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La leçon de Machiavel

Négociateurs et médiateurs : pour une meilleure éthique ?

Plus d’équilibre dans le débat ?

jeudi 12 février 2009, par Picospin

Dans la volonté de les aider dans leur tâche, on a cru nécessaire sinon indispensable et hautement sécurisant de leur adjoindre des appuis pour les aider dans leur tâche de « déminer » le terrain sinon pour servir de « fossoyeur ».

Des négociateurs aux abois

Ce furent plus récemment les cas de Borloo qui n’a pas vraiment réussi dans ses négociations pour déterminer le tracé de la ligne à grande vitesse de la région Paca et dans lesquelles le maire de Marseille, Jean Claude Gaudin a du intervenir pour annoncer le recrutement d’un médiateur. C’est le cas de Yves Jégo qui n’est pas revenu seul de ses aller-retours en France pour négocier avec les habitants de la Guadeloupe et de la Martinique puisque la deuxième fois il était flanqué de conseillers - oh combien techniques - dont la mission consistait à soutenir, à aider, à conseiller celui qui avait été spécifiquement mandaté pour cette tâche. Pour compléter cette liste d’heureux élus par la seule volonté du Président, n’oublions pas l’aide aux naufragés apportée aux hommes et femmes en difficulté et qu’on ne pouvait laisser seuls face à une tempête qui a déjà fait plusieurs victimes, sans parler de celles qui sont tombées sous les vents violents ayant soufflé tout récemment en rafales de l’ouest à l’est, de l’Atlantique à la Savoie pour abattre les pins des Landes, les poteaux électriques du Gers et quelques ministres proches de Matignon et de l’Elysée. C’est de justesse qu’ont pu être sauvés de la noyade une jolie Ministre qui aurait pu en perdre sa mèche blonde se redressant vers le ciel au cours des réunions de l’Assemblée Nationale, un Ministre de l’Education Nationale qui a eu besoin de s’appuyer sur les larges et solides épaules et le robuste cerveau d’un collègue pertinent, qui lui-même n’a pas craint d’accepter la lourde responsabilité de se mêler des affaires du premier en perdition. Quelle est cette nouvelle forme de gouvernement et que vise-t-elle ?

Dispersion ou concentration ?

Disperser les responsabilités d’un côté pour les concentrer de l’autre, donner à chaque bon serviteur sa chance comme l’avait déjà proposé il y a plusieurs siècles un autre politique sinon politologue et philosophe du nom de Machiavel ? Ce fin limier de la réflexion sur la politique a laissé quelques concepts qui avaient fait mouche au début du 16è siècle quand il se mit à décrire « le Prince » et qui avait trait au « kairos » des Grecs, cet art de l’instant favorable et de l’occasion propice comme on doit le découvrir dans les mesures d’un morceau de musique. Pour notre ami et digne serviteur des Medicis qui voulut par le rédaction de cet ouvrage ouvrir à l’Italie le chemin de la République sous le parrainage auguste de Tite-Live, il suffit d’appuyer sa politique et la conception philosophique qui lui est consubstantielle sur deux notions à la fois simples quand elles sont isolées, mais deviennent fort complexes quand elles s’articulent ensemble. Ce sont d’une part la « fortuna », nécessité extérieurs à laquelle il faut généralement répondre dans l’urgence. Ce terme illustre la part d’imprévisible avec laquelle les acteurs politiques doivent composer. Aussi l’action politique ne saurait se ramener uniquement à l’imposition d’une volonté, même la plus déterminée ; les intentions ne suffisent pas et la réussite de l’action politique suppose donc quelque chose de plus que la volonté.

Pragmatisme

Machiavel recommande une conduite pragmatique de l’action politique, une conduite qui sache adapter l’action politique à la contingence des circonstances. L’analogie du fleuve déchaîné et des digues explique que la fortuna « montre surtout son pouvoir là où aucune résistance n’était préparée ». La fortuna sans virtù est à l’image d’une nature non maîtrisée. La fortuna dicte sa loi à ceux qui abdiquent devant elle et ne lui opposent rien : « Là où défaille la virtù des hommes, la fortuna porte ses coups les plus efficaces ». « Je juge qu’il peut être vrai que la fortuna soit l’arbitre de la moitié de nos actions, mais aussi que l’autre moitié, ou à peu près, elle nous la laisse gouverner ». Machiavel recommande une conduite pragmatique de l’action politique ; une conduite qui sache adapter l’action politique à la contingence des circonstances. L’analogie du fleuve déchaîné et des digues explique que la fortuna « montre surtout son pouvoir là où aucune résistance n’était préparée ». La virtù est l’autre versant de la pensée de l’action politique de Machiavel. Elle doit avant tout être comprise comme la capacité d’imposer sa volonté à la fortuna. Aussi, la virtù des acteurs politiques ne renvoie pas directement à leur caractère vertueux mais plutôt à leur vaillance, à la qualité avec laquelle il aborde la fortuna et essaye de la maîtriser.

Fortuna et virtu, souplesse et rigidité

C’est la souplesse plus que la rigidité que Machiavel entend défendre. La virtù qui implique que les acteurs politiques sachent s’adapter aux circonstances est l’autre versant de la pensée de l’action politique de Machiavel et qui doit être comprise comme la capacité d’imposer sa volonté à la "fortuna". La virtù des acteurs politiques ne renvoie pas directement à leur caractère vertueux mais à leur vaillance, à la qualité avec laquelle elle aborde la fortuna et essaye de la maîtriser. C’est la souplesse plus que la rigidité que Machiavel entend défendre. La virtù implique que les acteurs politiques sachent s’adapter aux circonstances. Nul doute qu’avec de tels appuis, deux béquilles grâce auxquelles l’équilibre est plus assuré, la stature plus élevée et la sagesse dispensée de plus haut, le pouvoir politique, la maitrise des évènements sortent renforcés, plus sereins et se révèlent plus résistants aux attaques, aux conflits voire aux agressions.