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Un fou, un génie, un compositeur ?

Nietzsche et sa musique.

Combien de sens pour appréhender le monde ?

dimanche 16 août 2009, par Picospin

ette question n’est apparemment pas à l’ordre du jour si l’on en croit l’excellent article consacré à ce sujet par Michel-Droit. Quand on possède deux cordes à son arc que l’on peut faire vibrer ensemble ou séparément, l’une prend toujours le pas sur l’autre.

Compositeur, virtuose ou philosophe, sinon les deux ?

Ce phénomène a du arriver à notre philosophe dont on connaissait beaucoup moins les talents artistiques que le regard philosophique qu’il portait sur un monde qui n’acceptait pas facilement de suivre les recommandations athées et dangereuses qu’il proclamait avec une extrême persuasion. Son impression tirée de la musique est non seulement originale mais pratique et efficace si l’on s’en tient à son approche des sons comprenant aussi bien une mise en harmonie des notes selon un rythme, une pulsation, la force de leur existence dans ses déchirures ses jaillissements, ses pulsations et la violence de ses variations. Il a été mal apprécié pour son attirance par Wagner qui, vite assimilée à la gestuelle et à la petite philosophie de Hitler, l’a rejeté au fond des abîmes d’où toute renommée et toute saveur ont du mal à s’extirper.

Belles équations

Dès lors, les équations sont simples à résoudre pour peu qu’elles soient offertes aux investigations des jeunes étudiants et chercheurs. Nietzsche a tué Dieu, crime qui laisse l’humanité sans sauveur et sans guide et l’homme sans conseil, sans appui, et sans miséricorde. En fait un homme nu en proie à sa solitude et à sa seule responsabilité devant un monde créé ou en évolution et dont les rapports ne s’exercent que dans une autre dimension, celle celle de l’arrangement des sons dont certains font sens pour celui qui sait écouter, déchiffrer, regrouper. Parmi ses collègues, avait-il des proches qui regardaient d’un certain œil le monde qui s’offrait à eux ou pensait-il sincèrement que l’univers se laisse approcher par des sens qui diffèrent selon les espèces comme le font chiens et chats envers tout corps étranger qu’ils cherchent à appréhender sinon à conquérir. Faut-il dès lors, comme le suggère l’auteur de l’article « réduire l’histoire européenne au passage de l’œil à l’oreille, des formes aux sons, du monde de Platon à celui de Nietzsche ce qui serait saccadé mais nullement discordant ? » Peut-on faire de la philosophie sans musique ou de la littérature sans images ?

Combien de divisions ou combien de sens ?

De combien de sens a-t-on besoin pour extraire de l’univers les gammes qu’il tient à la disposition de ses habitants, ne serait-ce que celles exécutées par tambours et grosses caisses, écoulement fragile des ruisseaux ou chute terrifiantes des cascades à l’ouverture du printemps ? Est-ce que notre philosophe à l’oreille aiguisée ne serait-il pas le précurseur de Hans Jonas lorsque ce dernier parle du principe de responsabilité ou aurait-il repris à son compte la responsabilité de se développer vers quelque chose de plus élevé en disant oui à la vie, à l’avenir et à l’élan intérieur de la volonté ? Une dernière question se pose : a-t-on jamais vu un peintre-dessinateur, un sculpteur, participer à la réflexion et au questionnement philosophique à l’aide des couleurs et des formes à l’exemple de ce qu’accomplit le compositeur ? Sans doute, sinon certainement oui. A l’exemple des peintres modernes qui dé construisent pour reconstruire, qui travaillent à l’aide de symboles pour ne cesser d’expliquer, de suggérer, de clarifier.

Questionnement éthique :

1.Est-ce que le phénomène de l’éthique tient à notre besoin d’être rassurés par une explication qui affermirait nos jugements et servirait de guide pour nos actions ?

2.Est-ce que l’explication ne conduit pas à une généralisation abusive d’un phénomène qui ne peut être vécu que de manière personnelle, dans toute sa singularité ?

3.Est-il exact d’affirmer qu’on ne peut comprendre ce qu’est une expérience éthique de l’extérieur sans y être impliqué ?

4.A-t-on raison de penser que des questions comme « a-t-on le droit de mentir par humanité ? » ou « un homme a-t-il le droit de se faire mettre à mort au nom de la vérité ? » sont dénuées de sens parce qu’on ne voit pas ce qui pourrait constituer une réponse possible, en général.