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Naufrages

mercredi 1er avril 2009, par Picospin

Un événement pour ce "musée national", ouvert au public le 10 octobre 2007 mais qui n’a jamais été officiellement inauguré.

Une Cité

A l’époque, cette Cité, qui consacre l’apport de l’immigration à l’histoire de France, avait ouvert ses portes sans que ni le chef de l’Etat ni aucun de ses ministres, pas même celui de l’immigration d’alors, Brice Hortefeux, ne jugent nécessaire de marquer l’événement. Avec ou sans ministres, la Cité entend témoigner de sa vitalité en annonçant le lancement d’un groupement d’intérêt scientifique, appelé à développer des recherches sur les lieux de mémoires et l’histoire de l’immigration en région. Quelle immigration ? L’Europe reçoit et accueille, du moins devrait accueillir, des centaines de réfugiés qui débarquent de frêles embarcations à l’instar, peut-on imaginer, de celles qui transportaient autrefois Ulysse vers Ithaque. Etait-il considéré comme un métèque, pas vraiment citoyen mais étranger dans son pays, ne bénéficiant d’aucun droit, à moins de s’adresser au proxène, citoyen protecteur des citoyens en provenance d’une autre cité, et qui seraient protégés ainsi par un accord d’hospitalité. Ulysse n’entre pas dans la catégorie des étrangers de passage, puisque, si l’on peut dire, il vit épisodiquement à Athènes quand il a la chance de trouver un pied à terre des plus provisoires, le temps de saluer quelques amis. Le reste du temps, il continue d’errer sous une tempête si terrifiante que des bateaux de pêche furent renversés, d’autres s’échouèrent sur les plages toutes proches sans qu’aucune autorité n’ait envisagé d’organiser des secours pour mettre à l’abri les pêcheurs, les habitants et même quelques sauveteurs qui, pour secourir les âmes en perdition, sortir de l’eau les corps déjà immergés et secourir ceux qui, ne sachant nager, étaient sur le point de se noyer.

Une situation dramatique

Devant cette situation dramatique et qui risquait à chaque instant de devenir catastrophique, le pouvoir commença à s’inquiéter, à s’énerver, à montrer une grand colère au nom de Marianne, ce symbole d’une république de que l’on espérait plus solide et plus apte à faire front contre l’adversité. Le problème principal était posé par toute cette horde de migrants qui espérait atteindre les côtes et se réfugier dans un port ou trouver une crique à l’abri des vents d’est. Là, ils pourraient au moins attendre, avec leurs enfants en bas âge que les secours s’organiseraient et qu’ils pourraient trouver quelque part un refuge où ils cesseraient d’être poursuivis pour être rejetés à la mer , ou sur une des minuscules embarcations en partance pour le retour à la terre d’où ils étaient partis pour échapper à l’emprisonnement ou aux camps de rétention déjà préparés pour leur longue détention.

La condition de métèque

Comme ils étaient toujours métèques, ils n’avaient le droit de posséder ni maison, ni terre, d’autant plus qu’ils n’avaient pas les moyens de s’acquitter des sommes rondelettes exigées pour accéder à ce minimum de confort. A la rigueur, dans les situations les plus désespérées et les plus tragiques, certains hommes parmi les plus vigoureux purent s’engager dans l’armée, dans cette section particulière où on ne trouvait que des métèques, terme banal au début lorsque cette catégorie d’habitants n’était pas nombreuse mais qui le devenait de plus en plus sous le terme maintenant établi d’immigré. Ce dernier était assimilé à un étranger susceptible d’être à la merci d’une expulsion, d’un renvoi dans son pays ou condamné à vivre dans un minuscule logement sordide, sans hygiène et sans confort. Ce fut ainsi le triste destin de nombreux réfugiés, sommés de retourner dans leur pays d’origine ou de se noyer dans les mers encore froides en cette saison.

Questionnement éthique :

1. Quelles sont les circonstance de cette tragédie ?
Les réponses à ce questionnement ne sont-elles pas contenues dans les informations à l’état brut diffusées ce matin dans la presse et les autres médias ? Vingt-trois corps ont été recueillis par les garde-côtes libyens près des épaves de trois embarcations de fortune près de Tripoli. Autant de rescapés ont pu être secourus. L’île italienne de Lampedusa a vu arriver l’an dernier 37.000 clandestins en provenance de Libye pour la plupart. Le Haut commissaire de l’ONU pour les réfugiés a déploré cette série d’incidents qui marquent le début de la "saison" des transferts clandestins en Méditerranée. Un ancien Premier ministre portugais a parlé du "dernier et tragique exemple en date d’un phénomène mondial qui voit des personnes désespérées prendre des initiatives désespérées pour échapper aux conflits, aux persécutions et à la pauvreté dans la quête d’une vie meilleure". Entre un million et un million et demi d’Africains en situation irrégulière se trouvent en Libye, attirés par les emplois non qualifiés. Beaucoup tentent de gagner de quoi payer un trafiquant qui leur obtiendra une place sur un bateau en partance pour l’Europe. L’un des bateaux transportait 365 personnes alors qu’il était censé n’en accueillir que 75.

2. Que peut-on et que doit-on faire de ces "métèques" qui arrivent à moitié morts sur les côtes européennes ?

3. Y a-t-il une différence de nature entre la situation réelle des immigrants naufragés d’aujourd’hui et ceux d’hier ?

4. Où en sont les droits de l’homme ou mieux, les "droits humains" et comment sont-ils appliqués en ce début du 21è siècle ?