Démographie
La population mondiale doit augmenter, selon les estimations les plus
prudentes des démographes, de 50% d’ici 2050,et donc passer de 6 à 9
milliards d’individus. Cela représente 3 milliards de bouches
supplémentaires à nourrir, alors que, dit-on, d’ores et déjà il y a
plus de un milliard de personnes sous alimentées dans le monde. Dans
le même temps les modifications climatiques, qu’elles soient le fait
de l’homme ou dues à des phénomènes naturels (mais on peut penser que
l’homme y a sa part de responsabilité), vont conduire à une réduction
des surfaces cultivables, notamment dans les zones les plus peuplées.
Prenons l’exemple de la Chine : son sol ne compte que 7% des terres
arables du monde, alors que sa population représente 25% de la
population mondiale. Ce pourcentage ne va peut-être pas augmenter,
mais sa population oui ! Or elle a
déjà des problèmes pour nourrir
ces populations, dont heureusement le niveau de vie s‘améliore, et
avec lui ses besoins alimentaires notamment au plan qualitatif : la
consommation de viande augmente, et donc les besoins en terres pour
l’élevage, en produits d’alimentation du bétail, et en eau.
Niveau de vie ?
Divers pays du sud-est asiatique connaissent des problèmes semblables,
aggravés par les moussons et les inondations. Quant à l’Afrique, et
l’Afrique sahélienne en particulier, elle est particulièrement
menacée ; la désertification y progresse chaque année. Et partout
l’eau est devenu un problème majeur : par sa raréfaction et par la
pollution tant des cours d’eau que des nappes phréatiques.
Pendant ce temps que se passe-t-il en Europe et dans l’ensemble du
monde occidental ? On s’inquiète, en particulier en France, de la
protection des activités agricoles. On veut « une Europe qui protège
», que s’applique le principe de la préférence communautaire, reconnu
valable au regard des traités par la Cour de Justice des Communautés
Européennes. Et cette préférence doit s’étendre au domaine agricole,
en s’accompagnant d’une unité des marchés et d’une solidarité
financière (par le financement en commun de la PAC).
Or parmi les
atouts français, dit Hubert Védrine dans Le Monde du 28
février dernier, figure l’agriculture ( on me permettra de dire que
cet atout se retrouve dans nombre de pays européens ). Je cite : «
alors que la terre va sur ses neufs milliards d’habitants et que la
demande de nourriture va croître, la situation climatique et
pédologique exceptionnelle du territoire français, le bassin parisien
une des grandes plaines à blé du monde - et une capacité
remarquable pour la production de viandes, de lait, et de fromages,
de fruits et légumes font de la France la deuxième ou troisième
puissance agricole »
Et le climat ?
M.Védrine ne semble pas craindre pour notre pays que les changements climatiques viennent porter atteinte à ces avantages. Je crois pour ma part que la France, et avec elle l’Europe, au moins l’Europe du nord sont relativement à l’abri des effets du réchauffement climatique et ont, sous réserve d’une gestion approprié de leurs ressources, des moyens en eau suffisants aussi bien quantitativement que qualitativement. Et il existe dans le monde d’autres zones qui ont des réserves et des potentialités considérables en matière agricole ; je pense notamment au Canada, au Brésil, à la Russie et à ses voisines, Ukraine et Belarus. Certains disposent de grandes surfaces, d’autres y ajoutent un haut niveau technologique. Et puisqu’il existe une Union Européenne, et dans cette zone une Politique Agricole Commune, c’est sur elle que je ferai porter ma réflexion et ma suggestion. Une partie du monde a, et aura plus encore à l’avenir, faim ; une autre, d’autres parties, du monde ont les moyens de produire plus de produits alimentaires. Quand on écrit cela, il semble que la solution soit simple…
Une solution si simple ?
Pour l’Europe cela passe par une révolution dans la conception de la PAC et dans ses mécanismes. Considérant que la satisfaction des besoins alimentaires de l’Europe est acquise et assurée, il faut dépasser ce stade et obtenir des productions supplémentaires aptes à répondre, ou pouvant contribuer à répondre, tant en termes de quantités que de prix, aux besoins en produits alimentaires des populations des zones du monde désavantagées pour ne pas dire maltraitées. Il ne m’appartient pas de dire quels sont les produits en cause, en quelles quantités ils doivent être produits, où et par quels procédés techniques, ni à quel prix il conviendrait de les acheter aux producteurs (auxquels il faut sûrement une incitation) ni à quel prix il faudrait les céder et dans quelles conditions aux consommateurs. Pour tout cela il existe des techniciens experts, et je m’en remets à eux. Il est probable qu’une telle opération aura un coût, qu’il nécessitera le versement de subventions pour la production ou le transport des produits en cause (vu les quantités en cause, des transports de masse donc à faible coût sont sans doute possibles).
L’inévitable recours aux experts
En ce domaine aussi il existe des experts.
L’objectif, au fond, est de créer une autre forme de commerce
équitable permettant non plus seulement d’acheter à un prix correct
à des producteurs démunis leurs produits (café ou autres) mais avant
tout de fournir aux peuples sous alimentés, dans des conditions
acceptables, les produits alimentaires dont ils ont besoin. N’est ce
pas à cette action de solidarité humaine fondamentale que notre monde
privilégié devrait s’atteler ? N’est ce pas un projet plus séduisant
que la production d’hydrocarbures végétaux, gros consommateurs de
terres, d’eau, et de produits toxiques pour les sols et l’air ?
Jean-Claude CUSSET
