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Donner sa langue au chat est mieux que de la conserver immobile dans sa bouche

Nécessité et avantages du bilinguisme

Où il est montré que 2 langues valent mieux qu’une

mercredi 21 octobre 2009, par Picospin

On clame partout que la France accuse un considérable retard dans la possession des autres langues que le Français et sans doute aussi dans celui de la langue maternelle elle-même.

Parler une autre langue que la sienne

Par delà cette nécessité absolue de parler et écrire, comprendre une autre langue que la sienne se situe une foule d’autres problèmes qui sont chaque fois éludés que l’on évoque de question pour ne pas remuer un couteau mal aseptisé dans une plaie entretenue par des années de fuite devant les responsabilités, les efforts et même le plaisir de s’initier à une autre sonorité, une autre construction des phrases, une autre forme de pensée que celle qui vient toute droite d’un cordon ombilical fortement attaché au langage et à l’écriture, à la reconnaissance musicale des mots, au chant émis par l’attachement des paroles, les inflexions des mélodies, l’accrochage des idées et des tableaux comme ceux, plus réels que l’on suspend aux murs des maisons, des appartements ou des musées. A quoi tient cette réticence de la traduction, de l’adaptation, du changement des pensées sinon à une terreur de découvrir l’autre et de ne savoir comment le rencontrer, en saisir les idées et les chants, approcher son discours et traduire ses idiomes. Peut-être ont-ils raison ceux qui se méfient de Shakespeare, de ses outrances, des récits sur les royaumes, les rois fous et orgueilleux face à l’élégance, même un peu forcée et artificielle des vassaux et courtisans du théâtre de Louis XIV ? Au moins parlent-ils un français souvent compréhensible même si celui entendu actuellement ne saurait se superposer aisément à celui exclamé et acclamé à la Comédie Française.

Formes d’expression multiples

Le passage d’une forme d’expression à une autre constitue un exercice indispensable à qui veut exercer son cerveau à pratiquer une gymnastique de l’esprit qui cherche à épouser les formes de pensée des autres, même s’il s’agit des voisins les plus immédiats, traversant chaque jour la Manche ou le Rhin pour découvrir les châteaux de la Loire, le palais Brognard, l’Assemblée Nationale ou le Sénat même si on doit se contenter d’y entendre des bribes du discours d’introduction d’un vieux judoka en mal d’occupation et qui est venu sur le tard remplacer ses prouesses sur tatami par des déclarations astucieuses ou intempestives sur les bienfaits du sport, de la maitrise de soi et du culte du corps en plus de celui de son esprit. Le débat sur ce sujet ne réside pas uniquement dans l’utilité de se servir d’une 2è langue pour s’exprimer. A l’aube du 21è siècle cette condition est tellement restrictive et minimaliste que son application universelle est devenue une réalité bien vivante même si elle n’est pas pratiquée partout et toujours faute de moyens financiers, de budgétisation, de volonté des états et des citoyens. L’expression bilingue n’est que le commencement d’une aventure qui doit être poursuivie et complétée en permanence en fonction des nécessités et des opportunités. Ce peut être l’apprentissage du chinois ou plutôt du mandarin aujourd’hui, du russe ou du japonais après-demain pour éviter le repli sur soi-même, sur son confort égocentrique, l’évitement des autres, de tous ceux qui ne pensent pas comme vous, ne s’habillent pas comme vous, pendent leurs habits sur des porte-manteaux et ne les affalent pas sur les lits conjugaux.

Un petit tour aux clubs de gym

On hésite moins à fréquenter les fitness clubs pour atteindre, conserver ou maintenir une ligne du corps décente et élégante que de s’exercer à parler l’allemand, l’italien ou à évoquer Garcia Lorca ou Cervantès. Faut-il parler l’Afghan pour se faire comprendre ? Peut-être un jour entendra-t-on les accents retrouvés du Persan ? Pourquoi pas si cette approche de l’autre économise les chars, les bazookas ou les lance-flammes, une guerre des tranchées interminable avec à leur sortie le visage des « gueules cassées », des bras et de jambes en moins, des vies brisées, des veuves éplorées, des orphelins déambulant sans raison et sans but dans des rues torturées par les obus et les passages des chenilles. Claude Hagège, du Collège de France explique dans « l’enfant aux deux langues » que « les Français sont persuadés qu’ils sont peu doués pour les langues alors qu’en réalité n’importe qui peut devenir parfaitement bilingue pourvu que l’on consente à créer pour cela des conditions favorables ». A l’appui des projets pédagogiques du gouvernement, il ajoute que « les bilingues possèdent une malléabilité et une souplesse cognitives supérieures à celles des unilingues ce qui peut expliquer qu’ils obtiennent de meilleurs résultats dans les épreuves d’intelligence verbale, de formations conceptuelle, de raisonnement global, ensemble de qualités qui rendent compte d’un avantage acquis plus que d’une aptitude innée.

Quel gâchis !!!

Il y a donc un gâchis énorme chez l’enfant auquel nul ne songe à enseigner une autre langue que celle de sa mère bien qu’il possède des ressources insoupçonnées et un trésor inépuisable qui sont ainsi sous-exploitées. Or, le bilinguisme généralisé est la chance et l’avenir d’une cimentation de l’Europe et probablement même la clef de sa survie. Comment peut-on négliger ainsi les aptitudes à distinguer la voix humaine, très tôt les voyelles des consonnes, plus tard les inflexions de la voix correspondant à un contenu sémantique interprétable, ses rudesses pour traduire les reproches ou la colère, ses intonations tendres ou bémolisées de complicité. Pour apprendre une langue, l’enfant imite le humains qui l’entourent ce que confirme la mimésis, donnée de base de l’anthropologie.

Trop de savoir ?

Est-ce à dire que l’accumulation des savoirs de plusieurs langues soit une garantie de grande culture, de possession majeure des outils de la communication verbale et écrite ? Rien n’est moins sûr quand on se réfère au paradoxe de la l’anglais, vecteur de savoirs et de pouvoirs dans le monde qui apparaît plus comme un obstacle au partage universel des compétences qu’une privation pour l’humanité de la floraison d’idées qui reste le reflet naturel de la fécondité et de la diversité des cultures et des langues. Dommage que dans son discours sur l’apprentissage des langues le Président de la République ait omis de préciser ces notions, à tous égards utilitaires sinon indispensables.