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En pleine tourmente boursière

Neuroéconomie : qu’est-ce que c’est ?

Comment se prennent les décisions en matière financière ?

dimanche 20 janvier 2008, par Picospin

Quel est cet attelage qui doit mener vers la sommet des cours effondrés en même temps que les maisons américaines emportées par les ouragans et l’effondrement des cours ?Le Quotidien « Le Monde » (15.1.2008) vient de publier en première page de sa section Economie un dossier sur la « Neuroéconomie » discipline qui est née aux Etats-Unis il y a 10 ans et qui se sert de la technique de l’imagerie cérébrale pour expliquer, modéliser, sinon prédire le comportement de ce qu’il appelle les agents économiques.

Aux confins des sciences et de l’humeur

Cette approche chasse aux confins de l’économie, de la sociologie et des neurosciences. Elle a séduit des universités américaines d’abord, des sites d’enseignement européen de l’autre tout en laissant sceptiques des économistes qui résistent à une matière aux contours encore flous mais qu’ils considèrent comme un réductionnisme biologique qui serait appliquée à tort à une matière avant tou sociale. De quoi s’agit-il ? La neuroéconomie applique les nouvelles connaissances scientifiques du cerveau à l’économie. Elle constitue la progression naturelle de l’économie comportementale, combinée avec des outils de l’économie expérimentale et des avancées dans l’imagerie du cerveau acquises au cours des vingt dernières années. De même que l’économie comportementale utilise la psychologie, la sociologie et l’anthropologie pour créer de meilleures théories économiques, la neuroéconomie introduit les sciences biologiques.

Imagerie cérébrale

Grâce à l’utilisation de l’imagerie cérébrale et des mesures psychophysiques, nous pouvons développer des théories qui étudient les procédures utilisées par les spécialistes lorsqu’ils s’adonnent au commerce, négocient et prennent des décisions difficiles. En réalité les décisions qualifiées ici de difficiles ne s’inscrivent pas nécessairement et exclusivement dans le domaine de la finance. La théorie économique est née des questions que se sont posé les théoriciens de cette discipline qui cherchaient à déceler les mécanismes mis en jeu dans leur propre comportement et les modalités de leur expression sous forme mathématique et logique. Les économistes du XVIII siècle, tels Adam Smith, croyaient qu’il était crucial d’incorporer la psychologie, les émotions et l’irrationalité dans les théories économiques. Ce point de vue devint impopulaire à mesure que se développait leur scepticisme sur les chances réelles de pouvoir élucider un jour les mécanismes de l’activité cérébrale mise en jeu lors des opérations impliquées dans de but. Cette opinion était fausse. Maintenant, nous pouvons observer les détails de l’activité du cerveau et les associer aux décisions économiques.

Où est-ce que cela se passe ?

L’imagerie cérébrale est le résultat de l’aimantation d’un sujet chez lequel on veut étudier le fonctionnement cérébral. Au cours d’une IRM, on mesure l’aimantation résultante en chaque point des tissus analysés. Comme cette aimantation est proportionnelle à la quantité de noyaux d’hydrogène présents, et que les tissus se distinguent par leur contenu en eau, la carte des aimantations résultantes reproduit l’anatomie des tissus. Le sigle IRM regroupe un ensemble de techniques d’imagerie comme des images anatomiques et fonctionnelles, des images de l’organisation spatiale des vaisseaux cérébraux ( angiographie IRM), de l’orientation des principaux faisceaux de fibres blanches ( IRM de diffusion) , de la distribution de sang ( IRM de perfusion) ainsi que de la concentration locale de certains métabolites énergétiques et peut-être, bientôt, de certains neurotransmetteurs ( spectroscopie IRM). L’IRM fonctionnelle est fondée sur l’observation en temps réel des variations de l’oxygénation du sang, sans injection de traceur radioactif, puisque le traceur est endogène. Les nouveaux outils biologiques disponibles incluent l’imagerie fonctionnelle du cerveau par résonance magnétique (fIRM), ce qui nous permet de localiser les régions du cerveau actives durant ces différents processus.

Anatomie du cerveau

Nous pouvons confronter cette activité à nos connaissances sur l’anatomie du cerveau, et aux acquis des neurosciences concernant les fonctions que différentes parties du cerveau accomplissent, ceci afin d’identifier les régions où sont exécutés les opérations mentales. Nous faisons appel à d’autres outils, tels que l’évaluation de la réponse physiologique : conductivité de la peau (transpiration des paumes de main), dilatation des pupilles des yeux (qui indique l’excitation), recensement des taches élémentaires que les personnes atteintes d’altérations du cerveau ne peuvent effectuer. Nous nous servons aussi des comportements de nos cousins biologiques les primates. C’est en Californie que les études sur ce thème sont le plus poussées. Parmi eux, figurent : les difficultés rencontrées pour attacher des prix aux biens qui ne font que rarement l’objet d’ « échanges » comme par exemple, la santé, les dégâts environnementaux et la sécurité ? Est-ce simplement parce qu’ils ne savent pas comment fixer une valeur monétaire ou parce que l’idée de vendre des biens « sacrés » leur est inconfortable ? Est-il possible que le fait d’avoir plus de choix rende les gens moins heureux en les « embrouillant » ? Est-ce que le fait de disposer de plus d’options rend les gens moins satisfaits de ce qu’ils ont déjà ?

L’économie est-elle une science exacte ?

Comment les gens réagissent-ils aux inconnues économiques comme lors du lancement d’une nouvelle affaire ou d’un investissement dans des pays politiquement instables ? Plus généralement, pourquoi certaines personnes prennent-elles des risques et d’autres pas ? Quelles sont les aires du cerveau concernées par l’aptitude à repousser les frontières des connaissances humaines ? Y en a-t-il une qui soit spécialisée dans la curiosité intellectuelle et si oui laquelle ? Comment les humeurs et les sentiments des investisseurs affectent-ils les fluctuations de la Bourse ? Peut-on parler d’un problème éthique dans ce domaine et si oui lequel ? La « neuroéthique » est née, au début des années 2000, des interrogations morales consécutives à l’essor des neurosciences. Les médiateurs et les médicaments qui agissent sur la l’humeur et les comportements justifient-ils un questionnement éthique au sujet de leur action sur la personnalité en tant qu’intervention sur la liberté de l’individu ?. C’est ainsi qu’une corrélation entre la dépression et la chute du taux d’un neuromédiateur, la sérotonine a été établie. Cette découverte est à la base de l’utilisation de classes de médicaments dits antidépresseurs comme le Prozac.

Beaucoup trop de médicaments ?

L’augmentation massive de la consommation des antidépresseurs soulève-elle une interrogation éthique à cause de leurs effets secondaires et de leur intervention dans l’humeur ?. De nombreuses études montrent que ces médicaments améliorent le comportement social et diminuent les sentiments négatifs vis-à-vis de soi-même. Un médicament mis au point contre le syndrome de catalepsie (endormissement spontané), a donné naissance à une classe de produits dopants utilisés par les cadres et les étudiants. Au nom de quoi faut-il les condamner ou en limiter l’usage ? Hervé Chneiweiss, directeur de recherches au CNRS, étudie les avancées des sciences du cerveau depuis les « neurones miroirs », la neuropharmacologie, la théorie des émotions jusqu’aux mécanismes de décision et les interrogations éthiques qu’ils suscitent.

Questionnement éthique :

1. Qui sont ces messieurs sérieux qui savent tout, reçoivent l’inspiration des opérations boursières en direct des diverses instances de régulation bancaire ?

2. Que signifie le retour de la confiance pour les milliers de gens qui ont placé leurs économies dans des actions dont il est difficile et hasardeux de prédire le destin ?

3. Est-ce que la nouvelle science concernant la méthodologie de la prise de décision en est véritablement une ou tient-elle lieu d’attelle pour les professionnels de la bourse qui cherchent à fournir une base scientifique à leurs manipulations plus souvent inspirées par le hasard que par des lois mathématiques rigoureuses ?

4. Peut-on parler d’une éthique autre que celle de responsabilité pour les professionnels qui manipulent les fonds des autres ?