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Mort d’un commis voyageur de l’idéologie de la liberté

Mort d’un témoin vivant du paradis soviétique

Comment en-est on arrivé là ?

lundi 4 août 2008, par Picospin

Son paradoxe fut d’avoir été promu capitaine de l’Armée Soviétique pendant le siège de Leningrad lorsque cette ville fut habillée en kaki avant de renaître sous les dorures et d’exhiber ses Picasso et Monet aux yeux d’une foule de visiteurs éberlués de contempler une collection plus fastueuse que celles des musées américains ou du Palais d’Orsay.

Faible de constitution et intrépide dans sa résistance

On se demande comment cet écrivain plutôt malingre a pu sortir vivant des menaces et des atteintes pathologiques qui n’ont cessé de le poursuivre au long de sa vie de guerrier, de prisonnier déporté et de grand malade cancéreux. Son nom fut signalé à l’attention des autorités communistes, sinon à celle, personnelle du bon camarade Staline qui, paranoïaque à l’état endémique, ne put sans doute supporter que cet écrivain en voie de célébrité put le qualifier de camarade éloigné de l’idéalisme de Lénine. Cette incartade le conduisit tout droite en Sibérie où, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne conserva pas mieux son corps et son âme à sous l’effet du froid sinon de la congélation. Peut-être est-ce sous l’effet de cette descente de température que son cancer évolua moins vite que prévu puisque, aussi bien on montre actuellement que les basses températures ralentissent l’activité des cellules, y compris celles déviant leur activité en direction du cancer. C’est sa vie avec ou contre cette maladie qu’il décrit dans deux de ses premiers livres « Une journée d’Ivan Denissovitch » et « Le pavillon des cancéreux ». C’est Khrouchtchev qui, à sa libération, l’assigne à résidence, lui permet d’être réhabilité puis de s’installer à Riazan, petite ville de la banlieue de Moscou où il tente de refaire une vie désormais brisée en devenant professeur de physique. Parallèlement à cette profession, il continue d’écrire pour faire connaître au monde médusé les avantages et bienfaits du régime paternaliste soviétique sous le protection du génial petit père des peuples qui commençait à perdre sa moustache et à se méfier de tous ceux qui avaient des velléités de la lui arracher.

Une décision paradoxale

Sous quelle inspiration, un des successeurs du despote a-t-il pris l’initiative d’autoriser la publication et la parution de ce livre vraiment révolutionnaire, le plus révolutionnaire de tous puisqu’il mit fin aux illusions du monde sur le paradis soviétique qui, malheureusement ne se présenta pas dans l’au-delà mais bien dans l’en-deçà, dans le monde et non le surmonde, dans un univers désormais désenchanté où les idéologies de l’ersatz s’avérèrent incapables de succéder à la disparition des religions qui avaient forgé l’âme russe pendant de si longs siècles. Au moment où lui est attribué le prix Nobel, il est exclu paradoxalement de l’Union des écrivains au moment, douloureux pour lui, où il apprend que l’amie à laquelle il avait confié l’unique exemplaire de son livre pour le faire passer en occident s’était pendue. La tension engendrée entre le pouvoir soviétique et l’écrivain ne cessa de monter pour se terminer par une décision d’expulsion qui devait constituer pour lui-même comme pour sa famille la solution la moins douloureuse dans ce voyage vers la liberté. Suivant le sillage de Trotsky, il passe par Zurich avant de s’arrêter dans le charmant décor du Vermont aux États-Unis, où il pourra jouir des paysages verdoyants et de l’atmosphère d’un petit état calme et à l’écart, situé dans une démocratie américaine toujours aussi contestée.

Mouvements pendulaires

Les fléaux de la balance sont animés de mouvements pendulaires perpétuels. Celle de Soljénitsyne n’échappa pas à cette loi de la physique qu’il se plut à enseigner dans la petite école près de la capitale de l’ancien empire russe. Il devait la connaître mieux que tout le monde mais ne put ou ne sut résister à son emprise sur cet homme qui n’avait jamais connu la vraie liberté, comme la plupart des Russes, passant d’un tsarisme désuet à un totalitarisme démentiel auquel n’ont eu peur d’adhérer ni Sartre, ni Gide, ni Joliot-Curie, ni Althusser, ni même Yves Montand, gloire du music-hall ni Simone Signoret. Dans le mouvement de retour du balancier qu’on appelle aussi "overshoot" en physique, il passa à un tradionnalisme rigoureux, un culte de la famille, sinon de la patrie solennisé ce qui le fit accuser de virage à droite, sinon à l’extrême droite, le tout mitigé d’un antisémitisme venu en Russie et en Pologne du fond des âges. Certains de ces « égarés » furent rendus à la raison quand ils découvrirent Prague et Budapest. Comment peut-on leur en vouloir puisqu’ils sont se sont échappés de la folie hitlérienne et de ses camps de la mort pour aller de Charybde en Scylla, des camps de la mort au Goulag. C’est vers cette espérance d’une idéologie factice et trompeuse que se sont dirigés les égarés, les frustrés, les exclus de la terre. Dans cette quête du juste milieu, il arrive que le balancier dépasse sont but. C’est ce qui est arrivé à notre personnage fascinant que l’on a accusé tantôt d’aller trop loin dans une sympathie retrouvée pour un Poutine ambigu, oscillant lui aussi entre la mémoire vive d’un communisme actif et policier et un retour aux valeurs fondamentales de la sainte Russie, nationaliste, religieuse et soumise à une orthodoxie aux cheveux trop longs. Malheureusement, il n’y eut pas pour eux les recommandations et préceptes de Maïmonide qui s’acharna à orienter les âmes perdues et les intelligences déviées vers une société plus juste et une vérité plus saisissable.

Questionnement éthique :

1. N’est-il pas vraisemblable que le retour à la liberté et à la transparence de la Russie est due à la conjonction de plusieurs hommes de bonne volonté et de la clairvoyance de quelques visionnaires qui ont senti que ce pays devait sortir du piège dans lequel l’avait enfermée l’adhésion à un communisme caricatural incarné par une gérontocratie mélangée à une paranoïa irréversible ?

2. Quel est le moyen d’éviter la mainmise de quelques énergumènes sur un groupe d’individus et une collectivité pour les empêcher de nuire et de conduire la peuple ers le suicide ?

3. Est-ce que l’influence sur la population d’un écrivain comme Soljenitsyne est égale, inférieure ou supérieure à celle d’un homme politique comme Gorbatchev ?

4. Pour quelles raisons y-a-t-il encore actuellement des nostalgiques du régime communiste en URSS devenue Russie ?