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Nouvelles du Chili

Naufragés et rescapés

Une expérience unique

mercredi 13 octobre 2010, par Picospin

C’est bien du fond de la terre qu’on vient de ramener sous les applaudissements des foules les courageux mineurs qui ont passé de longues semaines à attendre qu’on vienne les secourir en leur préparant moins un tapis rouge qu’un drôle d’ascenseur ayant pris la forme d’un tube grillagé dont les dimensions minimes ont soigneusement été adaptées au chenal creusé dans le roc pour permettre son passage vertical vers la lumière. Sur le plan humain cette opération est une réussite. Le cahier des charges dont on ne sait rien a été apparemment respecté sans que l’on soit en mesure d’en évaluer les critères. On a les reporters et journalistes que la société mérite.

Soif de Coca Cola ou de Schweppes ?

Les élèves formés par des enseignements qu’on discute plus qu’on ne tente de les adapter aux exigences d’un monde de plus en plus orienté vers les techniques sont devenus en grandissant le public d’aujourd’hui. De quoi a-t-il soif ? De coca cola ou de détails sur les réflexions et technologies choisies pour adapter dans une invention permanente et urgente les modalités de transport vertical des mineurs dont on a sans doute eu tort de douter des capacités de résistance et d’espérance. La résistance, ils l’ont acquise par l’entrainement quotidien de descendre et de remonter dans les entrailles de la terre pour ramener à la surface les précieux biens qu’on doit arracher à la mine de cuivre sans doute blessée dans sa dignité par les entailles subies pour servir à la richesse de hommes. Le précieux butin ainsi recueilli ne tardera pas à être subtilisé sur les lignes électriques ou les caténaires des trains ou tramways de plus en plus asservis aux besoins des hommes dans leur quête angoissée pour le transport des énergies capables d’animer les moyens de locomotion de citadins. Le sauvetage des trente-trois mineurs coincés sous terre au Chili depuis près de deux mois a commencé, mardi 12 octobre au soir. Ils étaient dix-sept, mercredi en fin d’après-midi à être remontés à la surface. Un sauvetage qui s’est déroulé jusqu’à présent sans le moindre accroc.

Un mineur parmi tant d’autres

Le dixième mineur sauvé, un mécanicien de 31 ans, a émergé de la nacelle peu avant 9 heures (14 heures, heure de Paris). Il a longuement étreint son épouse avant de distribuer des accolades aux secouristes et autorités rassemblés autour du puits. Puis il a exhibé fièrement le tee-shirt "Merci Seigneur" que portaient les mineurs, sous un anorak protecteur spécial que leur avaient remis les secours pour l’ascension. Le 5 août, un éboulement prenait au piège 33 mineurs dans la mine d’or et de cuivre de San José, dans le désert d’Atacama, à 800 km au nord de Santiago du Chili. Il faudra attendre dix-sept jours avant de les savoir vivants et de pouvoir commencer les travaux d’excavation qui permettent de les faire remonter à la surface mercredi 13 octobre, près de deux mois plus tôt que prévu. Retour sur soixante-dix jours d’angoisse et d’espérance. Un éboulement survient dans la mine San José vers 14 heures, à environ 300 mètres de profondeur. Trente-trois mineurs restent bloqués. Les responsables de la mine n’avertissent les autorités que vers 20 heures. Les familles apprennent le sort de leurs proches par le bouche-à-oreille, dans la soirée.

Espoirs

Tous espèrent que les mineurs ont pu s’abriter dans un refuge à 700 mètres sous terre. De nouveaux éboulements font échouer une première tentative de sauvetage par un conduit d’aération. Les sauveteurs vont laisser la place à cinq machines. Le président Piñera interrompt son voyage en Colombie pour se rendre à la mine San José. Des machines perforantes commencent à sonder le sol à la recherche des mineurs piégés. Le même jour, le gouvernement lance une enquête interne sur le processus décisionnel qui a permis la réouverture la mine, fermée en 2007 après la mort d’un mineur. Une seconde enquête est ouverte par la police le lendemain, à la recherche d’éventuelles responsabilités en lien avec l’éboulement. Le ministère des mines estime que les probabilités de trouver les mineurs en vie sont "faibles". Une perforatrice réussit à introduire une sonde à 688 mètres sous terre, jusqu’au refuge des mineurs, qui y glissent un premier message sur un bout de papier : "Nous allons bien, les 33, dans le refuge." Une première vidéo les montre relativement en forme. Au Camp Espoir, les familles se réchauffent autour de grands feux, les yeux rivés sur les écrans géants qui retransmettent les images de la zone de secours, filmée uniquement par la chaîne nationale chilienne.

Des familles solidaires

Ici, la famille de Pedro Cortez allume des cierges, là, la famille de Dario Segovia chante quelques refrains comme "Dame la mano" ("Donne-moi la main"). Voilà ce qu’écrivent les journalistes présents depuis plusieurs heures sur les lieux de cette scène mondiale qui a déjà attiré une foule considérable moins pour essayer de comprendre et de raconter ce qui vient de se passer devant leurs yeux que d’extraire des faits se déroulant devant leurs yeux les points d’histoire propres à exciter les curiosités les plus malsaines, les plus ringardes et celles qui touchent au plus profond de l’intimité de chacun. D’autres vues et interprétations sont possibles qui ont recours à l’esprit d’observation et de questionnement de chacun. Nul doute qu’elles ne manqueront pas pas de se révéler ou d’être révélées à mesure que les écrits à propos de cette expérience unique seront publiées à prix d’or par les éditeurs qui s’arrachent les manuscrits – rédigés ou non par les témoins vivants, directs des évènements – détaillant les évènements successifs de cette aventure.

Questions :

1. Qui en profite ? Au premier rang le président de la République du Chili qui peut espérer voir son indice de popularité remonter aussi vite et aussi haut que l’ascenseur qui a monté la trentaine d’ouvriers coincés au fond de la mine.

2. Les équipes qui ont été pressenties pour choisir le matériel et en mettre en œuvre la fabrication des « ascenseurs » et de leurs annexes destinés à assurer le transport vertical séquentiel du personnel si longtemps coincé au fond du puits. On a évoqué la Nasa sans donner davantage de détails et d’informations ce qui eut intéressé une grande majorité d’entre nous même si tout le monde n’est pas ingénieur, physicien, ou employé d’Otis Ascinter ou de Schindler.

3. La sociologie de l’équipe retenue en bas n’a pas été évoquée par des spécialistes de la question alors que la cohésion du groupe, son entente apparente, l’absence de situations conflictuelles majeures ou répétées est remarquable dans une situation aussi longue et dramatique. Dans cet ordre d’idées, quel est et quel a été le rôle de la religion, du Pape, du catholicisme en général dans l’évolution psychologique de ce groupe d’homme qui n’a cessé de se référer à Dieu pour garder l’espérance et ne pas sombrer dans le désespoir sinon l’hystérie.

4. A-t-on cru devoir faire appel à une cellule de crise, dispositif souvent utilisé en France pour calmer les esprits, rassurer, dédramatiser aux lendemains d’accidents graves, de dégâts importants en hommes et matériel ?

5. Si oui qui a été pressenti, dans quelles conditions, avec quels délais et quels résultats immédiats ?

6. Il est particulièrement regrettable qu’aucune publication n’ait été consacrée à ces questions élémentaires qui constituent actuellement la façon habituelle d’aider les victimes de traumatismes physiques, moraux et psychiques consécutifs à la survenue d’évènements inattendus.


Voir en ligne : Mediapart ;