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Que faire contre les pénuries ?

NOURRIR LE MONDE

Une solution en vue ?

mardi 18 mars 2008, par Picospin

Est ce rêver que de tenter de rapprocher éthique et mondialisation ?

Démographie

La population mondiale doit augmenter, selon les estimations les plus
prudentes des démographes, de 50% d’ici 2050,et donc passer de 6 à 9
milliards d’individus. Cela représente 3 milliards de bouches
supplémentaires à nourrir, alors que, dit-on, d’ores et déjà il y a
plus de un milliard de personnes sous alimentées dans le monde. Dans
le même temps les modifications climatiques, qu’elles soient le fait
de l’homme ou dues à des phénomènes naturels (mais on peut penser que
l’homme y a sa part de responsabilité), vont conduire à une réduction
des surfaces cultivables, notamment dans les zones les plus peuplées.
Prenons l’exemple de la Chine : son sol ne compte que 7% des terres
arables du monde, alors que sa population représente 25% de la
population mondiale. Ce pourcentage ne va peut-être pas augmenter,
mais sa population oui ! Or elle a déjà des problèmes pour nourrir
ces populations, dont heureusement le niveau de vie s‘améliore, et
avec lui ses besoins alimentaires notamment au plan qualitatif : la
consommation de viande augmente, et donc les besoins en terres pour
l’élevage, en produits d’alimentation du bétail, et en eau.

Niveau de vie ?

Divers pays du sud-est asiatique connaissent des problèmes semblables,
aggravés par les moussons et les inondations. Quant à l’Afrique, et
l’Afrique sahélienne en particulier, elle est particulièrement
menacée ; la désertification y progresse chaque année. Et partout
l’eau est devenu un problème majeur : par sa raréfaction et par la
pollution tant des cours d’eau que des nappes phréatiques.
Pendant ce temps que se passe-t-il en Europe et dans l’ensemble du
monde occidental ? On s’inquiète, en particulier en France, de la
protection des activités agricoles. On veut « une Europe qui protège
 », que s’applique le principe de la préférence communautaire, reconnu
valable au regard des traités par la Cour de Justice des Communautés
Européennes. Et cette préférence doit s’étendre au domaine agricole,
en s’accompagnant d’une unité des marchés et d’une solidarité
financière (par le financement en commun de la PAC).
Or parmi les atouts français, dit Hubert Védrine dans Le Monde du 28
février dernier, figure l’agriculture ( on me permettra de dire que
cet atout se retrouve dans nombre de pays européens ). Je cite : « 
alors que la terre va sur ses neufs milliards d’habitants et que la
demande de nourriture va croître, la situation climatique et
pédologique exceptionnelle du territoire français, le bassin parisien
- une des grandes plaines à blé du monde - et une capacité
remarquable pour la production de viandes, de lait, et de fromages,
de fruits et légumes font de la France la deuxième ou troisième
puissance agricole »

Et le climat ?

M.Védrine ne semble pas craindre pour notre pays
que les changements climatiques viennent porter atteinte à ces
avantages. Je crois pour ma part que la France, et avec elle
l’Europe, au moins l’Europe du nord sont relativement à l’abri des
effets du réchauffement climatique et ont, sous réserve d’une gestion
approprié de leurs ressources, des moyens en eau suffisants aussi
bien quantitativement que qualitativement. Et il existe dans le monde
d’autres zones qui ont des réserves et des potentialités
considérables en matière agricole ; je pense notamment au Canada, au
Brésil, à la Russie et à ses voisines, Ukraine et Belarus. Certains
disposent de grandes surfaces, d’autres y ajoutent un haut niveau
technologique. Et puisqu’il existe une Union Européenne, et dans
cette zone une Politique Agricole Commune, c’est sur elle que je
ferai porter ma réflexion et ma suggestion.
Une partie du monde a, et aura plus encore à l’avenir, faim ; une
autre, d’autres parties, du monde ont les moyens de produire plus de
produits alimentaires. Quand on écrit cela, il semble que la solution
soit simple…

Une solution si simple ?

Pour l’Europe cela passe par une révolution dans la conception de la
PAC et dans ses mécanismes. Considérant que la satisfaction des
besoins alimentaires de l’Europe est acquise et assurée, il faut
dépasser ce stade et obtenir des productions supplémentaires aptes à
répondre, ou pouvant contribuer à répondre, tant en termes de
quantités que de prix, aux besoins en produits alimentaires des
populations des zones du monde désavantagées pour ne pas dire
maltraitées. Il ne m’appartient pas de dire quels sont les produits
en cause, en quelles quantités ils doivent être produits, où et par
quels procédés techniques, ni à quel prix il conviendrait de les
acheter aux producteurs (auxquels il faut sûrement une incitation) ni
à quel prix il faudrait les céder et dans quelles conditions aux
consommateurs. Pour tout cela il existe des techniciens experts, et
je m’en remets à eux. Il est probable qu’une telle opération aura un
coût, qu’il nécessitera le versement de subventions pour la
production ou le transport des produits en cause (vu les quantités en
cause, des transports de masse donc à faible coût sont sans doute
possibles).

L’inévitable recours aux experts

En ce domaine aussi il existe des experts.
L’objectif, au fond, est de créer une autre forme de commerce
équitable permettant non plus seulement d’acheter à un prix correct
à des producteurs démunis leurs produits (café ou autres) mais avant
tout de fournir aux peuples sous alimentés, dans des conditions
acceptables, les produits alimentaires dont ils ont besoin. N’est ce
pas à cette action de solidarité humaine fondamentale que notre monde
privilégié devrait s’atteler ? N’est ce pas un projet plus séduisant
que la production d’hydrocarbures végétaux, gros consommateurs de
terres, d’eau, et de produits toxiques pour les sols et l’air ?

Jean-Claude CUSSET

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