bipolaire, la crainte de devenir aveugle et de ne plus pouvoir se déplacer en raison de ses problèmes articulaires aux genoux. Et de terminer en affirmant : « Je suis parvenu à une simple reconnaissance qui aurait pu m’éviter de nombreux chagrins il y a une cinquantaine d’années et qui explique que la réputation a peu de choses à faire avec le talent. « C’est l’histoire seule qui la détermine et certainement pas l’ordre des mots ».

Questionnement et commentaire éthique :

1. Est-ce que l’écrivain est un personnage public qui, à ce titre endosse une responsabilité morale envers les lecteurs ?

2. Peut-on séparer sa vie publique d’écrivain de son comportement privé ou doit-on en faire un tout, quitte à mélanger ce qui est exprimé dans ses œuvres et les aspects de sa vie privée qu’il renvoie à ses lecteurs et aux médias ?

3. Doit-on considérer les textes de Norman Mailer en eux-mêmes, ou dans leur fonctionnement autonome sans tenir compte de la subjectivité de leur énonciateur ?

5. Comment fonctionnent leur expression et leur impact émotif ?
6. Quelle influence Mailer cherche-t-il à exercer sur les destinataires de ses messages. Quels ressorts utilise-t-il pour convaincre ? Peur, séduction, neutralisation affective ?

7. Est-ce que les textes restent bien en lien avec la réalité dont ils prétendent parler, quel est leur message informatif, quelle est la solidité de l’argumentation ?